Pédophilie : l’Église catholique dans la tourmente – Par Thomas H.

En Mayenne, pas de réaction des autorités ecclésiastiques à la condamnation « historique » du Cardinal Barbarin. L’Évêché de Laval adopte la prise de position officielle de la conférence des évêques de France. En Mayenne, milieu rural où les croix, – signe des missions effectuées par le passé -, fleurissent pratiquement à chaque croisement, le poids de la religion est important.

Des croyants plus que déboussolés

Par Thomas H.


Une condamnation pour ne pas avoir dénoncé. Comme lorsqu’ il est question de retenir une information que l’on détient et qu’on ne veut pas publier, il y a de la complicité à receler ce que tout le monde devrait savoir. Le cardinal Barbarin qui a aussitôt dit qu’il démissionnera, échappe à un an de prison ferme. Il est condamné à six mois avec sursis. Ses avocats vont faire appel.

En Mayenne, où le n°1 du Département invite l’Évêque de Laval à prendre part à la réflexion en matière d’attractivité dans un comité du même nom, on a choisi le silence et sans doute la prière. Le n°1 de l’église en Mayenne ne s’exprime pas sur la question fait-on savoir et s’appuie sur le communiqué de la Conférence des évêques de France (CEF). Elle «prend acte de la décision de justice rendue (…) à l‘encontre du Cardinal Barbarin pour non dénonciation. Elle ne commentera pas cette décision. La CEF rappelle que, comme tout citoyen français, le Cardinal Barbarin a le droit d’utiliser les voies de recours à sa disposition. C’est ce qu’il a fait et nous attendons l’issue de cette nouvelle procédure. » 

Le Pape : « Des blessures qui ne connaissent jamais de prescription »

Silence. leglob-journal avait d’ailleurs sollicité un interview de l’Évêque de Laval, Thierry Scherrer, le N°1 du diocèse de la Mayenne, au moment où le Primat des Gaules commençait à faire les gros titres, mais il ne lui avait pas été favorablement répondu. Son attachée de presse avait expliqué que «Monseigneur ne donne pas d’interview à la presse écrite numérique […]». Nous n’avions donc pas pu savoir comment le représentant du Pape en Mayenne appréhendait la problématique.

Aujourd’hui, dans ce même communiqué « la CEF réaffirme sa volonté de lutter avec détermination contre toutes les agressions sexuelles commises par des clercs sur des mineurs. » Un positionnement dans la ligne droite de l’adresse, en Aout 2018, du chef de l’Église catholique. Dans sa «lettre au peuple de Dieu », le Pape François s’adressait à tous les catholiques et reconnaissait : « nous avons négligé et abandonné les petits » ; le pontife condamnait aussi « ceux qui commettent » comme ceux qui « dissimulent ces délits», en parlant d’ « atrocités », de « culture de la mort », et de « blessures qui ne connaissent jamais de prescription».

La couverture du N°1 du magazine du Diocèse en Mayenne, rénové en Janvier 2016

« La pédophilie est un scandale, un défaut, un mal, qui n’a jamais intérêt à être dévoilé. » confiait, il y a quelques mois de cela, au Glob-journal, le n°1 de la Fraternité Saint Pie Dix en France, branche de l’Église catholique fondée par Mgr Lefebvre. Leglob-journal avait rencontré l’Abbé Benoît de Jorna dont le titre est Supérieur du District de France, alors qu’il effectuait une visite en Mayenne à Beaumont-Pied-de Boeuf. Un lieu isolé où cette communauté religieuse qui ne reconnaît pas Vatican 2 permet de faire, un temps des « retraites spirituelles ». L’ecclésiastique avait bien voulu nous accorder un interview.

L’abbé de Jorna : « Le prêtre doit vivre seul »

Résultat de cette rencontre, un entretien dans lequel la Communauté Saint Pie Dix souhaitait communiquer en répondant à nos questions. Contrairement aux prêtes dit « modernes », les religieux de la Fraternité Saint Pie Dix portent la soutane dans la sphère publique, « parce qu’il faut être visible » avait expliqué l’Abbé et « pour qu’on nous reconnaisse ». Dans le courant de l’entretien, il ajoutait «On nous prend pour des fadas, des doux dingues, mais ce n’est pas le cas, nous sommes des rigoristes qui aimons l’ordre, simplement. Nous sommes dans la Fraternité Saint Pie Dix, des témoins de la vérité. Nous n’innovons pas, on persévère en conservatisme, éclairés par la lumière, car le Christ est le soleil de justice. L’Église dont nous faisons partie dispose des remèdes qui conviennent à l’anarchie qui se développe dans notre société, ce désordre organisé par l’Homme ; tout cela, ce n’est pas dans sa nature. Vatican 2 a donné de l’autonomie […] il faut s’émanciper, certes, mais dans le cadre de la société.»

Selon le Supérieur du district en France de la Fraternité Saint Pie Dix , « La pédophilie, on en pâtit comme tous, au sens de souffrir. Elle déconsidère et décrédibilise. Les médias font perdre la crédibilité de l’Église. Les prêtres sont des hommes comme les autres». et d’ajouter : « nous devons chercher à édifier et non pas à mal édifier. Nous sommes dans la vérité, nous ne sommes pas la Vérité. »

L’ecclésiastique rappellait aussi au Glob-journal qu’en 1905, « Saint Pie Dix avait mis en garde contre le défaut de vouloir nuire au célibat des prêtres, une adhésion au monde moderne qui va dans le mauvais sens […] Le célibat sacerdotal ne doit pas évoluer, avait-il ajouté. Le prêtre est consacré à Dieu et doit vivre seul parce qu’il s’est donné à Jésus Christ. Il est tout à tous. C’est la solution, car c’est la manifestation de la grâce surnaturelle, pas visible et capable de surélever l’Homme».

L’ Abbé Benoît de Jorna – © leglob-journal

L’histoire du fruit pourri

Il n’empêche, vérité révélée ou pas, les chrétiens sont « atterrés » et déboussolés par les informations que « les médias » égrainent aujourd’hui, parce que les bouches s’ouvrent et la parole se libère. Naïfs, ou trop crédules, qui sait, ils ne se doutaient pas que cela existait « avec une telle ampleur ». Peut-être parce que « les médias » justement n’ont pas suffisamment médiatisé dans le passé. Des croyants, quand on les questionne, rajoutent aussitôt qu’il ne s’agit, selon eux, que de « quelques prêtres» qui « font bien du mal à l’Église ». Idée reproduite chez nombre d’entre eux et pas forcément les plus virulents. A les entendre, ce serait l’histoire du fruit pourri dans le panier qui contamine tous les autres et laisse penser que toute la corbeille est atteinte par le pourrissement… Ou bien l’histoire de la brebis égarée.

« C’est dramatique ce qui se passe, vous savez, je suis vraiment bouleversée… mais il y a des gens biens, vous savez, dans l’Église, des gens qui eux payent pour les pédophiles, et c’est pas bien» déclare cette femme d’un certain âge, les cheveux bien arrangés, au sortir de l’église pratiquement déserte. « Et je n’oublie pas les victimes, vous savez!… » rajoute-t-elle en activant le pas pour s’éloigner.

« Une page d’Histoire s’ouvre »

L’Église pouvait-elle faire autrement qu’arriver à reconnaître publiquement ce qui la traverse ? Car c’est une véritable onde de chocs qui secoue la Foi depuis longtemps et sape les fondements de la Croyance.

L’étang et le jardin de la Maison de la Fraternité Saint Pie Dix à Beaumont-Pied-de Boeuf – © leglob-journal

La faute, sans nul doute, reconnaissent beaucoup de mayennais rencontrés par leglob-journal, à ces prêtres pédophiles agissant sur tous les continents et à ceux aussi qui abusent des religieuses ; des clercs qui sont condamnés ici et là et discrètement par le Droit canonique, loin de la justice de la République. Dans ces conditions comment recoller les morceaux de ce puzzle, dont les croyants ont perdu les pièces ?

«Il s’agit d’une page de l’Histoire de l’Église catholique qui s’ouvre ». Sûrement. Mais ne sommes-nous pas les témoins de l’effondrement de cette étrange « doctrine de la foi », qui dit sa vérité en nous expliquant avec force dogmatique comment agir ; qui bannit la contraception et le préservatif quitte à laisser prospérer le sida ; s’élève contre l’IVG et y a recourt quand c’est impératif ; prône le pro-life, le « laissez-les vivre » et commence tout juste à se positionner sur l’homosexualité.

Force est d’admettre que le discours officiel, qu’il soit sous la forme d’échanges épistolaires dans le secret des alcoves du Saint-siège ou bien dans des prises de positions publiques, était largement en décalage avec les méthodes observées par les clercs prédateurs. Aussi, ne rien dire et ne pas dénoncer pendant des décennies a presque valu consentement, vous ne croyez-pas ? Les catholiques pratiquants, on les comprend, veulent se départir de cette idée, car ils souhaitent éviter de trop encore ébranler les fondements religieux sur lesquels tout repose pour eux. Alors, ils aiment à croire que les hauts dignitaires de l’Église ont peut-être caché pendant très longtemps ces actes, uniquement pour la cohésion de l’Église. Ainsi soit-il : serait-on tenté d’ajouter…