Martine Amelin : « Il faut voter L.O. à Laval, pour mettre les travailleurs au pouvoir! »

Elle n’en est pas à son premier essai. C’est même presqu’une stakhanoviste de la politique à Laval. Martine Amelin est à nouveau tête de liste en 2020 pour les élections des 15 et 22 mars. Une liste intitulée « Lutte Ouvrière : faire entendre le camps des travailleurs ». Son programme se résume à vouloir « changer la société ». Martine Amelin nous explique qu’elle a bien conscience que les pouvoirs du maire sont limités...

Grand entretien avec Martine Amelin*

Par Thomas H.


Leglob-journal : Cette fidélité au poste politique et militant avec un record de longévité de candidature sur Laval, vous avez calculé ?

Martine Amelin : Non pas vraiment… pour les municipales c’est la deuxième fois… Et je me suis présentée aux législatives pour la première fois mais pas à Laval, c’était en 2002, à Château-Gontier… Cette longévité, oui… Cela fait partie de mon engagement politique. Là, où on a besoin de moi, je me présente, si c’est nécessaire. En 2002, cela s’est fait comme ça, j’habitais et travaillais à Paris, et je suis venu ici en Mayenne parce qu’on m’a dit, « il y a besoin de candidat en Mayenne, qui peut y aller ? » et je suis venue.

Leglob-journal : La dernière fois que vous vous êtes présenté à une élection, c’était aux Européennes, avec une 67 ème place sur la liste L.O…. D’où vient cette fibre ?

J’ai 63 ans et je suis engagée à Lutte Ouvrière depuis plus de trente ans et j’ai toujours eu un engagement syndical. Et très vite, je me suis aperçue que cela ne suffisait pas. L’engagement syndical est nécessaire pour se battre dans l’entreprise et obtenir des avancées, mais dans la société, il faut un engament politique. J’ai cherché et j’ai trouvé à un moment charnière où j’ai rencontré des camarades de L.O. et je me suis très vite engagée avec eux…


Martine Amelin, tête de liste – © leglob-journal

Leglob-journal : vous êtes résolument de gauche…

Oui, extrême gauche! Parce que je suis également convaincue que la politique, on ne la changera pas avec un bulletin de vote… Moi en 81, j’ai sauté de joie parce Mitterrand était au pouvoir, mais en 83, je n’ai pas pleuré, parce que cela n’en valait pas le coup, mais j’étais très en colère et j’ai compris que tout ne marchait pas…

Je pense que la société, on la changera avec des luttes, quand tout le monde s’en chargera… Avec ce qui se passe actuellement dans la rue depuis deux mois, il faudrait ça puissance dix. Mais pour l’instant, c’est le bon chemin. Nous battons un record de longévité sur ces grèves, avec un engagement qui est toujours intact. Moi, je n’ai jamais vu une ambiance pareille dans des manifs à Laval. Je n’ai jamais vu autant de gens pendant autant de temps dans la rue. Et ça, c’est quelque chose qui marquera la suite de l’Histoire. Le jour où en plus les salariés seront en colère et décidés à faire grève, là on les touchera au porte monnaie et on fera quelque chose !

Leglob-journal : Ce qu’on vit en ce moment, selon vous, c’est la lute des ouvriers pour reprendre le titre de votre parti politique?

Oui, de tout ceux qui n’ont que leurs bras et leur force de travail pour vivre… Salariés, employés, ouvriers, chômeurs, retraités, précaires, etc. Ce sont ceux- là qui produisent les richesses, et pour une petite poignée qui aujourd’hui s’enrichit. A tout ceux-là que je viens de citer, il faut leur redonner une vraie place !

Leglob-journal : Ce sont des personnes qui selon vous ont peur du lendemain, et sont inquiets ? Vous avez d’ailleurs dit en 2014 sur l’Autre radio, « Les travailleurs doivent prendre conscience qu’ils sont une force… » Parce que pour l’instant ils n’ont pas du tout pris conscience de cela ?

Non ! Je crois que non.. Là, dans les manifs, certains, oui, en ont cette conscience.. Mais les salariés des entreprises, et des usines, ceux-là ne se rendent pas compte que le jour où ils arrêtent de travailler, le patron n’a plus de sous qui rentre. Eux, certes, ils en perdent en faisant grève, mais le patron en perd encore plus. Et s’ils arrêtent et sont déterminés, le patron lâche très vite.

Leglob-journal : C’est quand même, j’allais dire… un concept du 19 ème siècle, d’un autre temps, celui par exemple des mines de Jaurès…

1936… 1968… C’est le 20 ème !

Leglob-journal : Mais est-ce encore toujours d’actualité ?

Oui et plus que jamais… C’est toujours le capitalisme qui est au pouvoir! C’est toujours les capitalistes qui nous font ramer, qui nous exploitent, etc. C’est vrai, vous avez raison de ce point de vue-là : l’exploitation ce n’est plus les mines, mais par exemple les gens derrière leur bureau qui sont cassés par des pressions au travail, sur des postes qui ne sont pas adaptés, parce qu’on les fait bosser douze heures derrière un ordinateur pour essayer de trouver je ne sais pas quoi !… C’est la même chose!

Aujourd’hui la pression est plus morale que physique, c’est quasiment sûr. Je vois quand je discute avec les copains de L.O. dans le secteur de l’automobile, on voit bien qu’ils sont cassés à 45 ans par les cadences sur les chaînes. Je trouve que c’est grave. Aujourd’hui, on veut nous emmener à la retraite à 67 ans, et je ne vois pas comment on va tenir ! De toute façon, tous les vieux, on les vire dans les entreprises. Et vieux, cela veut dire 50-55 ans. Il faut qu’on arrête un petit peu de nous la raconter !

Leglob-journal : C’est quoi le déclic qui a fait que c’est plutôt Lutte Ouvrière que par exemple… les Républicains ?

(Rires) Moi, je suis née de parents qui étaient des petits arboriculteurs en région parisienne. Mon père bossait comme un taré, et ma mère peut-être encore plus. La génération d’avant, vous savez, pour la femme, c’était « je m’occupe des enfants, je fais le boulot« … Moi à l’école je marquais quand on me demandait : « sans profession » pour ma mère. Et je me disais « Mince, alors, c’est quand même une profession, ce qu’elle fait… »

Mes premiers combats : 1972, le procès pour avortement de Marie-Claire C., à Bobigny, c’était ma première manif’. C’était le combat des femmes et de toute une classe qui n’avait pas le droit de la ramener. 1972, c’était aussi une période où on était dans la rue assez souvent… pour garder la Sécu contre les lois Giscard… il y avait eu aussi des grosses luttes pour la métallurgie.

Je lutte, parce que je ne suis pas née du bon coté de la bourgeoisie, comme dirait certains qui l’ont chanté… Je suis née chez des travailleurs, même si mon père, des fois, il se prenait pour un patron, sauf qu’il n’en avait pas les revenus ! (Sourires) Dire que n’ai jamais eu de doute en politique, bien sûr que des moments on en a. J’ai bossé 25 ans à la RATP, cela m’est arrivé parfois de faire grève toute seule sur un groupe de cinquante…Je me suis dit :  » J’ai du mal bossé et n’ai pas réussi à convaincre « . Et puis on se dit « c’est pas grave! » et on continue et quand la fois d’après, on est 48 sur 50 à arrêter de bosser, on se dit qu’on a gagné !

Leglob-journal : Et où trouvez-vous l’argent nécessaire pour faire une campagne parce que ça coûte de se présenter!

C’est l’argent du parti. Et l’argent du parti, c’est le nôtre, par les cotisations et les souscriptions.

Leglob-journal : Vous avez fait un emprunt ?

Non, c’est payé par le parti. On a pris la décision collectivement de faire des listes aux municipales. Nous en aurons dans environ 200 villes pour ces élections. L’argent vient des militants de Lutte Ouvrière et des fêtes que nous organisons. A Paris et localement. Des fêtes qui rapportent un peu. Pas de subvention, de sponsor ou d’entreprise qui nous aident. Je pense que c’est de l’argent bien placé ! (sourires)

Et puis on réduit les coûts en interne. On aura un bulletin de vote pour deux électeurs par bureau. Pas de gaspillage comme ça! Cela fait une économie, parce que le coût des bulletins de vote localement, c’est entre 1500 et 2000 euros pour L.O. . Autrement, c’est de l’énergie militante et des frais réduits au minimum. On ne fera pas d’hologramme, d’éclairage ni de lâcher de ballon! Une campagne à petit coût sans esbroufe, des tracts qu’on imprime nous mêmes et beaucoup de porte à porte pour échanger avec les Lavallois et les Lavalloises, parce que c’est notre façon de militer aussi …


Christophe Gosset, militant L.O., n° deux sur la liste – © leglob-journal

Leglob-journal : Militer, c’est être présent aux élections, c’est le cas pour L.O. … Mais croyez-vous sincèrement qu’à force d’être sur le terrain de l’élection, les habitants de Laval prendront conscience que Lutte Ouvrière peut être une alternative possible ?

De toute façon, je ne sais pas si nous sommes vraiment une alternative pour les Lavallois! Nous n’avons aucune chance d’avoir des élus, Il y a six ans nous avons recueilli 230 voix soit 1,6%. (Silence). On va le dire franchement. Je ne suis pas sure aujourd’hui que les communes, avec les meilleurs maires qui soient, aient les moyens de leurs ambitions. Là, très clairement, je veux faire référence à toutes les communes communistes sur une grosse partie du 20 ème siècle. On y vivait beaucoup mieux dans ces communes dirigées par des communistes que dans les autres. Parce que la commune faisait énormément d’efforts pour toute la population la plus démunie.

Aujourd’hui, ceux qui tiennent encore, ont énormément de mal, parce qu’il y a des dotations d’Etat qui ont disparu, des taxes professionnelles qui ont disparu, des taxes d’habitations qui vont disparaître sans être compensées complètement. Quant à la misère, elle devient tellement grande… et on laisse à la commune le soin de la gérer…

Maintenant c’est sûr, au lieu de filer des millions à Eon Reality, comme ça a été fait très gentiment à Laval, il aurait mieux valu améliorer le sort des plus pauvres, réhabiliter des immeubles dans des quartiers et peut-être en construire d’autres si nécessaire pour les plus pauvres. Et puis, on aurait demandé leurs avis aux gens. Parce que prenez Mayenne Habitat qui écroule des tours dans le quartier Saint-Nicolas. On n’a pas demandé leurs avis, aux habitants ! On ne leur a pas demandé si cela les gênait, s’il y avait trop de densité de population dans le quartier, ou pas. A aucun moment on a consulté les premiers intéressés. On a dit « A Saint Nicolas, il y a un peu trop de monde alors on va abattre une tour!». Nous, on ne ferait pas ça !

Leglob-journal : Alors justement, quels sont vos axes principaux et vos propositions pour la ville de Laval dans cette campagne électorale des Municipales ? Imaginons… prenons cette hypothèse : demain vous êtes élue maire, Madame Amelin…

(Rires)

Leglob-journal : Imaginons… quelle est la première des choses que vous faites ?

(Rires) Je prendrais un arrêté qui interdit les expulsions de locataires, et un arrêté qui interdit les licenciements dans le entreprises, mais tout cela, je le sais, ne serait pas suivi des faits… Je sais que le Préfet mettra son veto et que cela ne changera pas grand chose. Je prendrais aussi un arrêté qui fixe le Smic à 1800 euros net, mais là aussi le Préfet interviendra pour l’empêcher…

Leglob-journal : Mais vous pourriez agir sur la masse salariale de vos agents municipaux en revanche… Vous augmentez la masse salariale de la ville qui est un des plus gros postes budgétaires ?

Oui tout a fait! C’est évident! Et on commencerait par leur rendre tous les jours de RTT qu’on leur a piqué, il y a deux ans et demi. Bon, c’est certain que les agents municipaux, on pourrait les faire travailler mieux, et en mettre plus, ce qui aurait pour conséquence de réduire d’autant le chômage, mais tous ces arrêtés dont je vous ai parlé, on m’interdirait de les prendre! Et c’est là que s’arrête le pouvoir des municipalités.

On a envie de dire qu’il y a d’autres choix possibles que ceux que nous proposent les candidats sur Laval. Le bulletin de vote L.O. , c’est un moyen d’affirmer que nous avons raison d’être dans la rue depuis deux mois. C’est la voie à montrer et à suivre si l’on veut que notre sort change…

Leglob-journal : qu’est-ce que vous faites par exemple pour la place du 11 Novembre ?

(Soupirs) Vous savez, je n’ai pas vraiment envie de disserter sur la Place du 11 novembre ! Mais si nous devions être élus, c’est évident que pour tous les projets – j’ai cité Saint Nicolas, ce qui est à mon avis beaucoup plus urgent que la place centrale du centre ville – on travaillerait avec la population.


De gauche à droite sur la photo : Martine Amelin, Jean-Luc Placé, Chantal Le Meur numéro 3 sur la liste et Christophe Gosset numéro 2 – © leglob-journal

Leglob-journal : Si on vote L.O. , dans cette élection locale, dans ces Municipales, à vous comprendre, on voterait donc contre le Gouvernement ?

Oui! Et surtout contre une société capitaliste qui nous écrase. Évidement, il y a d’autres bulletins de vote qui serviront à voter contre le gouvernement, on en est convaincu, mais le notre sert à voter contre la société capitaliste. A montrer notre colère ! Aujourd’hui les capitalistes sont en train d’enterrer la planète. Mettons-les au défi de vivre différemment. Je suis convaincue que nous pourrons gérer la société beaucoup mieux qu’eux… Mettons les travailleurs au pouvoir !


*Cet entretien avec Martine Amelin, tête de liste « Lutte Ouvrière : faire entendre le camps des travailleurs », a été réalisé le 3 février 2020. Signalons sur la photo de Une, et de haut en bas, la présence également de Martin Fournier N°4, d’Emmanuel Rebours et de Florence Morel.


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