Les très grosses envies de Lactalis face à l’empire du Parmesan italien

« Le géant alimentaire français Lactalis a pour objectif de reprendre le groupe Nuova Castelli, principal exportateur italien de parmesan. » C’est une information de notre confrère Il sol 24 ore qui raconte que « le nouveau coup de la multinationale de la famille Besnier, qui détient déjà Parmalat en Italie acquis en 2011, surprend un peu ». A travers un article du quotidien national économique italien, on voit bien comment les effets de la mondialisation s’opèrent. Après l’acquisition récente d’un des leaders des yaourts Bio sur le marché aux États-unis, Lactalis mettrait cette fois la main sur une partie de l’empire du Parmesan en ajoutant à son palmarès déjà très riche, le principal exportateur italien de fromage à gratter.

A me, mi piace il Parmigiano ! *

Par leglob-journal


Dans cette histoire de puissance industrielle, de camemberts financiers et de parts de marché, en Europe et sur le terrain mondial, voici par ordre d’entrée en lice : un ou des groupes stratégiques industriels, un distributeur qui détient un quasi monopole, une banque d’affaires renommée et un fonds d’investissements britannique. Au centre du jeu, la multinationale mayennaise, avec à sa tête le trio de la Famille Besnier qui pourrait continuer à étendre sa toile mondiale. Ce qu’elle fait de façon inexorable depuis que le grand-père, à Laval sur les bords de la rivière Mayenne, a commencé à collecter le lait.

Il sole 24 ore, le quotidien économique italien fait état, dans son édition du 22 mai 2019 de « rumeurs.» Il écrit : « Lactalis aurait montré depuis plusieurs mois son intérêt » pour une acquisition, celle de Nuova Castelli. Le journal évoque que le dossier « serait géré par Rothschild, pour l’identification de nouveaux actionnaires pour le groupe Nuova Castelli ».

Il Sole 24 ore rapporte donc que « Depuis le début de l’année, l’actionnaire qui contrôle Nuova Castelli, le fonds britannique Charterhouse, étudie en fait l’entrée d’un partenaire financier dans le groupe au moyen d’une augmentation de capital de 40 à 50 millions d’euros : le dossier aurait donc été examiné par des fonds tels que Capvest, Oxy Capital et QuattroR. »

Mais l’option avancée par Charterhouse pourrait également être différente avance Carlo Festa, le journaliste italien apparemment bien informé. Il ne s’agirait pas en fait d’un « partenariat d’actionnaires avec un autre fonds de capital-investissement », mais on pourrait s’acheminer « vers une autre solution plus simple : seraient en lice pour l’achat de Nuova Castelli, Lactalis, mais aussi le groupe italien Granarolo. Un troisième concurrent, un fonds de capital-investissement, serait aussi dans la course. » note le journaliste italien de Il sole 24 ore.

Sur le site internet de Nuova Castelli convoité par Lactalis, toutes les marques distribuées – Image capture

Dans cet épisode mettant en mouvement la multinationale mayennaise, c’est un peu l’histoire du renard et du corbeau, qui se battait à coup de mots et de persuasion, dans la fable de Jean de La Fontaine, pour un fromage. Ici c’est une « battle » comme on dit outre atlantique, un « défi » résume le quotidien italien entre Lactalis et le groupe Granarolo. Il faut dire que « Nuova Castelli est le principal exportateur italien de parmesan ». Un « colosse« , analyse le journaliste Carlo Festa dans le titre de son article. En 2014, le fonds britannique « Charterhouse avait investi environ 350 millions d’euros dans l’achat de Nuova Castelli rapporte le quotidien : sur la base d’un chiffre d’affaires d’environ 290 millions, d’un ebitda de 37 millions [L’Ebitda est un indicateur financier américain qui correspond approximativement à un excédent brut d’exploitation (EBE) français, NDLR] et d’une dette financière nette de 110 millions. »

« La même année, ajoute le quotidien italien, le groupe Nuova Castelli acquit Alival et North Coast. Alival, fondée en 1982 et basée à Ponte Buggianese dans la province de Pistoia [Toscane], est l’un des leaders du secteur des fromages à pâte filée. North Coast, fondée en 1992 à Pruszków [ville de la banlieue de Varsovie, en Pologne], est une entreprise spécialisée dans la distribution de produits alimentaires. (…) 1 000 employés [sont] répartis sur environ 20 usines en Italie et à l’étranger. »

« Parmigiano DOP [DOP pour Denominazione d’Origine Protetta en italie, l’équivalent de notre AOP, NDLR] est en parfaite forme, note Il sole 24 ore, et bat les records de volumes et de « vieillesse ». En 2018, le chiffre d’affaires de la société s’élevait à 460 millions, avec 27 millions d’EBITDA et 190 millions de titres de créance, dont 100 millions garantis aux banques avec des formes de fromage Parmesan. »

Un aperçu de la production de fromages italiens

« Les principaux secteurs commerciaux du groupe comprennent la France, la Grande-Bretagne, la Russie et l’Allemagne » énumère le journaliste qui s’attarde sur ce qu’il appelle les « produits de la ferme [qui] vont du fromage DOP Parmesan au fromage Grana Padano, en passant par le Gorgonzola, le fromage Taleggio, la mozzarella de buflonne et le pecorino toscan. »

Stratégique, on le perçoit bien, cette acquisition (après Galbani, Vallelata et Parmalat) confirme l’intérêt du groupe mayennais pour l’Italie fromagère et agroalimentaire.

Le quotidien Il sole 24 ore estime qu’elle « permettrait à Lactalis de faire un pas de plus sur le marché italien, où elle détient déjà un tiers du secteur laitier, le second plus important marché à l’étranger. »


* Moi, j’aime le parmesan!


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