Municipales à Laval, la FI se lance un défi… celui de rassembler

« La France Insoumise (FI) », rebelle jusqu’au bout à Laval. Évincée du collectif issu de l’Appel du 14 juillet, elle ne renonce pas pour autant à se faire entendre politiquement en vue des élections municipales de mars prochain. Le groupe d’action des Insoumis de Laval qui regroupe « une quarantaine de personnes » fait des propositions et appelle de ses vœux qu’ « un rassemblement voit le jour » comme en 2014 avec la liste Carton Rouge conduite contre Guillaume Garot par Jean-Marc Bédue.

La FI veut peser aux Municipales à Laval

Par Thomas H.


« Nous travaillons à un rassemblement et nous voulons montrer que nous avons des propositions » explique, aux cotés de Nicolas Chomel, Claude Piou, un vieux briscard de la politique. Il fut en effet numéro un de la fédération mayennaise du PS de 1983 à 1990 puis président mayennais du Parti de Gauche.

Une expérience qui aide, sans doute à prendre du recul. « Les militants de La France insoumise, écrivent-ils dans un communiqué, ont choisi une autre voie. (…) On devine les mêmes mains qui tirent les ficelles de la vie politique locale depuis plus de 30 ans… que ce soit « à gauche » ou « à droite » ! Nous avons refusé d’entrer dans les manœuvres politiciennes qui prétendent aboutir à un « rassemblement » (…) »

Et Claude Piou qui constate un « blocage » avec la liste conduite par EELV d’ajouter « La FI à Laval ne cherche pas à faire de la présence comme ça sur une liste, pour exister sur l’élection…Nous avons des projets qui nous semblent répondre aux exigences de notre temps. Ces projets, nous les mettons en débat sur la place publique. » Pourtant se présenter c’est se compter.

Entre les lignes, il faut voir clairement une allusion aux partis politiques et aux membres de la société civile qui ont répondu à l’Appel du 14 juillet sur Laval et rejoint EELV, à la tête de la liste Laval, Écologiste et Solidaire. Mais les FI souhaitent un vrai rassemblement, porteur de projets, ce qui ne semble pas être le cas, selon eux.

« Nous privilégions le débat sur les projets à la lutte des places ! Pour nous, l’urgence est de présenter des projets qui permettent d’améliorer la vie quotidienne de la population, mais aussi de préparer l’inévitable transition écologique de la ville. » peut-on lire dans le long texte qui fait office de profession de foi.

Les « adhérents » du groupe d’action de la France Insoumise à Laval « ne veulent pas travailler avec le PS ». C’est acquis. Un lourd contentieux politique existe, c’est indéniable au niveau national qui se décline au niveau local. Et il est trop fort pour être surmonté. Mais, dans l’autre liste, Laval, Ecologiste et Solidaire d’où ils ont pourtant été évincés, « pourquoi pas ».

Mais la FI, rebelle et iconoclaste en matière politique, pose ses conditions : « S’ils organisent un vrai rassemblement citoyen, loin des luttes de personnes, regroupant toutes celles et ceux qui se battent actuellement pour défendre les services publics, sauvegarder nos acquis sociaux et lutter contre la catastrophe écologique, alors nous y prendrons volontiers notre place. » La balle est dans le camp de Laval, Écologiste et Solidaire. D’ailleurs pour Bruno Rey, le porte-paroles de la FI lavalloise : « on n’est pas contre cette réouverture de la porte, mais c’est à eux de la rouvrir ! »

Trois hypothèses

Le simple rassemblement, ou bien la liste autonome comme en 2014, ce qui n’est pas exclu, ou encore le programme vitrine pour enrichir le débat, si les deux premières hypothèses ne fonctionnent pas. Voilà où la France Insoumise se situe actuellement. Car constituer une liste n’est pas toujours possible, parce que « se dévoiler France Insoumise en Mayenne quand on est encore en activité est  préjudiciable à la carrière professionnelle » selon certains insoumis. D’où la difficulté pour La FI à recruter. Dans l’hypothèse basse « Nous aurons toujours montrer notre savoir-faire et notre sérieux… »

Et c’est vrai. Ce sont dans le concert des municipales, à Laval en tout cas, les premiers à détailler aussi finement les mesures proposées. Avec « quatre principes politiques pour répondre aux enjeux sociaux et écologiques, énergétiques et financiers de l’époque qui vient. » avancent-ils. De l’urbanisme à la culture le champs de leur cogitation est assez vaste et il est difficile ici de toutes les nommer. Mais à la lecture, on salue parfois l’imagination et l’originalité des propositions qui sont listées. « Elles sont toutes chiffrées, et tous les grands projets seront soumis à référendum ou à consultations et/ou concertations... » explique Nicolas Chomel.

Les Insoumis proposent par exemple au niveau des transports « la reprise des TUL en régie publique avec la gratuité », ou bien l’étude de « la création d’une ligne de tramway sur les anciennes voies ferrées de l’agglomération et d’une navette ferroviaire sur l’actuelle ligne Le Mans – Rennes entre Laval, Port-Brillet et St Pierre-La-Cour à l’Ouest, Louverné, La Chapelle-Anthenaise et Châlon-du-Maine à l’Est ».

Le déménagement de la Mairie

« S’opposant au déménagement comme cela serait envisagé par la majorité sortante de la mairie au quartier Ferrié » la FI lavalloise a en projet de « transformer le Château Neuf (ancien palais de justice) en grand Hôtel de Ville, montrant la prédominance de la commune (au contraire de la tendance actuelle poussant aux grandes agglomérations), regroupant tous les services municipaux utiles au public et de créer devant une « Place de l’Hôtel de Ville » plus végétalisée. » L’argument, c’est de redonner de la splendeur à la ville alors que l’actuel hôtel de ville est « coincé, entre deux rues dans un carrousel de voitures ».

Il s’agit insistent, Nicolas Chomel et Claude Piou de décisions collectives qui sont à l’origine de ces propositions comme la création d’ « un réel parcours pour cyclistes et piétons (aménagé, protégé et fléché), adapté aussi aux personnes en situation de handicap, avec la construction d’une passerelle pour cyclistes et piétons sur la Mayenne (entre le Vieux Pont et Avesnières) ou la mise en voie piétonne et cycliste du Vieux Pont. » Dans l’hyper-centre il s’agira toujours en matière d’urbanisme d’ « aménager l’axe rue du Val de Mayenne – Grande Rue – Vieux Pont – rue du Pont de Mayenne pour en faire un vrai quartier d’animation festive et culturelle ».

En matière de logement, il est proposé d’ « utiliser le foncier municipal pour créer des logements HLM en centre-ville et stopper l’embourgeoisement à l’œuvre depuis des années ; mettre en place un plan d’urgence pour un habitat digne pour tous : salubrité et chauffage (enjeux énergétique et économique) ; instaurer la gratuité des premiers mètres cube d’eau et surtaxer la consommation abusive. »

Claude Piou, Bruno Rey, Nicolas Chomel, et Isabelle Bijou – © Photos leglob-journal

La démocratie est un domaine qui a été exploré localement. « Le rôle des maisons de quartier sera développé pour lutter contre les fractures numérique et sociale. Leur gestion sera confiée à des conseils de quartier, cadres de la concertation sur les projets municipaux. Soumission des grands projets à un référendum local et révision du fonctionnement du Conseil municipal pour assurer un véritable contrôle citoyen allant jusqu’à la possibilité de révocation des élus. » Dans chaque thématique, « un souci sera constant, celui du contrôle citoyen », une des antiennes de La France Insoumise avec son fameux dégagisme.

Pour « engager la transition écologique, une nécessité absolue » selon les protagonistes de ce programme très fourni, il faudra, avec les terrains appartenant à la municipalité « soutenir la création d’une couronne maraîchère bio autour de Laval, et des jardins ouvriers ». L’absence de jardins publics avec la disparition de celui de St-Julien en centre ville, ou « le laissé à l’abandon de la Plaine d’Aventure de Saint Nicolas » nécessitera selon Nicolas Chomel de « développer des parcs naturels publics ». L’équipe des Insoumis a évoqué aussi le besoin de « programmer la réfection du réseau d’écoulement d’eaux pluviales du centre-ville pour éviter les inondations récurrentes et inciter financièrement les particuliers à investir dans la récupération des eaux de pluie ».

On pourrait voir aussi sur des toits plats l’installation de réserves de collectes d’eau de pluie qui pourra ensuite être facilement réutilisée.

« Limiter le financement des écoles privées aux strictes limites de la loi actuelle » fait aussi partie du catalogue de propositions au chapitre Enseignement. Comme l’établissement d’ « un plan de rénovation des écoles publiques ou de travailler à l’accès aux activités périscolaires pour tous. » Quant aux repas servis aux écoliers lavallois, l’objectif sera de « faire passer progressivement la cuisine centrale aux produits locaux et bio ».

Réaffirmer la prépondérance de Laval

En matière de Santé, il est question de « défendre l’hôpital public (dont le maire fait partie du conseil de surveillance) et de faire du CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) un acteur important de santé publique en renforçant le travail pluridisciplinaire en santé, et en expérimentant des démarches alternatives à la santé libérale (centres de santé avec médecins salariés, éducation à la santé, etc.) . La FI propose aussi de soutenir le réseau associatif dans la prise en charge des populations fragiles. »

Pour réaffirmer la prépondérance de Laval en matière d’économie locale sur St Berthevin, il sera notamment question de « stopper la prolifération des grandes surfaces commerciales dans l’agglomération de Laval et de préempter des locaux commerciaux de centre-ville pour ensuite une remise en location avec des loyers modérés », un dispositif qui permettrait selon La France Insoumise de participer à l’attractivité du centre-ville et de soutenir le commerce nouvellement créé qui a généralement une existence de vie de quelques mois seulement. Pour renforcer la notion de quartiers, les Insoumis ont imaginé aussi « aménager ou créer des centres commerciaux de proximité (à l’image de ce qui existe déjà à Murat, aux Fourches, au Bourny ou à Avesnières). Enfin, concernant les entreprises, il propose la création d’« un fonds d’aide à l’économie sociale et solidaire et en particulier à la reprise d’entreprises par leurs salariés.»

L’Emploi suppose la « titularisation des agents municipaux en situation précaire et la rédaction d’une charte d’employeur municipal exemplaire, notamment en terme d’égalité femmes-hommes. » Les insoumis souhaitent aussi « développer les emplois territoriaux, notamment pour les aides à la personne, plutôt que recourir aux entreprises ou associations qui fonctionnent avec des emplois précaires. »

Enfin en terme de culture, qui arrive toujours en dernière position, les Insoumis de Laval veulent « créer une salle de cinéma d’Art et Essai sur Laval, de rénover la salle polyvalente, de soutenir le réseau culturel local et les initiatives populaires et de créer des panneaux d’affichage réservés aux spectacles et événements culturels. »

A travers toutes ces suggestions, il est possible de percevoir ce qui, pour La France Insoumise reste un « objectif prioritaire », à savoir la « lutte contre les inégalités ». Le tout avec « des moyens d’actions » annoncent-ils comme « les services publics » . Les acteurs de la France Insoumise ont aussi « un souci constant » ajoutent-ils : celui de l’implication de la population à travers la consultation et le référendum ce qu’ils appellent « le contrôle citoyen »…


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