Michel Peslier : Le président du tribunal de commerce de Laval, aux 53 mandats Lactalis

Qui est Michel Peslier ce « haut cadre de Lactalis » que la France a découvert grâce à une émission de Cash investigations ? Vice-président officiellement intronisé président du tribunal de commerce de Laval (31 janvier 2020) il succède à Serge Faguier. Portrait de ce Mayennais de soixante ans, né à Mayenne, un véritable produit du terroir, comme le sont beaucoup de ceux qui sont entrés dans le groupe laitier Lactalis dans les années 80.

« Ensemble, on s’augmente!… »

Par Thomas H.


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Voilà l’actuel numéro deux du tribunal de commerce de Laval, élu juge en 2011, intronisé numéro un, après le départ en retraite de Serge Faguier. L’ex-imprimeur de Château-Gontier a dressé un bilan de sa mandature, « car il convient de déposer nos comptes pour montrer l’exemple » a-t-il simplement lancé pour faire allusion aux comptes de Lactalis que la multinationale rechignait à divulguer. « Mon Président » lui a ensuite répondu Michel Peslier avec une certaine affection, expliquant à la nombreuse assemblée massée dans la petite salle d’audience du tribunal qu’il y a cinq ans, c’est Serge Faguier qui lui avait demandé de devenir son vice-président.

La moustache fournie, l’œil alerte derrière de petites lunettes rondes cerclées de métal, Michel Peslier est ce que les journalistes de la télé ont appelé, à l’époque, « un haut cadre Lactalis« . Celui que la France entière a découvert lors de l’émission Cash investigation sur France 2, au moment de la grande crise du lait.

Le successeur du Président Faguier est un de ces directeurs « cooporate » qui veillent, et c’est normal, au bon grain du groupe Lactalis où il a gravi tous les échelons. Un à un. « Cet homme est une « success story à lui tout seul « , nous a confié un proche sous le sceau de l’anonymat. Michel Peslier a vu le jour le 7 février 1959 dans la ville de Mayenne au nord du département. S’il est attaché au signe de l’air, celui du verseau dans le zodiaque, Michel Peslier est depuis juillet 2015 bien rattaché, concrètement, dans ses fonctions à Emmanuel Besnier, le président du groupe Lactalis. Le PDG mayennais qui avait dû sortir de l’ombre, lors de la dernière crise du lait infantile contaminé à la salmonelle découverte dans l’usine de production de Craon, était d’ailleurs présent au tribunal « par amitié pour Michel Peslier« , nous a-t-il déclaré.

« L’impartialité du juge »

Michel Peslier, « directeur général Audit, Affaires juridiques et risques » dans le groupe laitier multinational mayennais, est entré dans le groupe Lactalis en octobre 1983. Auparavant il avait été clerc d’huissier. « Un simple juriste » raconte cette femme qui évolue actuellement dans la profession. Deux ans plus tard, c’est par le jeu du travail accompli qu’il prendra du galon en étant promu « chef du service recouvrement et contentieux« . Sa « mission » comme elle est décrite dans son imposant Curriculum Vitae, c’est notamment celle de « fixer et d’animer une politique de crédit management intégrant l’analyse financière des partenaires de l’entreprise ».


Lors de la séance solennelle de rentrée en 2019 au Tribunal de commerce, les juges attentifs aux réquisitions du Procureur de la République nouvellement arrivée et évoquant déjà dans son discours la nécessité de combattre tout conflit d’intérêt – © leglob-journal

« Cadre dirigeant du groupe Lactalis et président de tribunal de commerce, est-ce compatible ? La question  » légitime » selon l’intéressé n’a été qu’effleurée. « Vous savez l’attachement que je porte au droit et la doctrine […] on ne devient pas Président, on est choisi et élu par ses pairs. […] il y a cinq ans « mon Président, serge Faguier m’a demandé de devenir son vice-président » […] et c’est ainsi que devant témoins aujourd’hui , je prends le témoin… »

« La loi est la même pour tous », a souligné Céline Maigne, Procureure de la République dans son discours face aux juges. Elle a lancé après avoir fait un panégyrique de Michel Peslier : « Il est nécessaire de préserver cette juridiction de tout risque de conflit d’intérêt comme pour toutes juridictions […] Je sais que vous conserverez à ce tribunal de commerce toute la crédibilité dont elle dispose […] » A part ces allusions et ce qui sonnait comme un long « rappel à la loi » de la part du Procureure énumérant ce que doit être pour Céline Maigne un Président irréprochable, pas de retour en arrière explicite sur l’épisode des comptes Lactalis. Le voilà à la tête d’une équipe de quatorze juges dont trois ont été renouvelés, sans oublier le greffier et le personnel du greffe. Le tout au service des justiciables.

Rattaché au Président

Chez Lactalis, Michel Peslier travaillera, se dévouera sans relâche, et ne cessera de progresser. Mais, ce sera seulement en 1999 qu’il deviendra « Directeur Crédit et Contentieux » à l’échelon du groupe. D’ailleurs en avril 2005, le juriste se voit nommé « Directeur général adjoint ». Une fonction-étape parce qu’elle le place comme membre possible du comité de direction. Il entre ainsi dans le saint des saints de l’équipe dirigeante de Lactalis qui côtoie  » le grand patron« .

Deux ans plus tard, en 2007, il atteint le sommet. Le grade de Directeur de plein exercice, c’est-à-dire qu’il n’a plus de N+1 au dessus de lui, sauf à rendre des comptes directement à son Président. Michel Peslier est toujours en charge de l’« Audit » mais cette fois, on lui accole ce qu’on appelle les « Affaires juridiques » jusqu’en 2009, car cette année-là, le premier décembre, il sera nommé « Directeur Général Audit et Risques, position fonctionnelle, rattaché directement à Emmanuel Besnier » peut-on lire sur son curriculum-vitae.


Emmanuel Besnier, le Président du directoire de la multinationale Lactalis était présent au tribunal de commerce, « invité par Michel Peslier » et venu « par amitié pour lui » – Image Arte

S’il fallait dessiner un organigramme circulaire, on placerait Michel Peslier pas très loin du président du directoire de Lactalis. Dans l’un des premiers cercles du « Boss » Emmanuel Besnier. Manifestement, comme on dit, « c’est quelqu’un d’important« . Et avec cette promotion, ses missions se sont aussi largement étoffées. Le voilà en charge de la « supervision de l’Audit interne du groupe et Contrôle interne » ; avec ce titre, il lui revient aussi de superviser « la direction des risques qui anime les départements Droit des Sociétés et Corporate , Assurance Groupe, Sureté et Sécurité des Personnes et des Biens, Immobilier ».

En 2015, quand on continue à lire son impressionnant CV, on s’aperçoit que son terrain d’investigation s’élargit encore considérablement. Michel Peslier prend à nouveau d’autres prérogatives qui s’ajoutent à celles qui viennent d’être énumérées. Un champ d’influence important et élargi, puisqu’au quatre départements cités, il faut ajouter « Gouvernance et Structures », mais aussi « Droit Économique et Distribution », « Propriété intellectuelle », « Contrats et Acquisitions », mais également « Défense, Recours et Indemnisation ». Des départements au sein du groupe Lactalis qui lui sont attribués et qu’il doit donc gérer et contrôler.

Une masse de travail énorme donc pour un homme qui s’est fait au fil de sa carrière chez Lactalis un beau parcours ascensionnel. Un éventail très large, en somme, de sollicitations au niveau de son champs d’application professionnel. Michel Peslier est décrit comme un « self-made-man in Lactalis« , et il travaille avec des collaborateurs qui, non seulement le décharge de ses fonctions d’exécution, mais lui permettent d’exercer son « job » de super-superviseur.

Quand on est, comme Emmanuel Besnier à la tête d’un groupe numéro un mondial du lait depuis Laval, pesant 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires et avec un total de 82 000 salariés à travers le monde, il faut savoir s’entourer : des individus repérés, élevés et affinés, dans la Maison, pour avoir du poids sur eux et de la confiance en retour. Celle du « Président »

« Superman »

A coté de cette masse de travail liée à ses fonctions, notre Mayennais possède la bagatelle de 53 possibilités de s’octroyer du travail supplémentaire et du pouvoir en plus. Car le nouveau président du tribunal de commerce de Laval possède à coté de toutes ses attributions 53 mandats différents à travers le monde, dans 53 sociétés toutes rattachées au groupe Lactalis qu’il représente. Michel Peslier, c’est en quelque sorte « Superman » à lui tout seul, capable de se téléporter facilement. Un jour, il est en Pologne, chez Lactalis Polska où il est « member of the supervisory Board », une autre fois il se trouve en Chine chez Lactalis Trading Shanghai Co, où il émarge comme « Director » et également « Chairman and Legal Representative ».


Le siège du tribunal de commerce de Laval – © leglob-journal

Mais Michel Peslier est aussi « Director of Lactalis Danmark », de « Lactalis HongKong Limited », de « Lactalis Sverige, de Grupo Lactalis Ibéria », et « Gruppa Lactalis Italia S.p.A. » pour ne citer que ces établissements-là, consignés dans le CV qu’il a dû accorder aux autorités transalpines lors du rachat de l’italien Parmalat. Il est donc aussi dans ses attributions de présider, en plus de diriger ou bien encore d’être le « représentant légal » de Lactalis

C’est le cas, dans la « Société Agricole Belge », dans « la Société Nouvelle Balluteaud », dans « la Société Nouvelle CIBEM », ou la « Société nouvelle d’emballage et de Conditionnement », ou encore « la Société nouvelle France Emballage« , par exemple, où il émarge en tant que « Président« .

Michel Peslier est aussi accessoirement, si on peut dire, « gérant » de « Lactalis Gestion Planification Organisation et de Lactalis Portugal, Produtos Lacteos, LDA« . Et il apparaît comme « administrateur » cette fois, mais d’une seule société, et pas n’importe laquelle, la « Holding BSA, Besnier SA« , celle qui est domiciliée en Belgique. (Lire ici)

Vouloir se mettre en danger

« Il est sympa, un peu pince sans rire, plein d’humour, et parfois un peu pète-sec, c’est à dire qu’on ne sait pas s’il rigole ou pas… » commente cette personne qui le connaît bien. Quand il était plus jeune, raconte cette autre, « Il était au RPR… il tirait les ficelles lors des élections ; il ne se présentait jamais, il envoyait tout le monde devant ; il était en opposition à Claude Leblanc [Le maire qui a précédé Michel Angot, dans la ville de Mayenne où il est né, NDLR], et ensuite avec Michel Angot. » La politique, il semble connaître ajoute cette personne qui a bien voulu parler au Glob-journal mais en restant anonyme :  » Il est très engagé à droite ; son père était adjoint au maire à l’époque et dirigeant principal de l’A.S. Mayennaise, le club opposé au C.A. Mayennais. L’A.S. Mayennaise était une émanation du Sacré Coeur. Le C.A. était un club laïc, là était la nuance« .


Michel Peslier (sur la gauche) et la Procureure de la République, séparés par les juges – © leglob-journal

Un tribunal de commerce, cela suppose d’avoir recours à des professionnels, cadres et dirigeants d’entreprises. C’est le principe. Mais encore faut-il qu’ils aient envie de devenir juge et de se mettre en danger avec l’élection consulaire. On ne parle pas encore de crise de vocations. « Haut cadre chez Lactalis, ça pèse » remarque cette autre personne qui ne souhaite pas être reconnue non plus.

« C’est tout le problème de cette juridiction de justice managée par des magistrats non-professionnels et que certains au niveau national avaient voulu réformer« . Allusion aux prises de positions des députés de gauche Arnaud Montebourg et de Vincent Peillon qui avaient élaboré un rapport parlementaire. Un recueil qui n’était pas passé inaperçu dans le milieu des patrons au siècle précédent.

Lors d’une audience au Tribunal de commerce de Laval – © leglob-journal

Dans le discours d’intronisation que Michel Peslier a prononcé, regardant les uns et les autres droit dans les yeux, il a cité Michel L’Hôpital « peut-être un beau prénom » a-t-il avancé avec un brin d’humour. Le nouveau Président a souhaité se tourner vers l’avenir, oubliant sans doute ce passé polémique qui lui colle à la peau. Michel Peslier a aussi beaucoup insisté sur l’émergence de « la justice prédictive, cette justice du XXIème […] avec des outils numériques et des logiciels en but avec les fondamentaux de la Justice […] encourageant la suppression de l’aléa judiciaire. […] Le juge ne doit pas être un mécanisme de raisonnement, ce qui lui est souvent reproché. Il doit avoir un supplément d’âme. […] La vérité judiciaire suppose un jugement compris par le justiciable […] Ensemble, on s’augmente!…  » C’est ainsi que le vice-président du tribunal est devenu le « boss » de plein exercice au tribunal de commerce de Laval, ce 31 janvier 2020.


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