Manifeste pour prendre soin de la Santé, en Mayenne et ailleurs – Par Henri Boudin

Audace 53 (Association des usagers pour la défense de l’hôpital et des services publics de santé) a organisé le 12 février 2020 une réunion avec les candidats aux Municipales à Mayenne. La présence importante des Mayennais-es a montré que la population désire non seulement conserver son hôpital et ses services, mais le voir se développer. L’association considère que la santé concerne toute la population et que les élus auront à agir sur ce sujet : le maire ne siège-t-il pas au conseil de surveillance de l’établissement hospitalier ? Henri Boudin, habitant Thuboeuf en Mayenne, nous a fait parvenir ce manifeste que leglob-journal publie dans ses colonnes, pour selon lui, éclairer « la problématique Santé ».

La Santé, cette abonnée au Service des Urgences

Par Henri Boudin


Nous avons constaté que la plupart des candidats à Mayenne, comme le gouvernement, sont restés sourds aux cris des soignants, des usagers et de son peuple. De nombreux services et des agents affichent pourtant leur mobilisation et leur détermination. L’hôpital public connaît actuellement une vague de démissions sans précédent (environ 1200 médecins hospitaliers ont démissionné de toutes leurs fonctions administratives – des personnels hospitaliers préfèrent aller travailler dans des usines – les personnels soignants constatent une dégradation permanente, etc.).

Quels sont les objectifs du gouvernement ? Après des années de restrictions budgétaires, l’hôpital public s’effondre et l’ancienne ministre de la santé Agnès Buzin a fait preuve d’autosatisfaction : « Nous suivons le cap qui est le bon….avec Ma santé 2022 ». Elle a pourtant fermé 4200 lits dans les hôpitaux publics en 2018, des maternités et aussi des services dans divers secteurs, ce qui a suscité des mouvements de grève. Elle a organisé la disparition progressive de l’hôpital public avec l’objectif de l’équipe gouvernementale d’autoriser les fonds de pension à acheter les cliniques, les hôpitaux privés, les centres d’imagerie médicale et de thérapie dans les grandes villes.

En ce moment l’objectif est de satisfaire les appétits des actionnaires des fonds de pension qui encaisseraient les recettes comme les recettes des cotisations retraites. Les médias font peu état de la marchandisation de la santé voulue par un gouvernement au service exclusif de la finance.


Est-ce que de telles opérations sont effectuées par des fonds de pension en France ?


Dans la région de Lille par exemple, le fonds de pension australien Ramsay vient d’acheter onze cliniques, cinq hôpitaux privés et cinq centres d’imagerie médicale et de thérapie. Ce fonds de pension agit et se présente comme le premier groupe privé d’hospitalisation en France. A Grenoble, l’actionnaire principal envisage de vendre le Groupement hospitalier mutualiste que les grenoblois appellent « la Mut ». Usagers et soignants s’unissent pour préserver l’accès aux soins pour tous à des soins de qualité.

Avec des arguments financiers et la promesse d’emplois améliorés, les fonds de pension débauchent des personnels hospitaliers. Les spécialités médicales et chirurgicales y sont représentées dans les lieux qu’ils contrôlent, tous les patients et toutes les pathologies peuvent y être pris en charge… Les médecins candidats sont assurés d’un accompagnement personnalisé au moment de leur installation et le groupe leur vante sa capacité d’innovation. Comment rêver mieux quand on exerce la médecine ou que l’on est infirmier ou sage-femme dans un hôpital public, dénigré et souvent à bout de souffle, et que l’on réclame des moyens supplémentaires et que rien n’est obtenu.

Dans les établissements du fonds de pension Ramsay Santé [Changé, Nantes, NDLR], « on parle d’actes chirurgicaux mais seulement de ceux qui rapportent« . Il va de soi que les actes en gérontologie, pécuniairement moins juteux n’intéressent pas le privé. Ainsi la santé devient un business avec une médecine pour celles et ceux qui en auront les moyens et une autre pour les pauvres.

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Un couloir d’hôpital – © leglob-journal

Y-a-t-il d’autres services santé qui ne peuvent plus remplir leur rôle ?


Divers services santé sont à l’agonie : La Protection Maternelle Infantile (PMI) n’existe plus dans 14 départements français et 45% des enfants de zéro à six ans n’ont pas eu de visites médicales. La médecine scolaire est en voie de disparition dans les écoles élémentaires et beaucoup d’enseignants découvrent que des jeunes peuvent avoir des problèmes de vue, d’audition qui peuvent être sources de difficultés d’apprentissage.

Actuellement le gouvernement prévoit de transférer les infirmières scolaires des établissements scolaires aux départements qui ont de plus en plus de mal à gérer leurs activités.  3 000 mayennais n’ont plus de médecins traitants en raison de l’insuffisance de médecins généralistes et de médecins spécialistes. Est-il normal qu’un ami ait dû faire les piqûres à sa femme atteinte de phlébite en raison du manque d’infirmières dans son secteur ? Les EHPAD souffre de moyens financiers insuffisants et de personnels qui sont réduits au minimum. Dans certains où nous avons rendu visite à des personnes hébergées, nous en avons rencontrées qui avaient faim ou qui étaient maltraitées.

Dans cet EHPAD, le cuisinier dispose de 1,84 euros par repas, par jour et par personne et l’économe lui a recommandé de « mettre n’importe quelle sauce car les vieux n’ont plus de goût! ». Ailleurs toujours avec moins de 4 euros, des bouchers nous ont affirmé ne plus vouloir fournir la viande car ce qui est demandé correspond à ce que l’on donne aux animaux de compagnie. Souvent les repas sont industriels et ne donnent pas d’appétit. Des employés des pharmacies préparent les piluliers pour les personnes dans ces établissements car le plus souvent il n’y a plus d’infirmière, c’est ce que nous avons constaté à Lassay-les-châteaux.  La précarisation des soins à domicile avec des conditions de travail inacceptables devient aussi une réalité et les accidents sont nombreux. C’est six fois plus d’accidents que sur les routes.


Que faut-il faire pour répondre aux besoins actuels ?


La perversion du gouvernement se cache dans son argumentation. Il ne prévoit que la reprise d’un tiers des trente milliards d’endettement des hôpitaux, notamment les charges financières à hauteur de 800 millions d’euros. De plus la loi 2022 votée en juillet 2019 institue les « hôpitaux de proximité », soit la transformation de 350 à 500 hôpitaux généralistes de proximité en établissements de consultations avancées, sans urgence, sans maternité, sans chirurgie, laissant le champ libre aux groupes privés. Voilà pourquoi l’ancienne ministre Agnès Buzin n’a pas bronché devant l’accélération des fermetures de maternité, d’urgence et autres services, faute de moyens financiers et humains. Une rétention organisée et visée par les Agences régionales de Santé sur le territoire.

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Le centre hospitalier de Laval, avec au premier plan son extension – © leglob-journal

Dans l’immédiat, les moyens nécessaires à une refondation du service public hospitalier et du secteur médico-social passent à mon sens par :

–        L’augmentation du budget consacré aux établissements de santé et médico-sociaux avec une évolution des dépenses à 5% dès cette année.

–        La revalorisation des carrières soignantes, éducatives, techniques et administratives.

–        Le recrutement immédiat de professionnel-les supplémentaires associé à un plan de formation afin de pourvoir aux besoins dans l’ensemble des services santé.

–        L’arrêt des fermetures de services, d’établissements, de structures et la réouverture de lits et de places.

–        Une organisation démocratique qui permette une large participation pour élaborer une politique de santé qui réponde aux besoins actuels.

–        L’égalité d’accès sur tout le territoire.


La sécurité sociale, « mère » des solutions


La situation générale actuelle est inacceptable car l’état de santé d’une population se mesure comme un excellent marqueur social. Il est possible d’améliorer les services de santé au lieu de pratiquer l’assèchement des ressources de la sécurité sociale en diminuant les prélèvements sur le capital à coup d’exonérations pour répondre aux exigences des actionnaires des groupes de santé qui s’approprient une partie des cotisations. Dépenser moins pour la santé, comme pour les services publics et en finir avec une réponse solidaire aux besoins sociaux  et la remplacer par le chacun pour soi, c’est la machine infernale mise en place depuis de nombreuses années. De ce fait, l’équipe du Président pousse le curseur à son maximum. Pourtant il est possible de trouver de nouveaux moyens de financement ?

–        De 2010 à 2018, c’est 558 milliards de cadeaux qui furent donnés aux entreprises du CAC 40.

–        En 2019, le gouvernement a fait aussi une exonération de 66 milliards d’euros de cotisations à ces entreprises.

–        Avec le Crédit d’impôt compétitivité des sommes importantes ont été versées aux entreprises (exemple : Lactalis, l’ogre qui s’assoit sur les droits des paysans et des paysannes a reçu 20,9 millions en 2015 et aussi des versements les dernières années qui se répartissent dans des montages fiscaux opaques rémunérant en premier lieu les actionnaires de la famille Besnier.

–        Taxer les profits financiers ne  serait pas une gêne pour les actionnaires.

–        Supprimer la taxe de 5% sur les salaires des personnels des établissements de santé donnerait des fonds importants pour fonctionner.

–        Récupérer la fraude fiscale qui dépasse les 80 milliards d’euros chaque année aiderait à faire les investissements nécessaires dans les établissements de santé et de recherche, ainsi que dans les autres services publics.

–        Pratiquer l’égalité des salaires femmes-hommes donnerait des recettes supplémentaires à la sécurité sociale aussi.

–        Notre pays, avec les nouvelles technologies, produit plus de richesses que dans le passé et c’est pourquoi nous pouvons améliorer la vie des habitants en France.

Laval : une banderole posée devant l’hôpital, le 20 juin 2016 – © leglob-journal

En 1945, malgré le pays dévasté, il fut possible de construire un système de santé avec Ambroise Croizat : « on cotise selon ses moyens et on est soigné selon ses besoins ». Alors, ensemble agissons pour que cela redevienne une réalité avec une sécurité sociale qui rembourse à 100%.

Depuis plusieurs mois notre pays est traversé par une lame de fonds qui rejette la politique du gouvernement d’Emmanuel Macron qui se nourrit de la dégradation des conditions de vie et de travail, de la destruction des services publics, des discours mensongers et des longues luttes des personnels des services publics et du secteur privé.

Bien d’autres pistes ont été discutées pour financer les services publics lors des réunions des organisations syndicales et politiques de gauche à Saint-Denis, à Amiens, à Toulouse….mais les médias n’en parlent pas. Ils sont dans les mains d’ultra-riches et de financiers.

Nos propositions pour la santé comme pour les retraites s’inscrivent dans une nouvelle manière de produire, de vivre, de répartir les richesses créées par le Travail. Le Président veut mettre fin au régime général de la sécurité sociale : opposons-lui notre irrésistible envie de construire une autre société plus humaine, plus égalitaire, plus sociale et plus démocratique.


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