Municipales 2020 : Osons parler du Stade Lavallois – par E. J. Folliard

La vie de la cité sous toutes ses composantes. Et le Stade lavallois en fait partie. C’est pourquoi à quelques encablures des Municipales qui devront permettre aux électeurs de Laval de se choisir un nouveau maire, le dossier « Stade » refait surface. E. J. Folliard craint que le Stade Francis Le Basser ne soit oublié dans le débat. Alors il le pose sur la table. Il appelle de ses vœux une vraie réflexion sur le devenir de cette institution et constate que pour l’heure ce n’est pas vraiment le cas.

Comment recouvrer le vote des supporters 

Par E. J. Folliard


Malgré les différentes péripéties et le traitement de choc que lui font subir ses dirigeants en multipliant depuis quelques saisons les errances incompréhensibles ou les décisions rocambolesques, le Stade lavallois ne semble pas vouloir mourir. En ce début d’année 2020, l’équipe mayennaise connaît une situation sportive plutôt satisfaisante qui peut laisser entrevoir une deuxième partie de saison intéressante. Ce regain de forme, le club mayennais le doit principalement à son nouvel entraîneur Olivier Frapponi qui a su amener de la sérénité, de l’humilité et de la rigueur, des valeurs qui depuis longtemps avaient quitté le club.

Cette éclaircie inespérée arrive dans un moment crucial où chaque lavalloise et lavallois sera amené en mars prochain, lors des élections municipales, à se prononcer sur l’avenir de sa ville. Dans ce débat qui opposera les diverses listes en présence, l’avenir du Stade lavallois sera-t-il un sujet, comme ce fut si souvent le cas lors des dernières campagnes, ou sera-t-il, comme c’est probable, mis de côté par paresse intellectuelle ou calcul cynique ?

Certes, il servira toujours de décors aux selfies et tweets ridicules de nos politiques locaux afin de venter à moindre coûts leur amour inconditionnel pour le maillot tango et de tenter de glaner, terrible illusion, le vote des supporters.

Iront-ils plus loin que ces démonstrations numériques, plus loin dans la réflexion ou l’analyse ? Il convient d’en douter ! Car depuis la fameuse campagne municipale de 1977, où le Stade lavallois, fraîchement admis dans l’élite du football français était l’un des sujets majeurs d’affrontement entre les candidats aux Municipales comme en témoigne ce reportage télé (ici), depuis les choses ont bien changé.

De promesse en promesse, de reniement en reniement, de relégation en relégation, le vieux club mayennais ne fait plus vraiment rêver. Et cela, il faut bien l’avouer, arrange au plus haut point le monde politique mayennais, toutes tendances confondues, qui, bousculé un jour de juin 1976 par l’ambition d’un vieil homme, Henri Bisson, n’a jamais su conceptualiser le début d’une réflexion structurée et minimale sur la place d’une équipe professionnelle de football sur notre territoire. On a donc évité tout débat de fond, juste, à mon avis, flatté le peuple tango pour qu’il vote bien et gagné du temps comme on sait si bien le faire en Mayenne avec les sujets qui fâchent.

« Un épineux dossier dont personne ne veut parler »

Pourtant les sujets ne manquent pas et auraient indéniablement leurs places au cœur de cette surprenante campagne municipale 2020. En premier lieu l’avenir du vieux Stade Francis Le Basser, symbole des Trente Glorieuses lavalloises et du rayonnement de la ville par le football, qui tombe chaque jour de plus en plus en ruine (ici). Dernier avatar en date, la subvention votée par l’agglomération de un million d’euros à fond perdu pour «  la mise en sécurité de la tribune Crédit mutuel » qui depuis sa construction multiplie les déboires. Bien évidement ce vote n’a ouvert aucun débat, chez nos brillants(es) conseillers(ères) communautaires, sur une possible rénovation et modernisation de Le Basser.

C’est que pour ce cénacle d’élus (es) sans vision, la solution est ailleurs et vient comme par enchantement de leurs amis, l’impayable Medef mayennais avec son projet de nouveau Stade privé. De quoi réjouir à première vue le contribuable électeur et clore à jamais cet épineux dossier dont personne ne veut parler. Et la figure omnipotente de ce cercle restreint de patrons, Samuel Tual piaffe déjà d’impatience comme il le verbalise dans un de ses derniers tweets en réponse à quelques supporters impatients : « Les acteurs économiques sont prêts, il ne reste plus qu’une volonté politique! A vous de vous faire entendre au moment des élections municipales ! » .

Notre bon Samuel, nous donnerait presque ses consignes de vote, que l’on imagine d’ailleurs aisément, pour accélérer le processus de construction de cette nouvelle enceinte symbole du renouveau du Stade lavallois ou peut-être de sa perte totale dans un magma économico-financier des plus obscurs.

Car contrairement aux siècles précédents ses nouveaux seigneurs de Laval et de la Mayenne ne sont pas là uniquement pour permettre le rayonnement de leur cité mais pour, si cela est possible, en tirer quelques bénéfices conséquents. Ainsi ce projet de nouveau Stade privé n’est que la partie visible de l’iceberg, et Bruno Lucas, président de la Société anonyme sportive professionnelle (SASP) Stade lavallois, ne s’en cache. Pas d’ailleurs lors de sa dernière interview lénifiante à France Bleu Mayenne, où Il évoque un nouveau Stade d’une capacité de 10 000 places (soit moitié moins que Le Basser), implanté quartier Ferrié, adossé à une zone commerciale (c’est vrai que l’on en manque cruellement à Laval !), à un hôtel et surtout à des surfaces de bureaux.

Un projet qui ressemble étrangement, à l’échelle lavalloise, au projet de Yellow Park voulu par le sulfureux propriétaire du FC Nantes, Waldemar Kita, en lieu et place du vieux stade de la Beaujoire. Un projet lui aussi adossé à une vaste opération immobilière nébuleuse, plus lucrative que la construction d’un simple stade et heureusement rejeté par les nantais après une admirable mobilisation citoyenne. En effet, la rentabilité de cet type de projet, relativement rare en France repose sur une équation économique complexe dont la clé de voûte est souvent les conditions d’acquisitions du foncier dédiés aux diverses constructions. Comme Waldemar Kita, on imagine que nos notables lavallois ont bon espoir qu’une équipe municipale « bienveillante » les aidera dans leurs taches de bâtisseurs. Il est vrai que les terrains à bâtir à Laval, surtout quand ils relèvent du domaine de la ville, sont de plus en plus soldés ces derniers temps.

« Grand Monopoly lavallois »

Ainsi des terrains du quartier Ferrié (10 hectares) ont été cédé gratuitement au Conseil départemental de la Mayenne pour la construction de l’espace Mayenne. L’hôpital Saint-Julien fut lui vendu au privé comme dernièrement la Caserne Corbineau et son intéressant parking (une occasion encore perdue pour rendre piéton le centre-ville) pour moins de deux millions d’euros. Ce grand « Black Friday » des biens municipaux, pourrait donc permettre à moindre coup l’émergence de ce « Tango Park » si cher à ceux qui veillent sur les destinés du Stade lavallois.

Le stade Francis Le Basser – © leglob-journal

Concernant le plan B, – la rénovation de Le Basser et donc son maintien dans le domaine public -, il est à peine évoqué par Bruno Lucas et ses acolytes, comme ce fut le cas pour La Beaujoire à Nantes. Il sera aisé de prouver, études tronquées à l’appui, que rien ne vaut le neuf surtout quand on peut se passer de marchés publics, procédures toujours gênantes pour nos entrepreneurs lavallois. De plus, il est fort à parier que certains promoteurs mayennais lorgnent déjà sur ce terrain de Le Basser si bien placé près la gare pour édifier quelques beaux immeubles, histoire d’équilibrer le tout. Un peu de communication, de réalité virtuelle, de promesse de jours heureux aux supporters et le tour sera joué, sans trop faire de vagues. La nostalgie du stade qui abrita les exploits tangos sera, elle, définitivement enterrée sur l’autel du football moderne et du business. Samuel Tual aura son nouveau stade qu’il baptisera certainement du nom de sa société, car le naming, aussi, c’est la modernité. Quant aux élus, ils seront débarrassés du « dossier Stade » et tout le monde sera heureux. C’est la magie du Nouveau monde et de la Smart-city.

Il y aura peut-être quelques perdants dans ce grand Monopoly lavallois : le contribuable qui chaque jour regarde désemparé la vente à la découpe d’une ville dont il pouvait se sentir légitiment fier, mais aussi les supporters qui dans leur beau stade neuf et «  low cost » auront définitivement perdu quelque chose de profond, de non monnayable… une part de leur identité. Rien de grave pour nos élites locales, juste quelques dégâts collatéraux.

Il n’aura fallu que quelques lignes pour poser déjà l’un des premiers sujets de débat autour du stade lavallois qui devrait animer cette campagne. Il y en a bien d’autres qui au-delà du carré vert font légitiment écho à la vie et aux enjeux de la cité. On peut y parler de démocratie locale, de développement territorial et même d’environnement. A Nantes , c’est dans cet esprit citoyen que L’association à la Nantaise, qui fut en pointe dans le combat contre le Yellow Park, a interrogé l’ensemble des candidats aux municipales sur l’avenir du FC Nantes (ici).

Car n’en déplaise à certain(e)s, une ville comme Laval s’est construite au fil du temps autour de ses monuments, ses commerces, ses habitations, ses écoles mais aussi de son équipe de football. Elle reste le creuset d’une identité et d’une fierté collective, mais aussi l’un des vecteurs essentiels d’inclusion et de mixité sociale pour l’agglomération. Elle fait corps depuis plus d’un siècle avec la société lavalloise et mayennaise .

Alors, mesdames et messieurs les candidat(e)s ne réduisez pas ce bel objet politique, au sens noble du terme, qu’est le Stade lavallois à un selfie ou une ligne à la fin d’un tract. Saisissez-vous de sa complexité, faites preuve d’intelligence collective et d’ambition pour permettre à cette institution de rester au service de son territoire et de ses habitants, loin d’un avenir mortifère que certains semblent lui dessiner.

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