« Notre cathédrale commune » – par Jean-Luc Mélenchon

« Puissante » et « commune » comme un « vaisseau » jeté « sur le flot du temps » écrit notamment Jean-Luc Mélenchon. La cathédrale de Paris qui a été, partiellement, ravagée par les flammes a inspiré le candidat de la France Insoumise à la Présidentielle de 2017. Le voilà poétique et un brin lyrique dans un texte littéraire aux accents hugoliens paru sur son blog « L’ère du peuple » et que leglob-journal publie dans ses colonnes.

Hommage à Notre-Dame de Paris

Par Jean-Luc Mélenchon


Athées ou croyants, Notre-Dame est notre cathédrale commune. Le vaisseau, la nef qui nous porte tous sur le flot du temps. Et je crois que nous l’aimons de la même façon. Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y parait si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame. Et d’autres, ceux qui connaissent le vide de l’Univers privé de sens et l’absurde de la condition humaine, y voient par-dessus tout cette apothéose de l’esprit et du travail de milliers de femmes et d’hommes durant deux siècles et depuis plus de huit cents ans.

Ils ressentent ce que la cathédrale a signifié depuis sa première heure, quand elle n’était encore qu’un plan, et à l’instant où fut planté le clou d’or d’où seront tirées toutes les lignes et commencés tous les calculs.

« Elle n’appartient à personne »

Bien sûr, Notre-Dame accueille tout le monde, et la foi catholique l’anime. Mais elle n’appartient à personne ou bien seulement à tout le monde, comme les pyramides du plateau de Gizeh. Tout le monde, c’est-à-dire la cohue sans fin des générations qui se sont mise les unes sur les épaules des autres jusqu’au sommet des tours, des flèches, et ne se sont jamais arrêtés en chemin vers le ciel, l’espace, la lune, les planètes, les étoiles !

Du premier calcul pour faire tenir debout une voûte de 33 mètres de hauteur à celui qui a permis à la sonde Rosetta et son émissaire Philae de parvenir jusqu’à l’astroïde Tchouri, la patate glacée dans l’espace, c’est tout un. Et avant la cathédrale, je dirai que le temple d’Apollon qui se trouvait là visait de même. Que le bâtiment soit un édifice religieux n’empêchera jamais qu’il soit l’incarnation de la victoire de nos anciens contre l’obscurantisme.

Des croisades, on ramena les sciences mathématiques, physiques et chimiques que l’Orient avait conservées. Elles germèrent dans les esprits. Elles y mirent un terrible dilemme. Il n’a jamais quitté notre civilisation. Il a pris successivement mille visages.

Il hante encore l’esprit de chacun tout entier dès qu’il pense. Le voici : il y a la vérité révélée, celle qui vient de l’extérieur, qui est affirmée par la coutume ou la religion et qui s’impose avec le visage rassurant de l’évidence. Et il y a celle que l’on trouve avec son propre cerveau, d’après sa propre enquête, ses propres calculs, celle que la science approche chaque jour d’un peu plus près. Toute la dignité de l’être humain est dans cette tension qui le pousse à décider par raison davantage que par instinct, par réflexion indéterminée plutôt que par le comportement programmé de son espèce.

Lieu de toutes nos clameurs libératrices

Notre-Dame est le signal d’un temps nouveau qui commençait. Il symbolise la douleur du savoir qui doute de lui-même pour avancer, l’inébranlable confiance dans l’esprit et dans sa victoire possible contre l’ombre qui masque, la mort qui soustrait et l’ignorance qui trompe. Notre-Dame est un message universel.

Le peuple de France ne s’y est pas trompé. Tous ses grandes heures y ont transité. Des premiers États Généraux à la victoire sur les nazis, la nef a accueilli toutes nos clameurs libératrices. Je me dis qu’elle ne brûlera jamais tout à fait. Il en restera toujours un morceau qu’un être humain voudra continuer vers le ciel.

Vous avez commenté cet article :

  1. Moi aussi , grisé par tant de ferveur, je commençais à vaciller. Réputé, comme Notre Dame aujourd’hui sans chœur, je commençais même à préparer ma monnaie pour la grande quête œcuménique. Puis tout c’est arrêté, comme après les obsèques de l’ex idole des jeunes. Merci à toi, Monseigneur Michel Aupetit , grand chef des chiropracteurs à soutane de Paris, d’avoir remis l’Eglise au centre du village.
    Oui, mon petit Michel, tu as raison «le mot catholique n’est pas un gros mot». Mais Emmanuel Macron est le président de la République et c’est en garant de la liberté des cultes et de la laïcité qu’il s’exprimait. Même s’il a un temps pensé toucher à l’intangible loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat, il n’en reste pas moins le représentant de tous les français avec ou sans amis imaginaires.
    Tu as cru bon de préciser « car c’est quand même les catholiques qui font vivre la cathédrale Notre-Dame, qui n’est pas un musée ! Si les gens viennent aussi nombreux, c’est parce que c’est un lieu de vie, animé par les catholiques. »
    Et bien, merci à toi Michel sans Jacquie, tu viens de me rappeler que tu n’as pas besoin de moi.

Commenter cet article