Le bras de fer des retraites, avec, de part et d’autre, la même détermination

Trois nouvelles journées de mobilisation ont été annoncées par l’intersyndicale : mardi 14, mercredi 15 et jeudi 16 janvier 2020. Jeudi 9, ce sont 1 300 manifestants qui ont défilé à Laval, pour ce quatrième rendez-vous de protestation, au trente-cinquième jour du mouvement contre le projet de réforme des retraites par point voulue par le gouvernement et le Président Macron. L’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires et MNL (Lycéens) s’est réjouit de cette « belle manifestation de reprise » à Laval, où le cortège est parti de la zone industrielle des Touches. Il a ensuite gagné, dans le calme, le rond-point du Zoom à l’entrée de Laval avec les slogans habituels, avant de se disloquer.

Entretien avec Sébastien Lardeux*

Par Thomas H.


Leglob-journal : Est-ce que vous avez le sentiment de vous trouvez face à un rouleau- compresseur ? Autrement dit d’avoir un peu de difficultés à faire fléchir le gouvernement ?

Sébastien Lardeux : Non ! c’est une belle manifestation de reprise en Mayenne. Même si on a, en réalité, jamais vraiment arrêté, en Mayenne, on a fait des tractages pendant toutes les vacances. Pour nous, il n’y a pas eu de trêve comme le voulait Macron et la CFDT. 1300 pour une manif sur Laval, c’est un bon retour pour le mouvement. Le problème, c’est qu’on est face à un gouvernement qui fait semblant de vouloir discuter, mais en fait qui ne veut pas. Il dit « ceux qui veulent discuter n’ont qu’a venir », mais il n’y a pas de discussion en fait, car ce sont sur ses thèmes à lui. Et en plus, le projet de loi, déjà écrit, est déjà transmis au Conseil d’État. Il demande au Conseil d’État la validation de son projet et il nous dit, en même temps, venez discuter. On voit bien que c’est un jeu de dupes.

En tête du cortège – © leglob-journal
Leglob-journal : Vous le sentez comment le gouvernement ?

Il est vacillant. Il passe son temps à faire des exceptions. Sa réforme n’est plus universelle, c’est maintenant un gruyère à trous. C’est soi-disant une réforme qui est bonne pour tout le monde et il y a des dizaines d’exceptions qui sont faites. Cela commence à être tendu.

Leglob-journal : Avez-vous le sentiment que la population vous soutient toujours ?

On peut dire ce qu’on veut des sondages, mais on voit bien que la population nous soutient. Nous ça nous arrangerait de ne pas passer notre temps à manifester, on voudrait bien à un moment que cela s’arrête mais le problème, c’est qu’il ne veut pas. Le Président ne veut pas retirer son projet. Tans qu’il ne retire, nous on continue !

Leglob-journal : Plantu dans ses dessins de presse dans le journal le Monde représente à présent le Président en culottes courtes. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Je ne sais pas (sourires)… Je vous le redit : c’est vacillant actuellement, le gouvernement et Macron, c’est vacillant ! Cela doit être très tendu là-haut sur ce qui se passe. Ils n’arrivent même pas à s’en sortir avec leur principal allié qu’est la CFDT…

Leglob-journal : La CFDT qui est différente de vous dans la façon d’aborder les conflits sociaux, est-ce qu’un jour vous pourrez, vous et les autres de l’intersyndicale vous remettre en adéquation avec elle ?

Mais nous on travaille avec ceux avec qui nous partageons les mêmes revendications. J’entendais sur France Info le président du Medef dire «  nous cette réforme nous ne l’avons pas voulu – mais nous non plus ! – et le patron des patrons d’ajouter, c’est la CFDT qui la veut, sa réforme ».

Leglob-journal : Et localement, vous avez des contacts avec la CFDT ?

On a eu des contact pour la manifestation du 17 décembre, après que Berger ait déclaré que la « ligne rouge avait été franchi » [Ils se sont soldés par des cortèges distincts, NDLR] et depuis plus rien.

Leglob-journal : Plus rien du tout ?

Oui, ni de l’UNSA d’ailleurs… Ils font ce qu’ils veulent, c’est leur sauce à eux… Nous, notre intersyndicale se passe très bien. On a la même revendication, le retrait de la réforme, et il n’y pas un papier à cigarette entre nous.

Au point d’arrivée du défilé au Zoom © leglob-journal
Leglob-journal : Pas de problème d’égo, comme parfois cela arrive? De volonté de suprématie de la GGT sur FO par exemple ou bien de FO sur la CGT… ou même de la FSU sur FO ?

Mais pas du tout ! On n’est pas dans du tout dans ce sens-là…Mais non ! c’est machiavélique comme pensée. Là, on est sur un combat, ensemble, contre la réforme des retraites. Après, quand on aura gagné ce combat, bien évidemment qu’on aura d’autres luttes, soit FO, soit la CGT, soit la FSU, et puis, si on doit se remettre ensemble on le refera. Il n’y a pas de concurrence syndicale.

Nous, contrairement à la CFDT, on a pas de compromission à avoir avec le gouvernement. Nous n’avons jamais été demandeur de cette réforme !

Leglob-journal : Mais cela fait deux ans que l’on se concerte, non? …

Cela fait deux ans que Macron en parle. Avec Delevoye qu’on a vu arriver et repartir avec ses valises. Oui, on avait le temps… et je rappelle qu’en Mayenne et dans toute la France on a fait des conférences et invité la presse. On a fait des réunions, des assemblées générales, nous sommes allés voir les salariés, et on a tracté… Presque 40 000 tracts ont été distribués dans le département, c’est énorme pour un département comme la Mayenne. Et on a continué, le 23 décembre et 3 janvier on a re-tracté : on fait les feux et les ronds-points. Et à chaque fois, nous avons été très bien accueillis, à part quelques excités comme d’habitude… On diffuse et on fait de l’information.

Je crois que les Français on tout de même compris que le gouvernement mentait sur sa réforme… Regardez le site qu’il a mis en place, il n’y a aucune simulation et il n’y que des exemples fantaisistes voire mensongers nous expliquant que sa réforme va être bien. Ils nous comparent des choses qui n’existent pas dans le régime actuel pour nous prouver que le nouveau régime est mieux. Ils se foutent de nous! Plus personne n’est dupe pour dire « c’est une bonne réforme ». Tout le monde se rend compte qu’il va perdre. Et perdre gros.

Sébastien Lardeux © leglob-journal
Leglob-journal : Les cheminots à la SNCF et la RATP bloquent le pays et on a tendance bien évidemment à focaliser sur eux et en faire des boucs-émissaires. Est-ce que ce n’est pas un peu dangereux pour le pays ?

Non! ils ne bloquent pas le pays. Ils manifestent et sont simplement contre la réforme. Ils font ce qu’ils ont en leur pouvoir c’est-à-dire, leur droit de grève et la possibilité de manifester. Les cheminots sont organisés, ils sont puissants, ils ont fait le taff, on les remercie : il n’y a pas eu de trêve… D’ailleurs, je rappelle que la CFDT-Cheminots n’est pas d’accord avec Laurent Berger…

Et puis ce sont les médias, j’allais dire parigo-parisiens (Rires), qui focalisent sur les cheminots et la RATP… les grévistes sont sur une vague… Et puis ils ne vont pas arrêter, comme ça, du jour au lendemain, sans avoir obtenu le retrait, et nous non plus, on ne va pas arrêter…

Leglob-journal : Dernière question Sébastien Lardeux : est-ce que ce mouvement va, selon vous, en appeler d’autres par rapport à l’état de la France actuelle ?

Écoutez, je suis persuadé que lorsqu’on aura obtenu le retrait de cette réforme, on va pouvoir reconquérir des droits que l’on nous a enlevé. Il faut être clair, depuis que Macron est arrivé au pouvoir, mais qui à été aidé par le quinquennat de Hollande avant, on a perdu un grand nombre de droits. L’assurance chômage, c’est une catastrophe pour les privés d’emploi… Les ordonnances travail et la loi Travail, on le voit actuellement. Dans presque toutes le entreprises, on constate le coté néfaste de ces ordonnances. Et on est toujours contre ces ordonnances Macron, contre la réforme de l’assurance chômage… Nous avons donc encore beaucoup de pain sur la planche!

*Sébastien Lardeux est secrétaire général de l’union départementale de Force Ouvrière en Mayenne


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  1. Bonjour,
    « soit FO, soit la CGT, soit la FSU » dit Sébastien Lardeux. C’est un peu oublier le syndicat Solidaires (les différents SUD) qui est sur la brèche depuis le début, sans compter les lycéens du MLN. Il ne faut jamais mépriser les plus petits que soit…

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