C’est presque un gouvernement de combat autour du jeune Président Bercault. Avec des « ministres » et des « secrétaires d’État » en charge de dossiers spécifiques pour changer Laval et en lien avec le premier des « ministres »… Mais la comparaison s’arrête là. Nous ne sommes pas à l’Elysée ni à Matignon. Simplement à Laval, dans une municipalité gagnée par la gauche en raison de l’alternance politique. Revue de détail.
Des femmes, des hommes, des compétences
Par Thomas H.

Le maire se dote de trois conseillers délégués, des « conseillers spéciaux ». Ils seront en ligne directe avec Florian Bercault en terme de conseils. Éric Paris qui travaille à l’hôpital de Laval donnera ses avis pour que le maire puisse prendre des décisions dans le domaine de la « Santé et [de l’] accès aux soins ». Georges Hoyaux, officier retraité des sapeurs-pompiers sera le conseiller délégué du maire en terme de « Tranquillité publique : prévention, médiation, sécurité et crises sanitaires». Quant à Michel Neveu, délégué de l’ADMD (pour le Droit de Mourir dans la Dignité en Mayenne) et président du mouvement PRG – Le Centre Gauche en Mayenne, ex-candidat aux législatives en alliance avec le PS, il apportera ses compétences en matière de « Handicap, défense et actions patriotiques ».
Douze adjoint(e)s
Le premier de la liste de douze, s’appelle Bruno Bertier, Ce n’est pas un inconnu en politique, contrairement aux autres adjoints dits « société civile ». Le salarié de banque a déjà été de plusieurs combats. Il fut même tête de la liste Démocrates pour Laval en 2008. Il a aussi siégé au sein de la majorité de François d’Aubert, l’ex-maire de Laval.

Dans les Côtes d’Armor, à Dinan, élu, Bruno Bertier n’a pas terminé le dernier mandat avant les élections de Mars 2020. Au bout de cinq années, il lui restait un an à faire, il a démissionné en Août 2019 de son poste de conseiller municipal expliquant ne pas vouloir cautionner « une caste d’élus plus préoccupés de se partager les postes de la nouvelle communauté d’agglomération que de construite un vrai projet de territoire », rapportait à l’époque le quotidien Ouest France.
Le voilà un cran au-dessus, dans l’organigramme d’une municipalité, celui qui peut suppléer le maire en titre. « Transition urbaine et commerciale – Affaires générales et personnel », c’est un portefeuille à plusieurs onglets dont il hérite. Au Glob-journal, il déclarait avant le second tour alors qu’il était de bon ton de penser qu’il serait grand argentier de la ville de Laval en cas de victoire : « Le sérieux économique et financier reste de mise. Je ne serais pas à coté de Florian Bercault, si ce n’était pas le cas…». Finalement, les Finances iront à Antoine Caplan , l’un des fils d’un influent expert-comptable sur Laval et la Mayenne.
Bruno Bertier part pour ces six années de mandat à la tête d’un super maroquin qui englobe plusieurs publics et pas des moindres. Les commerçants, notamment ceux du centre-ville, qu’il faudra choyer, parce qu’ils font et défont une municipalité s’ils ne sont pas contents. Mais aussi les agents municipaux, dont on sait qu’ils constituent une « masse salariale » qui « pèse lourd dans le budget de la ville ». Le jeu des départs à la retraite suffira-t-il à trouver un équilibre ? La mutualisation des services sera-t-elle accentuée ? Ou bien faudra-t-il avoir une action plus volontariste ? A cette fin, le premier adjoint se voit doter d’une petite équipe de cinq personnes.
Laurent Paviot, 57 ans, est qualifié « ressources humaines ». Il est nommé conseiller délégué auprès de Bruno Bertier pour l’épauler dans la gestion des plus de 1500 agents qui travaillent à la ville et l’agglo. Caroline Garnier, l’une des co-secrétaires de la Fédération du PS en Mayenne aura, elle, à s’occuper de tout ce qui concerne justement le « commerce et [les] marchés ». Une population qui trop souvent regrette de ne pas être concertée lors de travaux structurants et le fait savoir, ternissant l’image de la collectivité. Solange Bruneau sera en charge, particulièrement, du « tourisme » ; Ludivine Leduc veillera aux « cœur de ville et [aux] cœurs de quartiers », sans qu’on ne sache vraiment en quoi cela consiste. Quant à Paul Le Gal-Huaumé, – le jeune patron fondateur et président depuis 2017 de Cryptobjectif, une stat’up basée à Bonchamp-Les-Laval qui valorise les bitcoins et la cryptomonnaie – le conseiller municipal reçoit tout naturellement, comme délégation, ce qui touche à l’ « attractivité, innovation et numérique ». Il y a surement du Laval Virtual Center là dessous…
« Nous voilà au travail, disait très souriant Bruno Berthier, le soir de l’élection du maire à la Salle Polyvalente, devant le Zoom après avoir posé avec les autres membres du conseil municipal, opposition comprise. C’est un gros morceau qui nous attend… » reconnaissait-il…
Deuxième adjointe, Isabelle Eymon
Isabelle Eymon, la numéro deux sur la liste Demain Laval écologique et solidaire, n’a pas hérité, comme certains pouvaient s’y attendre, du poste de premier adjoint. Elle ne s’est pas épanchée plus que cela sur la question. Comme si cela n’avait pas d’importance. Loin des us et coutumes qui régissent la politique, et qui veulent que lorsqu’il y a fusion la tête de liste arrivée en second prenne la tête de la liste des adjoints. Mais les temps changent et les pratiques politiques avec. Il faut dire aussi que la candidate EELV n’est pas du même bord politique que Florian Bercault, même si ils sont à gauche tous les deux et apparemment en phase. Cela compte dans une stratégie de nomination de poste. Rappelons qu’en cas de vacance prolongée, le premier adjoint est chargé de faire l’intérim et même de remplacer le maire en titre.

La voilà, elle aussi, logiquement en responsabilité. Isabelle Eymon est « À la Transition environnementale et écologie urbaine » selon l’intitulé officiel de son mandat d’adjointe. Un poste « costaud » aussi, et à l’intitulé vaste, pour lequel l’enseignante sera secondée par trois élus. Noémie Coquereau pour la « biodiversité et espaces verts », Geneviève Pham-Sigmann à la « transition alimentaire et circuits courts », pour la restauration scolaire, et Béatrice Ferron, ancienne adjointe en chef à la police municipale de Laval à la « propreté et entretien ». Isabelle Eymon a toujours dit qu’elle était pour « une écologie lucide ». Elle confiait au Glob-journal que « l’idée l’urgence écologique est étroitement associée à une urgence sociale.(…) L’idéologie, tant qu’elle reste dans le discours n’a pas d’intérêt. Elle n’a d’intérêt que parce qu’elle fait avancer les idées, les fait évoluer et les mentalités aussi…»
Des intitulés qui fleurent bon le social
Georges Poirier est le troisième adjoint de l’équipe resserrée, et pour cause, la ville de Laval a perdu un treizième adjoint en raison de son passage sous le seuil des 50 000 habitants. L’amoureux des mots, qui sait les agencer, est en charge de la « Vie quotidienne et citoyenne » . Avec ses « trente ans de coopération amoureuse entre la France et le Québec », le journaliste et ex-patron départemental du quotidien local, est un ex-conseiller municipal de la liste de Guillaume Garot qui est monté au créneau face à François Zocchetto sur le tard en pourfendant notamment la politique financière de la majorité sortante, les subventions « à la baisse des associations », et les ventes patrimoniales comme Saint-Julien ou l’ex-caserne Corbineau. Georges Poirier sera épaulé par trois conseillers municipaux délégués, des secrétaires d’Etat en quelque sorte. Nadège Davoust à la « vie associative et relations internationales », Jonathan Guillemin à la « vie des quartiers » et Kamel Ogbi, qui souhaite mettre en œuvre des « régies de quartiers », pour « travailler » les quartiers délaissés, avec trois axes principaux, « social, économie, et médiation sociale ».

La quatrième adjointe, Marjorie François 38 ans, est une comptable qui sera « Aux Solidarités et aux Familles », vaste travail en perspective, quand le cinquième adjoint, Patrice Morin sera lui « Au Logement et à la mixité sociale ». Des intitulés qui fleurent bon le social réaffirmé. Florian Bercault, n’a-t-il pas déclaré le soir de son élection dans le fauteuil de maire : « La priorité sera donné aux quartiers trop longtemps oubliés (…) L’hôtel de ville est notre maison commune ouverte à tous (…) l’entraide, le souci de l’autre sont au cœur de mon engagement » . Logique donc cette proximité d’intérêt entre les deux adjoints, qui travailleront « en solo », c’est à dire sans l’octroi de conseillers municipaux délégués.
Patrice Morin, le président de l’association Le Foyer Revivre devrait avoir carte blanche, fort de son expérience, pour développer une politique volontariste, sociale et solidaire sur la ville de Laval. C’est un de ses objectifs et on peut penser qu’il a obtenu les appuis nécessaires du maire. On le donne également à la présidence de l’organisme de HLM, Méduane Habitat, mais ce positionnement reste à confirmer.
Pendant la crise du Covid, et peu de temps après l’entrée en confinement, il a permis grâce à un « véritable travail de samaritain » effectué par ses équipes avec le concours de plusieurs associations caritatives à « plus d’une centaine de sans-abris d’ être mis en situation de confinement à Laval. Une situation de sauvegarde sanitaire à destination de personnes particulièrement vulnérables. » expliquait-il dans leglob-journal. Le social est dans l’ADN de l’équipe des douze adjoints et conseillers municipaux délégués.
Education, égalité et Cultures pour tous
C’est une « Clavreul », à nouveau, qui sera en charge des questions scolaires. Comme sous l’ancienne équipe de François Zocchetto. Mais là, il s’agit de Marie-Laure et non plus de Marie-Cécile Clavreul qui a été aussi juriste à la FDSEA.
Marie-Laure Clavreul a donc été nommée et élue sixième adjointe : elle sera donc en charge de « l’Éducation » mais aussi de « l’égalité femme-homme ». C’est un point important, cette appellation conjointe, Florian Bercault laisse entendre que pour changer les mentalités en matière d’égalité entre les hommes et les femmes, une notion qui refait surface dans notre société , il faut aussi agir sur les jeunes, et les plus jeunes et notamment à l’école. Avoir des actions le plus tôt possible pour sensibiliser. Catherine Roy sera au coté de Marie-Laure Clavreul en charge de ce que l’intitulé nomme « réussite éducative et temps d’activité périscolaire »

Même chose en matière de culture. Florian Bercault a désigné Bruno Fléchard comme septième adjoint : « Aux cultures pour tous ». Cultures avec un S, et accolé à « Pour tous ». Le symbole est fort. Est-ce à dire que la culture doit être « populaire » ? Comme le préconisait Malraux par exemple et le créateur du Théâtre nationale populaire (TNP) qui s’est installé par la suite à Villeurbanne, une ville populaire situé dans la première couronne de la communauté urbaine de Lyon. Est-ce à dire aussi que toutes les cultures, « élitaires pour tous » seront dans l’impulsion culturelle qui sera donnée par Bruno Fléchard, l’actuel codirecteur et programmateur des spectacles vivants du Kiosque, le centre d’actions culturelles de Mayenne Communauté. On peut l’imaginer. Bruno Fléchard sera épaulé pour le « patrimoine et [les] bibliothèques » par l’ex-libraire de M’Lire, Marie Boisgontier.
Finances et discriminations
Huitième adjoint, Camille Pétron, elle est jeune et dynamique. Elle fait partie de ces femmes qui ont « du caractère », celles qu’évoquait Isabelle Eymon en réponse à la remarque qui était faite au maire de ne pas avoir nommé une femme comme première adjointe. Camille Pétron, qui fait partie de la génération montante en politique, a été désignée à « l’Animation de la ville et des quartiers, et à la lutte contre les discriminations ». Camille Pétron, c’est une jeune femme qui évolue à la Ligue de l’Enseignement, dans l’éducation populaire. Elle est aussi co-secrétaire de la Fédération du Parti communiste français en Mayenne. Très impliquée dans le mouvement social de revendications notamment contre la réforme des retraites et pour le climat, Camille Pétron sera aidé dans son travail d’adjointe en matière de « lutte contre les discriminations » par le conseiller municipal délégué Sébastien Buron, transfuge de LREM 53 et membre de l’association Hébergeurs solidaires.

En 9 eme position dans la liste des adjoints se trouve celui qui aura en charge tout ce qui a trait aux « Finances, patrimoine foncier et immobilier, budgets participatifs ». Le grand argentier de la ville de Laval s’appelle Antoine Caplan. Il est jeune lui aussi, à peine huit ans de plus que Florian Bercault. Il ne sera doté de conseillers municipaux délégués pour le seconder sur des dossiers. Il devra certainement relire le rapport de la chambre régionale des comptes…
C’est le Philippe Habault [Adjoint aux Finances de François Zocchetto, NDLR] de Florian Bercault, la jeunesse en plus. Son rôle sera de nous distiller au cours des conseils municipaux l’état des comptes de la ville et sans doute de l’Agglo de Laval. Antoine Caplan a écrit dans leglob-journal que la « ville doit être au service des familles». Il a été secrétaire fédéral du PS en Mayenne et aurait pu être à la place de Florian Bercault s’il avait souhaité – un temps pressenti – se présenter comme tête de liste. Il a été au Cabinet de Guillaume Garot quand il était maire de Laval.
Il déclarait au Glob-journal en Mars 2018, un tout petit peu énigmatique à l’époque, « je souhaite participer activement au débat municipal qui va s’amplifier dans les prochains mois ». Voilà qui est fait. Fils de Didier Caplan, (le patron du cabinet d’expertises comptables lavallois ComptaCom), Antoine Caplan travaille auprès de la maire de Rennes, Nathalie Appéré qui vient d’être réélue et qui entame son deuxième mandat. Il devrait prendre un « temps partiel choisi » pour se consacrer pleinement aux finances de la ville. Il pourra certainement, étant donné cette proximité avec les deux maires, tenter de nouer des liens entre les deux villes, Laval et Rennes proches d’à peine trois quarts d’heure par la route…
Et mobilités…
Christine Droguet, cette infirmière de 52 ans sera dixième adjointe ; positionnée à « l’intergénérationnel : petite enfance et seniors ». C’est un poste qui avait été tenu sous Guillaume Garot puis Jean-Christophe Boyer par Véronique Baudry.
Au moment de sa démission du groupe de l’opposition à François Zocchetto, Véronique Baudry déclarait au Glob-journal : « La politique Petite enfance, ce n’est absolument pas anecdotique. Au delà du simple mode de garde, c’est aussi la condition d’un retour à l’emploi d’un certain nombre de nos concitoyens. En particulier des femmes. Pas de mode de garde, pas de travail. Pas de mode de garde souple, adaptable avec une vraie relation avec les services, pas de CDD, et pas d’intérim. Ça c’est extrêmement important pour beaucoup de gens aujourd’hui. C’est toute la richesse de notre service public et cela ne doit pas être remis en cause. »
Passionné notamment d’écologie, et capable d’un esprit de synthèse aiguisé, Geoffrey Begon est en onzième position sur la liste des adjoints, affecté « Aux mobilités urbaines». Défenseur d’un jardin en ville, il devra s’intéresser à comment se déplacer en ville? L’équation à plusieurs inconnues devrait lui convenir. Il devra travailler avec Guillaume Agostino qui aura en charge comme conseiller municipal délégué le dossier « voirie et éclairage public ». Il y a des économies à faire sur ces postes qui représentent des sommes budgétaires très importantes. Pour refaire en partie la voirie à Laval qui en a besoin, il faudrait par exemple consacrer annuellement 1,5 million d’euros pendant plusieurs années. Mais ce sont des investissements pour les cinquante ans à venir. Un travail colossal pour l’adjoint aux « mobilités urbaines»

La benjamine du conseil municipal Lucie Chauvelier – © leglob-journal
Enfin douzième adjointe, une enseignante de profession, Céline Loiseau, qui est maître de conférence à l’IUT de Laval ; elle est nommée à « la Jeunesse et aux Sports ». Deux jeunes conseillers municipaux délégués épauleront l’adjointe dans son mandat. Lucie Chauvelier, la plus jeune de l’assemblée communale, 19 ans, encore étudiante et « pleine de peps« . Elle avait confié au Glob-journal avoir été approchée par l’équipe de la liste adverse, ce qu’elle avait décliné. Elle sera en charge de la « jeunesse ». Quant à Rihaoui Chanfi, militant du PS et déçu par François Hollande dont il a assuré la campagne au sein des Jeunes socialistes, puis transfuge de LERM 53 en Mayenne, il officiera aux « pratiques sportives ». ◼
