Municipales : François Zocchetto se contraint à redevenir «un simple citoyen»

Image Complément d’enquête France Télévision

« La gauche perd son meilleur ennemi à la mairie de Laval» remarque un observateur mayennais avisé. La campagne électorale pour les Municipales de 2020 semble du coup s’affadir, avec ce « coup de tonnerre » lancé dans le ciel lavallois, après ceux du feux d’artifice de la mise en Lumières de Laval. En apparence seulement, car les jeux électoraux ne sont pas faits et puis c’est surtout aux Lavallois de jouer.

« L’affaire romaine » rattrape définitivement le maire de Laval

Par Thomas H.


« Qui se sent morveux, se sent coupableet se retire, explique cette vieille Lavalloise. C’est lui qui s’est mis en difficulté! Lui-même, il ne faut pas se tromper ! ». « Coupable », le mot est lâché. Il le sera en l’absence de tribunal et de juge, par la vindicte populaire. D’ailleurs ne s’est-il pas auto-jugé, en s’accordant une sanction, – sans magistrats ni procédure -, en se retirant de la course?

Ce faisant, il apporte du crédit aux faits rapportés par « Audrey ». Cette jeune femme, qui s’est sentie humiliée et atteinte dans sa dignité, et qui a porté le couteau dans la plaie. Autrement dit, le maire de Laval a subi de plein fouet son « affaire romaine ». Il en a même perçu toute la gravité, quand elle lui est revenue, trois ans après les faits de la Villa Médicis, alors qu’il pensait, comme c’est humain, être passé entre les gouttes.

Pourquoi se retirer maintenant ? Alors que l’épisode, publiquement, semblait en voie d’extinction. « On l’avait presque oublié » commente ce proche. Peut-être, mais c’est une hypothèse, François Zocchetto aurait craint que la boite de pandore ne s’ouvre et déverse « encore plus de calomnies. »



Dans son intervention sur le réseau social de Mark Zuckerberg, le maire sortant s’exprime en lisant consciencieusement son texte devant un fond gris et pâlichon. Il l’est aussi. Il évoque « des attaques violentes… une campagne calomnieuse… un tribunal médiatique… » Son argumentation est exsangue de compassion, pour personne. Il n’évoque rien, ni Rome, ni cette femme par qui le scandale arrive ; il parle froidement et oublie de rappeler qu’il a reconnu les faits après les avoir, dans un premier temps, fermement niés.

Avant d’en venir à cette extrémité, de tout lâcher, de passer la main, avait-il mesuré la teneur de ce communiqué de presse qu’il a fait produire quand Audrey a parlé de ce qu’elle avait vécu à Rome ? Quelques lignes – écrites dans un registre qu’emploient les hommes de lois – où il déclare sans autre précaution : « je n’ai pas osé résister à l’injonction du ministre ».  Ni su, ni pu, ni osé…

« A vos cotés comme un simple citoyen »

François Zocchetto a-t-il été courageux ? « Certainement, analyse ce soutien. Mais il l’aurait été surtout, s’il avait admis sa faute plus tôt, dès 2018, quand on parlait moins du mouvement autour des femmes…  Et puis, ajoute-t-il, on aurait été loin des municipales ! »

Dans son intervention vidéo, après les journalistes qui s’érigent en procureur, dit-il en substance, il s’en prend aussi, à juste titre cette fois, aux réseaux sociaux qui ne font pas dans la nuance, jugent sans ménagement, amplifient, caricaturent et mettent au pilori, et évoque l’« homme à abattre » qu’il est devenu rejetant à nouveau la faute sur les autres. Il pense à « [sa] famille et ses proches », sa femme, ses enfants dont les vies d’un coup ont été bouleversées et « détruites » par les révélations de « l’affaire romaine ». Et s’adressant aux spectateurs qu’il regarde droit dans les yeux à force de lire son texte, l’encore maire de Laval – il achèvera son mandat et ira jusqu’en mars – ajoute « je serais à vos cotés comme un simple citoyen », redescendu de son piédestal.  

François Zocchetto qui se retire de la compétition électorale ne sera plus en première ligne, plus en pôle position, une place avec ses obligations que finalement il n’a jamais trop appréciée. Ce n’est pas lui faire offense que de rappeler ce que disent beaucoup de lavallois qu’il n’a jamais été un homme de discours, encore moins un tribun.

Cela arrive aujourd’hui, comme un révélateur. «Avec cet abandon, je salue cette décision qui est la plus juste » commente ce Marcheur lavallois. Cette épisode inattendu dans la vie politique à Laval « ça libère, poursuit-il, et ça prive l’opposition d’un moyen d’attaque officielc’est bien… ». « Même si elle arrive trop tardivement, c’est la meilleure décision… »  insiste-t-il. Mais l’opposition avait-elle vraiment envie de s’en emparer?

Le renoncement de François Zocchetto offre-t-il pour autant un boulevard, comme on dit communément à la gauche ? La question se pose mais la réponse n’a rien d’évident. François Zocchetto a déclaré vouloir «soutenir [s]on équipe. » Les cartes sont rebattues. On change la mise. Le coup de poker de ce renoncement a-t-il été stratégiquement préparé ? Pas certain. Le jeu est ouvert et l’on devrait voir « cartes sur table » dans les jours ou les semaines qui viennent. Autrement dit, en savoir un peu plus, car pour l’heure, c’est la tétanie de l’annonce qui engonce la ville de Laval par le jeu du silence, comme à chaque fois qu’un élu est mis en cause.

François Zocchetto lors du dernier conseil municipal de Laval (15 novembre 2019) après les « révélations » de la jeune femme et avant l’annonce de son retrait – © leglob-journal

La production a perdu sa vedette

Certains observateurs estiment que l’actuel détenteur du poste de maire ne repartant pas, « ce n’est pas trop un problème, à condition qu’on lui trouve un substitut qui tienne la route… ». Un « substitut », c’est-à-dire un remplaçant car le spectacle doit continuer. C’est dit. Mais qui, pour prendre sa place à la tête de la liste ? Autrement dit quid du plan B ? S’il existe.

Dans ce casting où la production a perdu sa vedette, il faudra que le second acteur soit solide, – on pense, et c’est légitime, à son premier adjoint Xavier Dubourg. Qu’il ait aussi suffisamment de charisme pour faire oublier ce qui a poussé François Zocchetto à abandonner en chemin cette campagne qui le donnait pourtant favori à sa succession. Il faudra aussi qu’il ou elle soit œcuménique, c’est à dire accepté et incontournable.

Un ou une « substitut ». Car on pense aussi à Samia Soultani qui a permis à François Zocchetto de gagner la mairie, il y a six ans, en faisant un ticket gagnant pour battre les socialistes. Un ticket UDI-LR, rassemblant la droite, sur le nom de celui qui fut l’ancien adjoint aux finances de François D’Aubert. Ex-sénateur, ancien associé d’Olivier Richefou dans le cabinet d’affaires qu’il avait créé sur Laval. Et maintenant : déjà ex-maire de Laval.

Laval qui pourrait être amenée à connaitre d’autres bouleversements. En fusionnant – faisons un peu de science fiction réaliste – avec les petites communes de la première couronne. On en parle mais pas publiquement. C’est trop tôt. Un fusion notamment avec Saint-Berthevin : une ville de 7800 habitants flanquée d’une énorme zone commerciale qui ne cesse de grandir sous l’impulsion de son maire, Yannick Borde. Premier vice-président de l’agglomération de Laval, il se répète aussi avec insistance qu’il se verrait bien président de l’agglo. Assis dans le fauteuil de n°1, celui qu’occupe actuellement François Zocchetto. Un rêve qui pourrait être amené a se réaliser beaucoup plus rapidement que prévu, une fois l’échéance électorale passée en mars prochain, avec ce renoncement qui finalement tomberait à pic.

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