Par E. J. Folliard : François Ciccolini et les fantômes de Le Basser

Il y avait un vieux monsieur à casquette …

Par E. J. Folliard


En ces temps de Toussaint, certains fantômes se rappellent à nous, irrémédiablement. Qu’ils se manifestent sous les traits d’un enfant déguisé réclamant des bonbons ou qu’ils émergent au plus profond de chaque être, au souvenir d’un proche disparu, chacun croise en ces jours tristes de Novembre ses propres fantômes. Ils viennent furtivement nous rappeler les jours heureux de nos existences, mais aussi des souvenirs plus sombres. Les remords et les regrets qui se font parfois jour.

Comme le commun des mortels, le stade lavallois a lui aussi ses fantômes qui se confondent parfois avec les nôtres. Le soir venu, cachés par le brouillard qui tombe sur le Basser, cette armée des ombres peuple les travées, les vestiaires et les couloirs du vieux stade. Ils ont pour la plupart des visages d’anges, ceux des brillants footballeurs partis trop tôt et qui ont enchanté nos rêves d’enfants et porté haut les couleurs d’un club qu’ils aimaient. Il y a aussi un vieux monsieur à casquette, assis sur le banc de touche qui fixe l’horizon de son regard clair. Il y a un vendeur de cacahuète qui parcours les gradins pour vendre ses arachides. Il y a surtout ce peuple des anonymes qui grouillent. Chacun peut y reconnaître un(e) ami (e), un frère, une sœur, un père ou une mère qui, la fin de semaine venue, se pressaient pour vibrer aux exploits des leurs. Que ces fantômes sont beaux et qu’ils restent à jamais dans ce lieu pour l’éternité, car ils n’effrayeront jamais personnes.

D’autres sont quant à eux à oublier, à chasser de nos mémoires car ils nous rappellent à chaque instant nos lâchetés et nos renoncements. Un de ces fantômes reviendra hanter Le Basser vendredi soir prochain, lors du match contre le Gazellec d’Ajaccio. C’est François Ciccolini, l’ex-entraîneur sulfureux du stade lavallois qui entraîne désormais le club corse.

Il y a aura d’abord l’homme à la voix rocailleuse, bien vivant, retourné sur son île natale reprendre la vie qu’il affectionne loin d’une terre qu’il n’a jamais voulue comprendre ni aimer. Il sera certainement conspué par le public puis repartira une fois le match terminé loin très loin de Laval avec ces certitudes.

Mais son fantôme, lui, restera et planera longtemps sur Le Basser, rappelant ses frasques qui en quelques jours ont fait sombrer dans l’irrationnel et la médiocrité, les dirigeants du Stade Lavallois, sûr d’eux, qui ont dilapidé en quelques heures le peu de crédibilité qui restait au club mayennais. En raison d’une communication lunaire et de leur incapacité à prendre une décision pourtant inéluctable. Se réfugiant comme trop souvent en Mayenne derrière les réseaux protecteurs ou les petits arrangements entre amis, François Ciccolini fut pour eux un terrible miroir des vanités. Ont-ils pour autant changé, appris de ce terrible épisode qui restera comme l’un des plus funestes de l’histoire du club ?

Bien évidemment que non. Jamais, ils n’ont demandé pardon pour cette pantalonnade ridicule, ni n’ont modifié profondément leur fonctionnement. Certes, ils se sont séparés il y a peu du directeur sportif Jean Costa, victime expiatoire de leurs propres turpitudes. Ils ont juré par la bouche de Philippe Jan sur leglob-journal vouloir « regagner le capital sympathie et produire du beau spectacle», mais ils se savent malheureusement condamnés à être pour longtemps poursuivis par le fantôme corse.

Et pourtant, mieux qu’un exorcisme, pour tourner définitivement cette sombre page, il leurs suffirait juste d’affronter leurs peurs ; d’accepter que le temps des maîtres des forges du 19 ème siècle, omnipotents sur leur entreprise et le monde, est désormais révolu ; d’abandonner ce fonctionnement clanique qui semble les protéger, mais qui en fait les affaiblis jour après jour ; de favoriser le dialogue et les idées nouvelles. De mettre fin à la politique des coups de menton, des interviews lénifiantes et des communiqués de presse ridicules, comme ce fut le cas encore cette semaine suite à la divulgation, par un journaliste local, de la composition du groupe se déplaçant à Villefranche, crime ô combien répréhensible et odieux ; d’admettre que même en Mayenne, département féodal par excellence, le monde a changé et que le citoyen aspire à participer aux décisions et non à des simulacres de concertations que fabriquent nos politiques locaux à l’approche des élections, pour bétonner une place ou vendre un concept d’attractivité ridicule, mais à un projet fédérateur qui donne du sens. Ils leurs suffiraient juste de changer, d’ouvrir le stade lavallois aux quatre vents, de l’oxygéner, de le nourrir de ce qui l’entoure comme il le fut si longtemps, de permettre à ce peuple qui le chérit tant de devenir le terreau fertilisant de son ambition.

Il faudrait pour cela travailler à ce fameux « projet de club »  réduit lui aussi à l’état de fantôme vaporeux. L’écrire enfin, le poser sur papier, car seul l’encre nourri les hommes et les idées. Est-ce trop demander ?

C’est par cet unique travail, noble et laborieux, digne d’un artisan qui construit les fondations d’une maison, que le fantôme de François Ciccolini cessera de les hanter et quittera à jamais les souvenirs lavallois. Ils pourront alors peut-être un jour dans un autre monde s’asseoir sur le banc de touche aux cotés de ce vieux monsieur à casquette et au regard clair : Henri Bisson.


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Vous avez commenté cet article :

  1. Bel Épitaphe !

    Oui ce Stade Lavallois est moribond,
    En tout cas le Stade Lavallois que l’on a connu au temps des gens sérieux qui le portaient (Direction / staff / Joueurs / Supporteurs…) est lui, bien mort !

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