Municipales 2020 : Plaidoyer pour un second tour en Juin – Par Thomas H.

« La démocratie ne peut pas être plus longtemps confinée », écrivent ensemble 36 maires de grandes villes dont Anne Hidalgo ou Christian Estrosi, dans une tribune parue dans le JDD du 17 mai 2020. Transformer le « confinement sanitaire en confinement démocratique serait néfaste à l’avenir de la France ». En Mayenne, un second tour s’est imposé au soir du 15 mars dans seize communes sur les 242 que compte le département.

Faut-il remettre tout le couvert en septembre?

Par Thomas H.


Et s’il fallait s’acheminer vers l’annulation du premier tour du 15 mars ? Et donc être appelé à revoter à deux reprises, le premier et le second tour, au début de l’automne. Ce qui ferait au total trois tests grandeur nature. Qu’en pensent, en leur fond intérieur, les électeurs de Laval, Mayenne, Saint-Jean-sur Mayenne, Athée, Champgénéteux, Charchigné, Couptrain, Gesvres, Le Pas, Le Ribay, Lévaré, Niafles, Senonnes, Saint-Mars-du-Désert, Saint-Quentin-les-Anges et Vieuvy ?

A Saint-Jean-sur-Mayenne, « avec ce processus électoral totalement bouleversé les municipales 2020 resteront dans les annales ! » avance Denis Morvan, le jeune candidat qui arrive en tête de presque deux points sur Olivier Barré avec 37,75 % des voix.

« Avec les membres de la liste Saint-Jean autrement. Ensemble pour un nouvel horizon 2030, ils se déclarent favorables à la tenue du second tour à la fin du mois de Juin. Cette suspension du processus électoral pendant plusieurs semaines était nécessaire pour les raisons sanitaires que nous connaissons tous.  La phase aiguë de la pandémie étant, je l’espère derrière nous, il apparaît envisageable aujourd’hui de réaliser ce second tour pour permettre aux nouvelles équipes municipales de s’installer et d’engager les changements devenus urgents après cette crise. Concernant particulièrement Saint-Jean : une première singularité était apparue avec la présence de trois listes dans notre commune de 1700 habitants. »

Il y a ceux qui sont en tête et ceux qui se sont vus décerner une sorte de handicap qu’il faudra surmonter si ils veulent l’emporter. Comme Didier Pillon à Laval, qui avec un score rétréci de 40,81 % des suffrages n’a pas réussi s’imposer. Même chose à Mayenne, le divers gauche Jean-Claude Lavandier adoubé par le maire sortant avec (14,41%) ou le candidat LREM Josselin Chouzy, pourtant vu déjeunant avec le ministre de l’Intérieur et crédité de seulement 10,40 % des voix. Quant à Jean-Pierre Le Scornet (Divers Gauche aussi), il se trouve en tête avec près de 43 points soit dix de plus qu’Adrien Mottais, le candidat de la majorité départementale avec 32,35% des suffrages. Comment la dynamique du premier tour va-t-elle perdurer dans un second? Et comment le « on refait le match! » si l’exécutif le décide sera-t-il perçu par l’opinion publique?


Le bâtiment abritant la municipalité de la ville de Mayenne – © leglob-journal

«Si les conditions sanitaires sont garanties, évidemment, je suis favorable à l’organisation du deuxième tour dès le mois de juin, lance Jean-Pierre Le Scornet qui est arrivé en tête à Mayenne. Pas une sortie dans les rues ou les commerces à Mayenne sans que je ne sois apostrophé : « A quand le second tour ! » A l’image de millions de Français, les Mayennais attendent, impatients, d’avoir leur maire, leur équipe municipale en place pour prendre les décisions fortes pour nos écoles, l’attractivité du centre-ville, l’emploi, le développement du vélo… La démocratie locale ne peut pas être plus longtemps confinée. Ces mêmes Mayennais me disent aussi espérer que leur vote de 1er tour ne soit pas un vote pour du beurre. Cela me parait frappé du bon sens !»

On le voit, faire table rase du premier tour, c’est pour reprendre les propos des signataires de la tribune du JDD, « confiner la démocratie ». La belle aubaine aussi pour les perdants qui pourraient ainsi bénéficier, du moins l’espèrent-ils, d’une participation plus forte en raison d’un effet Covid-19 amoindri par un déconfinement qui aura su profiter de la douceur estivale. Car ne nous y trompons pas, gommer d’un trait de plume les scores de ceux qui sont arrivés en tête au premier tour, c’est à n’en point douter « un déni de démocratie ». C’est en quelque sorte le même « effet Sarkozy » qui avait entaché le référendum de 2005 sur le traité constitutionnel qui s’était soldé par un « Non » et dont la classe politique n’avait pas voulu tenir compte.


Motivation écornée


Vous imaginez les candidats, fatigués ou usés par une campagne qui a été, – comment dire? – « palpitante » sur Laval par exemple, repartir au charbon comme un seul homme et comme une seule femme, comme si de rien n’était ? « Je me vois mal y retourner pour recommencer une campagne complète…» confie ce candidat positionné sur une des deux listes lavalloises et qui ajoute : « J’ai beaucoup donné et ma famille et mes enfants s’en souviennent ; ils ne m’ont pas vu beaucoup… Alors… » Motivation écornée, dynamique cassée, pour certains le punch n’est déjà plus le même après deux mois de confinement.

Le candidat lavallois arrivé en tête devant Didier Pillon, Florian Bercault estimait le 24 mars dernier que « Recréer une dynamique et refaire à nouveau deux tours, ce serait irrespectueux du choix du premier tour. Sans faire de politique-fiction, je pense qu’il faut repartir avec la liste d’alliance que nous avons déposée en Préfecture ; nous avons la clef de répartition du rassemblement et il faut rester dans cette configuration si tout le monde est d’accord!… »

Repartir pour un « tour complet » à l’automne, c’est sans compter aussi sur l’aspect financier d’une telle décision. « Une campagne ça coûte de l’argent ! Environ 50 000 euros pour une campagne sur Laval» avance cet observateur de la chose politique, et « même si l’État aura remboursé les frais de campagne à hauteur de 50%, il faudra trouver une banque pour un prêt et surtout l’envie qui va avec… ».


La mairie de Laval – © leglob-journal

Sur le fond du discours politique, on sent bien une certaine lassitude en filigrane. L’euphorie des municipales 2020 a été balayée par la pandémie et le lot d’incertitudes qu’elle a généré. « Il va falloir se réinventer » explique cette candidate positionnée sur une liste. « Vous nous voyez redire une nouvelle fois ce que nous avons développer au premier tour pour la ville ? Même si le Covid-19 est passé par là… ce ne sera pas si simple ! » Et puis faire campagne sans porte à porte ni rassemblement…

« Elle est où la dynamique du premier tour ? » Elle s’est peut-être dissoute dans le confinement ? L’heure ne devait pas être à la politique, la crise sanitaire, impérieuse et stoppant tout, devait tout suspendre, l’heure était à la défense de l’humain plutôt qu’à la manifestation de la politique politicienne. Et pourtant des candidats ont continué à « faire campagne en douce » comme on a pu l’entendre. 

A Laval, Didier Pillon a questionné les destinataires de ses mailing. Il l’a fait bien qu’il avait prétendu sur leglob-journal qui l’avait interrogé sur l’après-crise du Covid que « Nos préoccupations actuelles sont tournées vers la santé et l’économie et cela n’a rien à voir avec les élections municipales! Plus tard, cela viendra à temps… ». Pourtant les sympathisants étaient priés pendant le confinement et la campagne suspendue, de donner des axes de réflexions pour nourrir « l’acte 2 » des municipales.

Du coté de la gauche unie et de Florian Bercault, on n’est pas non plus resté les bras ballants. On s’est activé aussi. Des visioconférences avec les 43 candidats retenus sur la liste de la « gauche réunie », ont été convoquées pour d’abord se connaître et puis essayer de créer de la cohésion. Il était la aussi question de réfléchir aux solutions à apporter pour nourrir la future campagne électorale qui ne manquerait pas de reprendre.

La fusion de listes a peut-être du bon d’un point de vue quantitatif si l’on veut réaliser un score qui pourrait apporter la victoire au bout du bout, mais cela n’a rien d’automatique et ce n’est pas simple en attendant de faire corps, quand des candidats issus de deux listes distinctes se retrouvent ne faire plus qu’une seule sur le papier! Marier une gauche plutôt radicale à une autre gauche… D’autant que cela s’est fait très vite : « des négos de deux mois qui s’étaient soldées sur un échec, constate un candidat positionné sur une liste, tout cela s’est réglé en deux heures au soir du 15 mars… ».

En finir avec cette attente, ce temps suspendu de l’incertitude, cette prolongation de l’espace entre deux moments de vote, serait sage. D’autant que le Conseil scientifique y est favorable. Et puis, « c’est également un enjeu en termes d’emplois, les collectivités pèsent d’un poids conséquent dans la relance économique grâce à leurs investissements, comme le dit Jean-Pierre Le Scornet le candidat arrivé en tête à Mayenne. Aujourd’hui les équipes municipales qui assurent l’intérim ne se sentent pas légitimes pour lancer des programmes nouveaux qui pourraient constituer de l’oxygène pour les PME locales.« 

Au sommet de l’Etat, le Premier ministre devait déclarer récemment: « La loi qui a été votée par le Parlement le 23 mars a prévu un système dans lequel le 23 mai – pas avant, pas après – nous dirons si le deuxième tour des élections municipales peut se tenir à la fin du mois de juin« . Il faut donc attendre. Mais renvoyer le second tour de l’élection municipale complète après l’été serait improductif en terme de démocratie. La décision est difficile à prendre, et dans les deux cas ce sera à nouveau une très mauvaise image que renverra l’exécutif. Quoiqu’il fasse.


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