Philippe Jan : « regagner le capital sympathie, et produire du bon spectacle »

Philippe Jan, le Président du Directoire du Stade Lavallois revient avec sincérité et lucidité sur les difficultés et les épisodes négatifs qui ont émaillé la vie du club de football mayennais, relégué en National. « Sans stabilité au niveau entraîneur, dit-il, il ne peut y avoir de résultats. » Il regrette que la FFF ait choisi de faire du foot-business sur le dos des équipes de National en fixant arbitrairement l’horaire de certaines rencontres à 18 heures. Constatant une baisse significative des spectateurs, Philippe Jan souhaite que le Stade lavallois renoue avec du beau spectacle sur le terrain.

Grand entretien avec Philippe Jan


leglob-journal : Merci de nous recevoir… A entendre les supporteurs-spectateurs et à les lire notamment sur les réseaux sociaux, – estimant ne pas être entendus et réclamant un changement radical pour le football mayennais -, il semble qu’il y a urgence, non?… Comment faire pour leur redonner du plaisir?

Qui dit que je suis loin des supporteurs? Quand on est Président bénévole, le seul intérêt, c’est justement d’être proche des supporteurs. En revanche quand on est Président délégué ou Président salarié, on est là pour d’autres raisons, peut-être pour son revenu personnel… moi je n’y trouve aucun revenu. Donc ce qui m’anime et ce qui nous anime dans cette mission, les membres du Directoire, parce que je ne suis pas seul à diriger le club, c’est justement de donner du plaisir aux gens qui aiment le club. C’est la seule chose qui m’anime. Mais ce n’est pas ma personne qui est au cœur du sujet, c’est le club, l’institution.

leglob-journal : Vous en avez en ce moment du plaisir à être Président ?

Vous savez, le plaisir, il est très égoïste et très court dans le football. C’est cinq minutes après une victoire.

leglob-journal : Priver les supporteurs et les spectateurs du plaisir d’aller dans les tribunes, en raison de l’horaire de certains matchs à domicile programmés à 18 heures, cela a été très mal perçu…

C’est normal que cela soit mal perçu. Puisque les instances veulent faire du business avec le football et ils réussissent à faire un beau business autour du foot. Il y a des intérêts qui sont au dessus des valeurs du sport et des valeurs intrinsèques de départ du Football.

L’horaire, évidemment qu’il est mal choisi ! Tout le monde parle des supporteurs : bien-sûr que je dois défendre les supporteurs mais je veux défendre aussi les spectateurs, ils existent ; je veux défendre les partenaires, ils existent ; je veux défendre aussi les bénévoles qui eux doivent arriver une heure avant le match ! Donc là on ne parle plus de 18 heures mais de 17 heures… C’est eux qui font vivre le club, il n’y a pas que les supporteurs… Nous on subit ! On subit ce que décide l’instance qui nous dirige, c’est à dire la Fédération française de Football qui a comme mission de vouloir développer ce championnat de National 1 avec l’apport de droits télé. Donc, ils ont trouvé un accord avec la seule chaîne payante aujourd’hui capable de financer des droits télé c’est à dire Canal + qui impose cet horaire. Donc nous subissons. Moi, je combats cela, parce que c’est irrespectueux de tous ceux qui aiment le football de championnat de National.

Philippe Jan, le président du Directoire du Stade lavallois – © leglob-journal

leglob-journal : Comment combattez vous ? Il y a eu récemment une réunion à la FFF, est-ce qu’il y a eu des avancées ?

Chacun est dans son rôle, les supporteurs ont souhaité engager une réunion à la FFF. je n’ai pas le retour et je n’aurai pas le retour. Je pense que toutes initiatives individuelles, même d’un groupe, ne feront pas avancer les choses. C’est une discussion collective qu’il faut avoir. Mais cette discussion collective, elle n’a pas été engagée par les supporteurs, c’est un choix. C’est leur stratégie, et elle leur appartient. Nous verrons s’ils ont des résultats et s’ils en ont, je serais le premier à m’en féliciter…

leglob-journal : Le stade lavallois connaît des difficultés depuis des années, c’est indéniable, est-ce que vous diriez que le club se trouve dans une lente régression ?

Il faut toujours se servir de l’histoire pour construire le club. Il faut toujours observer ce qui a été fait.

Nous avons eu des manques. Nous avons eu des choses qui ont été mal faites par le club. Peu importe les personnes, ce n’est pas grave ça. Si vous me parlez des changements d’entraîneurs et si vous me demandez mon avis, je pense que c’est une mauvaise chose. Le club, le Stade lavallois, la Mayenne, ses supporteurs, ses partenaires, ses spectateurs, ont une identité commune et les changements multiples d’entraîneurs ne sont pas inscrits dans l’ADN du club. L’histoire, ce sont des entraîneurs qui ont fait des parcours très longs au club, comme Michel Le Milinaire pour les plus anciens. Actuellement peu de personnes ont vu les matchs qui étaient joués en ligue 1 au stade lavallois. C’est aussi Philippe Hinschberger qui a passé sept ans ici. Et quand on change d’entraîneur, les gens ne peuvent pas s’identifier. Et en plus, on a le risque de faire venir rapidement quelqu’un pour encadrer les joueurs, quelqu’un qui ne s’inscrit pas dans le projet, et qui repart aussi rapidement. Donc personne ne s’identifie et les dégâts peuvent être importants en interne comme en externe. Pour moi, ce n’est pas une bonne solution.

leglob-journal : L’épisode de l’entraîneur corse qui menace un journaliste et fait un doigt d’honneur en direction des tribunes a donné une très mauvaise image au club aussi bien au niveau national, qu’international. Est-ce que cette histoire a été gérée, selon vous, de manière correcte ?

Cela a été géré dans un cadre légal. Il y a aujourd’hui un droit du travail et ce droit du travail, nous, au Stade lavallois, on le respecte. La personne qui déciderait que le Stade lavallois ne respecte pas les règles sociales et juridiques, moi, je peux vous dire je ne ferais pas partie de ceux qui l’accepterait , ni d’ailleurs les membres du Directoire. Il y a des règles, ces règles ne nous ont pas permis d’engager un licenciement lors de l’acte auquel vous faites allusion. Maintenant l’entraîneur n’a pas fini la saison parce qu’il ne correspondait pas à ce qui devait être fait au Stade Lavallois.

leglob-journal : Un entraîneur ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas… mais au départ il y a tout de même un recrutement, non ?

Mais, ça a bien fonctionné sportivement avec François Ciccolini… Mais un entraîneur, cela doit avoir de multiples facettes. L’homme, dans sa vie, le communicant, le coach, le tacticien, l’homme de métier… tout ça est nécessaire pour pouvoir faire progresser le club et manager les équipes avec le maximum de réussite. Bon. Sur la première année de National , il a fallu que le club digère cette descente de Ligue 2 et cela n’a pas été très facile. Tout le monde a eu du mal à la digérer… parce que personne ne s’y attendait. Cela faisait beaucoup d’années qu’on s’était réinscrit en Ligue 2 et le club pensait peut-être que s’était un peu plus facile que la réalité. Et puis il y a eu cette réalité, celle du championnat et des équipes adverses.

La première année a été assez difficile. La deuxième année, les moyens ont été mis sur la table par le club et le Directoire pour former une belle équipe. Et sur le papier, c’est ce qu’on avait. Des individualités, mais pas d’équipe collectivement! Et on a été rattrapé en fin de saison […] lors des barrages. […] et Le Mans est monté et de belle manière en réussissant à aller gagner en terre corse. C’est tout à leur honneur, et ils n’ont rien volé […] Et nous, Laval, sans esprit d’équipe, nous avons été renvoyés dans nos 22 mètres. Pas de montée. Il a fallu digérer cet échec.

Le statut amateur, le statut fédéral, il remet beaucoup de choses en question. Que ce soit sur le plan contractuel, de l’organisation interne, sur le plan des moyens, puisqu’on perd la totalité des droits télé. Il faut vivre avec un club qui a une image et une structure de club de Ligue 2 mais qui évolue en championnat amateur de Fédéral, en National. Donc il faut s’adapter.

Juste après avoir franchi la barrière d’entrée automatique – © leglob-journal

leglob-journal : Comment qualifiez-vous, à votre niveau de Président du Directoire, les performances de cette année ?

Elles sont un peu en dents de scie, et c’est vrai qu’actuellement nous sommes dans une phase de difficultés… Mais voilà, c’est comme ça, une saison : de bons et de mauvais moments…Ne pas s’enflammer dans les bons moments et ne pas paniquer dans les mauvais, voilà ce qu’il faut faire et voir là où cela fonctionne, ou pas, pour pouvoir modifier les choses gentiment.

leglob-journal : Il y a eu un nouveau départ, celui de Jean Costa, comment l’expliquez-vous ?

Oui, mais c’est un départ qui était inéluctable. Parce que nous sommes en National et au même titre que des clubs qui sont en Ligue 2 n’ont pas de directeur sportif, le Stade Lavallois ne pouvait pas avoir un directeur sportif en Fédéral. Donc, même si nous l’avions prévu dans notre masse salariale tout au long de l’année, il s’avérait que c’était quand même une lourde tache et nous ne pouvions pas rester configurés comme ça. L’objectif aussi de dirigeants quels qu’ils soient et dans tous les sports, c’est aussi l’adaptabilité ; s’adapter à un moment à une situation qui nous permet de pouvoir prendre des engagements ou d’autres. Et surtout d’avoir une position de pouvoir inscrire le club dans la durée.

leglob-journal : Mais la masse salariale affairant à Jean Costa n’avait-elle pas été budgétée dans le Budget primitif soumis à la DNCG ? Pourquoi rompre les ponts d’un seul coup ?

Non ! Ce n’est pas d’un seul coup… Jean Costa, il paye les résultats sportifs. Ces résultats sportifs, ils ont eu un impact au niveau de l’aspect financier. Il paye aussi les résultats sportifs parce que, à un moment, quand on ne monte pas on doit s’adresser aux responsables. Il faut que chacun prenne ses responsabilités. Moi, j’ai dû les prendre avec les membres du Directoire… Nous avons pris nos responsabilités…

La protestation des supporteurs de Laval Crew – © Nicolas Geslin

leglob-journal : Comment voyez-vous l’avenir du Stade ? Et est-ce qu’il est possible de redresser la situation et de se remettre en question selon vous?

Moi, je ne lis pas dans les boules de cristal… Chacun a sa vérité et tout le monde parle du football, surtout quand le match est fini. Moi, ce qui m’intéresse ce n’est pas le match fini, c’est l’avenir. L’avenir pour le Stade, il doit s’inscrire en championnat de Ligue 2 avec un statut professionnel, avec un centre de formation. Je me suis toujours battu avec les dirigeants du Stade Lavallois pour que nous ayons un centre de formation efficace. Parce que c’est la pierre angulaire du Club. Parce que la formation est la fondation de ce club. Un centre de formation et puis avoir une équipe qui joue un bon championnat en National. Moi je ne parle pas de montée…

Et puis, il y a aujourd’hui le statut du Stade lavallois en National. Qu’on soit en statut fédéral ou professionnel, cela ne change pas grand chose sur le terrain : les joueurs sont tous payés… Simplement, il y a une concurrence et ce qu’il faut c’est être à son niveau, et à un moment être meilleur que cette concurrence pour monter. C’est tout ce que je souhaite au club, et ce que nous souhaitons collectivement.

Moi, je donne beaucoup de temps, les membres du directoire aussi. Tous nous voulons que le club progresse qu’il soit en réussite, retrouve la Ligue 2, statut qu’il n’aurait jamais dû perdre, mais, c’est comme ça, c’est la vie… et puis que les gens puissent éprouver du plaisir en voyant des belles équipes, un beau championnat et du beau spectacle.

leglob-journal : Vous ne dites plus « notre objectif, c’est la montée en Ligue 2 »… Vous êtes plus dans l’humilité maintenant ?

Non… Vous savez le championnat de National, c’est le championnat de l’humilité. Tous les clubs de National ont l’envie de ne pas descendre et de monter. Pourquoi l’année dernière, on pouvait avoir cette ambition de Ligue 2 ? Parce qu’on avait l’un ou le plus gros budget et la plus grosse masse salariale du championnat, donc quand vous mettez des moyens financiers importants vous pouvez revendiquer une place en haut. Et le dire.

Les tribunes du Stade Francis le Basser – © leglob-journal

Est-ce que c’est une déception ? Évidemment ! On est déçu… Pour qui ? Peut-être pour le staff qui s’est engagé et qui a travaillé, pour les joueurs parce qu’ils avaient une belle carte à jouer en remontant en Ligue 2 avec des contrats intéressants ; mais avant tout nous sommes déçus pour les gens qui aiment le Club. Le Club appartient à des actionnaires qui s’engagent financièrement et auprès de leurs salariés et ça, moi je pense que cela se respecte. Oui, juridiquement, le club leur appartient, mais intellectuellement le club appartient à tous ceux qui aiment le Stade Lavallois. Quant à ceux qui ne l’aiment pas peut-être qu’on arrivera à les convaincre…

leglob-journal : Au niveau des spectateurs, des entrées dans le stade les soirs de match à domicile, avec les résultats et en plus un horaire inapproprié, est-ce que cela n’a pas un impact regrettable?

Bien-sûr, c’est en baisse ! C’est normal que ce soit en baisse ! Un spectacle, il faut des paramètres pour qu’il soit bon. Il faut un bon accueil, une belle structure – et pour le National on l’a ! je dis pas que notre stade est bon en Ligue 2, mais en National, il est de qualité par rapport aux autres clubs… Il faut aussi des conditions de sécurité pour que les gens soient bien accueillis, mais il y a surtout un incontournable : il faut du beau spectacle sur le terrain, et aujourd’hui, il faut bien faire le constat que le spectacle n’est pas à la hauteur de ce que les gens attendent, et c’est pourquoi les gens viennent moins. Donc il va falloir qu’on regagne ce capital sympathie que nous avons perdu, et produire du bon spectacle.

Propos recueillis par Thomas H.


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