Leglob-journal a lu pour vous, ailleurs dans la presse – Extraits

Voir ailleurs, pour « élargir ses horizons… » Régulièrement leglob-journal en Mayenne permet à ses lecteurs de découvrir des idées, des lieux, des concepts. Régulièrement aussi votre média d’informations en ligne publiera des extraits d’articles écrits par des confrères qui portent, eux-aussi, un regard, curieux et une réflexion aiguë sur ce qui se pratique autour d’eux, dans le domaine de la politique, en matière de culture, ou de phénomènes sociétaux. Leglob-journal pour changer de focale.

Dès maintenant! – par Serge Halimi

Le Monde diplomatique – Avril 2020

Une fois cette tragédie surmontée, tout recommencera-t-il comme avant? Depuis trente ans, chaque crise a nourri l’espérance déraisonnable d’un retour à la raison, d’une prise de conscience, d’un coup d’arrêt. On a cru au confinement puis à l’inversion d’une dynamique sociopolitique dont chacun aurait enfin mesuré les impasses et les menaces. La débandade boursière de 1987 allait contenir la flambée des privatisations; les crises financières de 1997 et de 2007-2008, faire tituber la mondialisation heureuse. Ce ne fut pas le cas.

Les attentats du 11 septembre 2001 ont à leur tour suscité des réflexions critiques sur l’hubris américaine et des interrogations désolées du type : «Pourquoi nous détestent-ils?» Cela n’a pas duré non plus. Car, même quand il chemine dans le bon sens, le mouvement des idées ne suffit jamais à dégoupiller les machines infernales. Il faut toujours que des mains s’en mêlent. Et mieux vaut alors ne pas dépendre de celles des gouvernants responsables de la catastrophe, même si ces pyromanes savent minauder, faire la part du feu, prétendre qu’ils ont changé. Surtout quand — comme la nôtre — leur vie est en danger. (…)


Médecin généraliste, je suis désarmée face aux patients en détresse – Par Ilhame Najem

Libération – 2 avril 2020

Tribune. C’est l’histoire d’un homme de 35 ans qui se réveille un matin d’épidémie de Covid-19 sans parvenir à trouver son souffle. Il appelle le Samu. On lui répond qu’il n’est pas en danger, et qu’il doit rester chez lui. Mais ses difficultés s’aggravent. Il se précipite dans un service d’urgences débordé. Même réponse : rentrez chez vous. En désespoir de cause, il se présente à mon cabinet médical à Pantin, accompagné de son épouse. Elle parle à sa place puisqu’il est trop essoufflé. Elle m’apprend qu’il est fébrile et tousse depuis une semaine. Elle a eu les mêmes symptômes un peu avant lui. A l’examen, je lui trouve 93% de saturation en oxygène (trop faible), et une fréquence respiratoire à 25 (trop élevée). Son champ pulmonaire gauche est totalement envahi, et son côté droit l’est partiellement. Il est littéralement en train de s’étouffer. J’appelle donc le Samu pour demander un véhicule. Un confrère au bout du fil comprend l’urgence de la situation. Mais aucune ambulance n’est disponible. C’est finalement une voiture de la Croix-Rouge qui se présente, une heure et demie après mon appel, sans brancard ni fauteuil. Personne n’ayant de protection adéquate, mon patient, incapable de respirer, doit se débrouiller seul pour monter dans le véhicule. Par la suite, j’ai appelé sa compagne régulièrement. Son état s’est dégradé, on l’a plongé en coma artificiel, intubé et ventilé. Son pronostic vital est engagé. (…)


La prison des « baby boss » de la Camorra – Par Thomas Saintourens

Le Magazine M – mai 2019

Dans cet Institut pénal pour mineurs, en périphérie de Naples, les détenus de moins de 25 ans appartiennent à la jeune génération du crime organisé. C’est un palais comme il en existe tant en Campanie, dans le sud-ouest de l’Italie. Une élégante façade saumon de la rue principale d’Airola, bourgade de 8 000 habitants assoupie dans un vallon agricole, entre Caserta et Bénévent, à 45 kilomètres au nord de Naples. Elle fut bâtie au XVIIIe siècle pour le duc Ferdinando Caracciolo qui l’avait préférée au château médiéval où logeait jusque-là sa famille. A l’intérieur, les tableaux de maîtres, les plafonds à croisées d’ogives, une église et un véritable théâtre rappellent encore la noblesse des lieux, mais c’est une tout autre histoire qu’abrite désormais ce décor. Sur le sol de marbre, les pas résonnent comme ceux du pénitent dans une cathédrale déserte, jusqu’à ce qu’une rumeur enfle au fond du palais. Soudain, un policier, lunettes aux verres fumés, clique sur son talkie-walkie : « Faites descendre les garçons ! »

Un par un, huit des vingt-six hôtes du palazzo Ducale quittent leur cellule grillagée de l’étage, dégringolent l’escalier en colimaçon vers le rez-de-chaussée. Ils ont entre 14 et 24 ans, parfois autant d’années de peine à purger. Tous, ou presque, portent un survêtement de sport, et se distinguent par leur coiffure finement étudiée, en ce huis clos où le superflu n’est plus permis. Torse bombé ou traîne-savates, sourire défiant ou tête basse, ils viennent s’affaler dans les fauteuils rouge carmin de la salle de théâtre. (…)


J’adhère – Je fais un don

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