Municipales – A gauche : « la machine à ne pas gagner » est-elle en route?

La campagne des municipales à Laval fait apparaître une gauche divisée. C’est un fait. La rupture semble consommée. Avec ce « deux poids, deux listes », des électeurs assez nombreux à gauche s’interrogent et regrettent qu’il n’y ait pas eu d’accord possible. Certains observateurs qui s’en délectent, au contraire, pensent que la « machine à ne pas gagner est en route ». Cette séparation, – certains veulent croire que cette rupture est « momentanée » – est pourtant symptomatique. Elle trouve ses fondements dans des relations historiquement difficiles.

Une fracture préjudiciable à gauche

Par Thomas H.


Une « séparation » qui vient de loin. « C’est le national qui descend sur le local » analyse celui-la. « La rancœur et un mépris pour l’écologie volontaire » rétorque cet autre observateur. Mises au grand jour, quand la ou le ministre s’acharnait à faire avancer des idées novatrices pour l’environnement et qu’elles étaient bloquées, voilà que ces comportements se déclinent dans le concert de l’élection locale. A droite, on se souvient des « jupettes » rapidement écartées et à gauche, des relations houleuses entre EELV et le PS.

Dans un « gouvernement local », l’écologie peut se heurter à la réalité des budgets. Trouver des « compromis de circonstance pour tenter de figurer en bonne place sur l’échiquier politique local », comme l’a écrit Claude Gourvil sur leglob-journal, c’est terminé. L’ex-adjoint aux maires socialistes lavallois Guillaume Garot puis Jean-Christophe Boyer, poursuivait : « J’avais à la fois la légitimité et l’opportunité de mener une liste rassemblant une large gauche locale, mais au risque d’échouer, sur le plus petit dénominateur commun en terme de contenu programmatique ». Aussi, a-t-il répondu négativement à la proposition d’Antoine Caplan de « mener la liste de Gauche à Laval ». Approché en Février de cette année, il a finalement renoncé et décliné la proposition d’aller au charbon, ouvrant de fait et par incidence, une difficulté de rassemblement unitaire.

C’est cela faire de la politique ; « ça passe ou ça casse » comme le disait un lecteur assidu. On y va ou pas. Il faut sentir les choses. « Se dire qu’il y a la réussite au bout. Mais si on ne croit pas à la réussite de l’entreprise, à l’intérieur, c’est bien plus compliqué encore ».

Cette fois pour l’échéance de 2020, fort des ressentis des uns et des autres, le lien qui s’était noué un temps entre toutes les forces de gauche à Laval s’est rompu. La gauche est non seulement plurielle, mais elle agit en plus en électron libre, abandonnant ses capacités à agréger. C’est l’exercice du pouvoir qui fait prendre parfois de la distance avec des partenaires avec qui, pourtant, il avait été construit, des fondations paraissant solides et durables.

« Leadership » et « confiance »

Florent Durrey (EELV53), le tête de liste de Laval, Écologiste et Solidaire, – la relève de Claude Gourvil  -, a son analyse sur la rupture. Notez comme l’explication est finalement assez claire : « L’absence de PS [Dans Laval, Écologiste, et Solidaire, NDLR], c’est un problème de leadership. C’est aussi un problème de confiance. Objectifs et manière de faire ne nous correspondaient pas. On ne s’y retrouvaient pas. Mais nous ne voulons pas polémiquer…» avait-il confié au Glob-journal qui l’interrogeait sur cette absence d’union de la gauche à Laval.

«Leadership », mais aussi « confiance » ; les mots sont têtus : on comprend que Demain Laval !, la liste emmenée par Florian Bercault, issue du collectif portant le même nom, mais qui gomme l’étiquette PS, voulait selon Florent Durrey en quelque sorte tirer la couverture à soi. Et disposer peut-être d’une tête de liste qui soit issue du sérail socialiste. Voilà pour le mot « Leadership ». Quant à « confiance », nous saisissons tout ce que le mot valise contient de significations.

En politique, pour qu’il y ait adéquation entre deux partenaires, il doit y avoir convergence d’intérêts. Et il faut aussi s’entendre sur les programmes. C’est vrai pour toutes les étiquettes politiques. Or ce n’était pas le cas semble-t-il entre EELV, et le Parti Socialise à Laval. « Objectifs et manière de faire ne nous correspondaient pas. On ne s’y retrouvaient pas (…) » a déclaré, droit dans les yeux au Glob-journal, Florent Durrey, lors du point presse de présentation des cinq premiers noms de la liste Laval, Écologiste et Solidaire.

Un parti socialiste qui peine à recouvrer la forme? © leglob-journal

Il faut bien souligner que « l’appel du 14 juillet 2019 », lancé à une date symbolique fleurait bon, – on peut le déduire – « une prise de la Bastille » que pouvait incarner la forteresse lavalloise avec sa majorité à droite, composée d’UDI et de LR. C’est sans doute l’image révolutionnaire que les socialistes ont retenu de ce collectif. Cela a-t-il pu effrayer le PS? Un parti socialiste exsangue dont beaucoup, lors de la dernière Présidentielle, en Mayenne avaient préféré Emmanuel Macron, à un Benoit Hamon, bien trop rouge à leurs yeux. Apportant même un soutien modéré au candidat PS à la présidentielle, fondateur ensuite de Génération-S, une composante de la liste de Florent Durrey.

« Le PS lavallois perd des plumes dans cette affaire » confie un vieux briscard socialiste. Il perd, c’est vrai, non seulement sa capacité d’être courroie d’entraînement, mais aussi son partenaire historique, le Parti Radical de Gauche (PRG). Ce parti a toujours été considéré comme « une force d’appoint », et ce n’est plus le cas pour les socialistes. Pour cette campagne des municipales, Michel Neveu le président du PRG-Le Centre Gauche a rejoint la liste conduite par Florent Durrey d’EELV délaissant celle conduite en sous-marin par le PS. « Les radicaux vont s’engager dans cette liste ; nous avons une vision d’humanisme, de solidarité et de laïcité à défendre » avait-il déclaré aux cotés du tête de liste écologiste lors du point presse. Sans faire plus de commentaire.

Le syndrome « cabines téléphoniques »

Avec le recul, Michel Neveu estime à présent sur leglob-journal : « Notre démarche est cohérente, nous souhaitons que la gauche éparpillée se rassemble à nouveau. Vous savez, on nous a suffisamment moqué à l’époque estimant qu’on pouvait se réunir au Parti radical de Gauche dans une cabine téléphonique… A présent, je constate qu’ il y a des cabines téléphoniques partout à gauche en Mayenne. Et la gauche ne gagnera pas si elle est autant divisée. On peut avancer ensemble... » Et quand on lui pose la question de savoir pourquoi l’absence du PS dans cette « liste de presque rassemblement » conduite par Florent Durrey, il déclare : « Le PS ne nous a pas proposé de les rejoindre. Et nous non plus. Vous savez il y a de nouvelles têtes au PS à Laval et cela a des incidences… »

Néanmoins, cela pourrait-il se faire au second tour ? « Pourquoi pas !» lance Michel Neveu. On se souvient, pour les plus anciens à Laval, de l’effet Jacques Poirier. Avec la liste qu’il conduisit en 1983 et ses « presque 8 % » obtenus au premier tour, il avait choisi de fusionner au second avec celle du socialiste André Pinçon… « Sans nous, commente Jacques Poirier, les socialistes n’auraient pas pu conserver la mairie… »

Ce scénario qui s’est produit en 1983, peut-il vraiment se concevoir à nouveau en 2020 ? Autrement dit, l’histoire peut-elle se répéter? « Oui ! » lance Jacques Poirier, catégorique. « Nous, on estime qu’on pourra fusionner au deuxième tour, sauf si bien sûr la liste PS se déclare macroniste, là c’est la ligne rouge qu’on ne franchira » prévient simplement le représentant du PCF à Laval.


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