Le maire rural : le couteau suisse du village – Par Henri Marteau

Il n’y a pas que les grandes villes qui sont concernées par l’élection municipale. Le milieu rural est aussi sur le pont, même si certains villages n’ont pas de candidat pour affronter le premier tour qui se déroulera le 15 mars partout en France. Le maire est un rouage essentiel dans le village. Et il doit être multi-tâches. Henri Marteau a rencontré celui qui gère la commune nouvelle appelée La Roche-Neuville créée le 1er Janvier 2019 par le biais de la fusion de deux communes, celles de Loigné-sur-Mayenne et de Saint-Sulpice.

« Ce maire, ce héros… »

Par Henri Marteau


Qui mieux que le maire d’un village pour assurer le lien entre les habitants, assurer la cohésion sociale ? Alors que le maire reste l’élu préféré des Français, les élections municipales de 2020 seront-elles marquées par des communes sans candidat ?

Selon une étude du CEVIPOF datant de juin 2019, 71 % des français font confiance à leur maire, contre 40 % seulement pour les députés ! Un plébiscite pour cet élu de proximité, notamment à la campagne. L’échelon communal reste celui le plus proche de la population.

Retraité, maire de la commune nouvelle de La Roche-Neuville de 1200 habitants, issue de la fusion de Loigné-sur-Mayenne et Saint-Sulpice, Jean-Paul Forveille, contrairement à ses homologues urbains, n’a absolument pas les mêmes missions à gérer.

Les maires des petites communes sont sur le terrain au quotidien au contact direct avec la population et leur fonction revêt une multitude de fonctions : chef de travaux, responsable des agents communaux, responsabilité juridique civile et pénale comme un chef d’entreprise, officier de police : par exemple suite au décès accidentel d’un jeune de la commune, c’est au maire que revient la charge douloureuse d’en informer les parents…


La mairie de Loigné-sur-Mayenne ci-dessus et l’écluse de la Roche-Neuville sur la Mayenne – © leglob-journal

Selon lui, « le maire rural est le couteau suisse » du village et cela exige donc de multiples compétences : il doit toucher à tout, et ne pas hésiter à chausser les bottes pour gérer le concret car il ne dispose pas de services techniques. Et en plus, les maires sont automatiquement désignés délégués communautaires pour siéger dans les communautés d’agglomération ou de pays.


Maire rural : un animateur d’équipe


Maire depuis six ans, Jean-Paul Forveille reçoit une indemnité de 1050 € par mois pour 30 heures par semaine consacrées à sa fonction, soit 80 % d’un temps plein, ce qui équivaut à un SMIC. L’indemnité de fonction, comme celle des adjoints, est prélevée sur le budget communal. Elle sert à la fois à indemniser le temps consacré à la gestion de la commune et aussi aux frais de mandat : déplacements, téléphone, carburant, etc. Contrairement aux maires des villes, le montant de leur indemnité ne leur permet pas de vivre à plein temps de leur fonction.

Selon Jean-Paul Forveille, le maire en milieu rural est avant tout un animateur d’équipe, car il ne peut rien sans une équipe municipale cohérente autour de lui. « Dans une commune en campagne, on côtoie tous les jours nos administrés qui sont souvent nos voisins, explique-t-il. Il y a une vraie richesse dans nos discussions. Des tensions aussi, bien sûr. Mais les inquiétudes de la population sont généralement fondées. Il faut donc être disponible, à l’écoute et savoir expliquer les choses, être pédagogue. »

Si maire rural est donc une fonction prenante, c’est aussi « une fonction extraordinaire aux multiples richesses et passionnante » selon Jean-Paul Forveille car « on reçoit aussi beaucoup en contrepartie. C’est une fonction qui fait pénétrer dans l’intimité des gens et c’est une belle expérience. » Ouvrir les commissions municipales aux citoyens qui s’intéressent à la vie locale est aussi, ajoute le maire de la Roche-Neuville, une façon de faire participer la population à la vie locale et d’enrichir les débats.

Selon Jean-Paul Forveille, les communes rurales doivent penser à se regrouper ou mutualiser leurs équipements, ce qui ne signifie pas la fin des petites communes. Il est convaincu qu’il vaut mieux anticiper plutôt que subir l’évolution. Par exemple, les petites communes ne peuvent plus assumer seules la charge financière d’agents communaux à plein temps, comme secrétaire de mairie, certains services comme l’accueil de loisirs…


L’entrée du village de St-Sulpice fusionné – © leglob-journal

Penser à la relève


Aujourd’hui les agents communaux préfèrent travailler en équipe plutôt que seuls. Donc pour avoir du personnel compétent, comme (le ou la) secrétaire de mairie, fonction complémentaire de celle de maire, il faut pouvoir offrir un cadre de travail approprié et motivant que peuvent difficilement proposer les petites communes. Les secrétariats de Mairie à temps partiel sont devenus inadaptés de nos jours. Surtout que les secrétaires de mairies et le maire forment un tandem complémentaire pour le bon fonctionnement de la commune.

Pour qu’un projet de fusion de communes soit réussit, il doit se préparer ensemble : élus et population. Il ne doit surtout pas être imposé d’en haut et la population ne doit pas être mise devant le fait accomplit. D’ailleurs la commune nouvelle de La Roche-Neuville a signée une charte de fonctionnement.

On ne s’improvise pas maire ou adjoint. Aussi un élu doit penser à préparer sa relève et au cours de son mandat pour éviter que maire et adjoints n’arrêtent en même temps. La transmission doit donc se préparer. Par exemple Jean-Paul Forveille qui se représente a annoncé à ses colistiers qu’il s’agira de son dernier mandat s’il est réélu, donc il va se préoccuper de préparer la relève au cours de ces six ans à venir.

Pour les prochaines élections municipales, la liste a été préparée par les douze sortants qui se représentent et le maire est allé solliciter les personnes retenues. Il a dû approcher le double du nombre nécessaire pour boucler la liste de 19 colistiers, plus deux suppléants. La constitution de la liste n’est pas que l’affaire personnelle du maire, mais bien celle d’une équipe. Si le maire agit trop en solo, il parlera négativement de sa fonction ce qui peut rendre la relève difficile.


Un nécessaire statut de l’élu local


Dans les communes rurales, il est devenu de plus en plus difficile pour un maire et pour ses adjoints de concilier un mandat local avec l’exercice d’une activité professionnelle, d’où la crise de la relève. Jean-Paul Forveille admet avoir accepté la fonction de maire en 2014 parce qu’il arrivait en fin de carrière professionnelle, sinon il aurait refusé.

Aussi pour permettre à un plus grand nombre du monde des entreprises d’exercer un mandat local, il faut penser à la reprise de leur emploi, une fois qu’ils ont raccroché leur écharpe d’élu. « Aujourd’hui, un élu non réélu ou qui ne se représente pas, n’a pas droit au chômage. Alors soit il retrouve du travail, où soit c’est le RSA ! » explique-t-il.


L’entrée du village de Loigné-sur-Mayenne fusionné – © leglob-journal

On comprend que plus personne n’accepte de s’engager dans la vie municipale au détriment de sa carrière professionnelle. La fonction d’élu évolue. Il devient donc urgent que le vieux serpent de mer du statut de l’élu local évolue lui aussi en garantissant par exemple un statut de salarié protégé pour les maires et adjoints, une allocation de retour à l’emploi, la prise en charge de la garde des enfants pendant l’exercice du mandat, par exemple… Sinon, seuls les retraités pourront s’engager car ils disposent et c’est logique de plus de temps disponible, mais cela se fera au détriment de la représentativité de la population.

Si être maire en milieu rural est une fonction prenante, c’est peut-être en revanche le plus beau des mandats électifs. Jean-Paul Forveille reconnaît que « c’est une fonction passionnante quand on est attaché à son territoire« . Raison de plus pour que la fonction d’élu local soit valorisée afin de favoriser l’engagement et faire vivre la démocratie locale surtout à l’heure où le lien se distend entre les citoyens et les élus politiques.


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  1. Très bon article, Henri. La conception du rôle de maire telle que défendue par Jean-Paul Forveille devrait être celle de tous ceux et celles qui ambitionnent de remplir ces fonctions.

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