Par Marrie de Laval : Coronavirus – le désert du Tartare…

Que Dino Buzzati et Homère me pardonnent cette référence… Et pourtant ! Rien n’est plus étonnant que cette période de confinement.

Par Marrie de Laval


Comme la garnison dans sa citadelle, nos logements se transforment en camps retranchés, les réserves chargées de vivres. A l’inverse, certains rayons vides bien ciblés rappellent, pour les plus anciens, ceux du magasin Goum de Moscou et la pénurie organisée qui allait avec, sans oublier les queues. D’ailleurs, la constitution même de ces stocks faits par les particuliers est déjà sujette à polémique. Comme les entreprises, la ruée sur certains produits laisse à penser que les clients consommaient au jour le jour, dans une certaine insouciance de l’abondance parfois indécente, jusqu’au gaspillage. Ce qui pourtant n’est pas si vrai aux vues des campagnes de collectes de dons pour la banque alimentaire ou les restos du cœur…

Donc, il s’est agi de remplir les placards. De tous les produits « secs » possibles, hygiène incluse, faisant les délices des psychologues et experts en tout genre. Au risque de déclencher une pénurie alors que les circuits de production et de livraison tournaient encore à plein régime. Et à chaque époque son produit emblématique du manque ! Après la ruée sur le sucre ou la farine durant la dernière guerre, voici des ruptures pour le lait, le riz, les œufs, les pâtes, le papier toilette … Au moins, avec le confinement, n’y aura-t-il pas eu de précipitation aux pompes à essence. Ce qui reste malgré tout encore logique dans cet élan irréfléchi

Et nous attendons

Nous attendons sans savoir ni quand ni comment nous pourrons ressortir plus librement. Nous attendons surtout que « l’ennemi » passe et qu’il nous épargne, faute de pouvoir livrer une bataille rangée et victorieuse, avec tous les moyens de la médecine moderne dans un système de soins le plus performant du monde…

Notre domicile devient une île et nous observons par nos fenêtres les rues désertes. Mais aussi, le silence étonne : comme si c’était dimanche tous les jours, ou bien le temps des grandes vacances, la météo en moins.
Une forme de sidération nous frappe. De nouvelles routines s’installent : remplir une autorisation dérogatoire de sortie,  et pour certains, l’obsession de s’approvisionner en masques, gants, gel hydro-alcoolique et anticiper ses déplacements.

Les magasins après la prise d’assaut dès le vendredi  13 mars (cela ne s’ivente pas) dans l’anticipation du confinement, ont retrouvé un certain calme. Les chariots débordent de provisions, raisonnablement selon les besoins pour un temps de confinement  autarcique. Pour autant, le personnel des grands magasins observent des volumes et des jours d’achats un peu erratiques. Et chacun des clients, autrefois inattentif aux autres ou sans gêne, se déplace dans la stricte observance de son voisin et fait tout pour l’éviter ou le croiser sans le percuter. D’autres, plus soucieux d’une distanciation renforcée, préfèrent aux allées des magasins les services des « drives », au point d’embouteiller les plateformes de vente en ligne

Comme dans le roman de Dino Buzzati Le désert des Tartares, nous guettons. Les sentinelles du livre fouillent l’horizon pour deviner les premiers signes de la présence des envahisseurs tandis que son commandant s’enfonce dans la folie. Nous, nous devons nous contenter des infographies diffusées par les médias puisque notre ennemi reste invisible à l’œil nu.

Et c’est là qu’un Tartare chasse l’autre

Notre virus, sorti de la forêt, peut être vu comme une créature démoniaque sortie tout droit de l’Enfer, ce fameux Tartare des anciens grecs. Les anciens considéraient l’endroit comme un lieu souterrain infernal avec des secteurs plus terrifiants que d’autres au point que les dieux eux-mêmes n’osaient s’y aventurer, c’est dire …


Le site de Stone Henge, avec des pierres levées dans un désert verdoyant

On peut estimer que de la forêt primaire (ou supposée telle) il reste une zone blanche,  comme la « terra incognita » des anciens géographes et des explorateurs. Avec  notre goût pour les bêtes sauvages, nous nous « frottons » à des animaux nouveaux, à  leurs parasites et leurs maladies. Pour autant, nous avons perdu la peur de ces milieux autrefois décris comme « hostiles », avec raison. Et nous voici menacés, nous, membres d’une société qui se voit moderne et aseptisée, par ce virus tout droit sorti de la forêt tropicale, peut-être porté par un « vulgaire » pangolin, espèce menacée, consommée comme un met exotique.

Pourtant, ce n’est pas une première, mais qui s’en souvient ?

Nous avons été confrontés à cette même « mauvaise rencontre sanitaire », au Néolithique. A cette période, alors que s’étend la domestication des bœufs, moutons, chèvres, porcs et chiens, s’invitent et passent les espèces et leurs maladies. C’est la « pentade de Pandore », [on appelle pentade, un groupe de cinq choses, ici les 5 animaux premiers domestiqués, et Pandore, première femme de l’humanité, célèbre pour avoir ouvert sa fameuse boîte contenant tous les maux de la terre, au fond de laquelle restait une pierre, l’espoir, NDLR] qui apporte des affections (notez l’ambivalence du mot) que nous considérons comme spécifiquement humaines.

Le bœuf nous a gratifiés de la variole, la lèpre, la tuberculose, les salmonelloses, le ténia, la typhoïde. Le mouton nous a transmis le charbon, le porc et le poulet, la grippe, le chien, la rage, le cheval, le tétanos, le chameau, la syphilis. Et tandis que nous redécouvrions il y a quelques temps la grippe aviaire (grippe H5N1) puis le SRAS avec la peur, ô combien légitime, de mutations, ce type de scénario a déjà eu cours au Néolithique

A cette époque, alors que prenait fin la glaciation, l’Homme installait durablement l’élevage, se sédentarisait et faisait du monde son jardin. Puis nous avons su vaincre bien des maladies aux temps des colonies française et anglaise. Nous avions alors foi en la médecine moderne et en la science. Il y avait une notion de progrès.
Aujourd’hui, nous agrandissons encore « notre » jardin en déforestant. Et sans forcément domestiquer de nouveaux animaux, nous les côtoyons de bien trop près pour notre santé.

Malheureusement, il y a eu depuis, des choix économiques désastreux. Les « boutiquiers » ont oublié d’apprendre de l’Histoire. Ils ont réduit les moyens alloués à la recherche, aux hôpitaux, à l’étude parce que cela ne « rapporte » pas. C’est là une ironie de l’Histoire : une soi-disant puissante société moderne terrassée par un vulgaire microbe.


J’adhère – Je fais un don

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  1. Comme les crises sanitaires précédentes, par la force des choses, cette pandémie semble rappeler les vertus des circuits courts, qu’il existe des producteurs à notre porte qui proposent des produits sains, de saison, qu’il n’est pas besoin de faire venir de l’autre bout de la planète.

    Des Maires ruraux confirment aussi une augmentation du chiffre d’affaire des commerces de village : boulangerie, supérette,… Bref, ça remet les choses à l’endroit.

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