Plus de démocratie, c’est ce qu’ils réclament dans cette guerre d’usure

Alors que s’est ouvert le Grand Débat voulu par le Président Macron, quelle issue pour l’épisode politico-social qui s’inscrit dans la durée et a fait vaciller l’exécutif sur ses bases? Quelle sortie pour cette crise sans précédent depuis 50 ans sous la Vème République ? En creux, ce mouvement est le révélateur d’un besoin de plus de démocratie, où tout le peuple, sans exception, devra dorénavant être écouté mais aussi entendu.

Par Thomas H.


Trop longtemps confisqué par quelques-uns oubliant qu’ils ont reçu procuration de représentativité, le pouvoir ne semble plus être accepté benoîtement. Il a perdu de son autorité naturelle. Ceux qui en sont les sujets obligés de ce pouvoir revendiquent à présent un partage et à tout le moins une participation active au processus de prise de décision. En filigrane, il s’agit concrètement, ni plus ni moins, d’une nouvelle façon de concevoir la notion de démocratie.

Trop peu de parole, cela conduit à des excès qui amènent à ce que les soupapes de sécurité lâchent, entrainant des bouffées irrépressibles de violence et néanmoins inacceptables à notre époque. Même si l’Histoire de notre pays nous a montré, à plusieurs reprises, des épisodes bien pires.

Il faudra donc un vrai changement institutionnel, pour que la parole lâchée, libérée et qui souvent s’est avérée débridée, soit bénéfique en dernier ressort. Car la condition de la participation politique, c’est à la fin, d’avoir le sentiment, non seulement d’être écouté, mais aussi d’être entendu, donc pris en compte.

Ce « mouvement protéiforme» comme on l’a abondamment décrit, c’est le fruit de ces décennies de déception démocratique où le peuple français n’avait que – ce qui est déjà très important -, comme seule possibilité encadrée, limitée, d’exprimer sa colère par les urnes. Aujourd’hui, avec l’influence et la possibilité offerte par les réseaux dit sociaux d’agréger des idées, la mayonnaise insurrectionnelle monte beaucoup plus vite que par le passé, d’autant que les médias y compris conventionnels y puisent trop souvent leurs informations. On n’ose imaginer ce qu’aurait été Mai 68 si l’Internet avait existé.

Devant une violence amplifiée par les images en boucle, les pouvoirs publics ont été déstabilisés, cédant dans un premier temps sur les libertés par la répression, mettant en œuvre des moyens extraordinaires face aux manifestants, avec des interpellations massives et l’usage d’armes qui feront des blessés graves.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est SlogansGilets-Jaunes.jpg.

La sortie de crise passera forcément, car la mécanique est dorénavant enclenchée, par une part de rétrocession du pouvoir qu’une partie du peuple estime confisqué. Sous une forme ou une autre. Ceux qui sont en avant dans la contestation ont fait sauter les mécanismes d’autocensure.

Le clan dit des progressistes s’est retrouvé dépassé par celui dit des populistes qui, lui, s’est saisi du progrès technique, des plateformes et des algorithmes, souvent sans en connaître les rouages. Ou, plus loin de chez nous, à des fins d’instrumentalisation peut-être, par ceux qui les maitrisent.

L’univers de l’Ecrit qui les rebutait jusqu’à là a été supplanté par l’utilisation de la vidéo ; par le partage de mots plaqués sur des images, et qui sont devenus leurs dazibaos [En Chine, dazibao est une affiche rédigée par un simple citoyen, traitant d’un sujet politique ou moral, et placardée pour être lue par le public, NDLR] .

Des mots simples, vrais, sincères, au début, comme ceux de cette femme, avec sa vidéo devenue virale sur un réseau social, à l’origine de la prise de conscience collective et à laquelle on a soit participé, soit assisté en spectateur. Mais jamais dans l’ indifférence.

La démocratie ce n’est pas uniquement donner une parole tous les cinq ans. C’est aussi prendre en compte cette parole qui existe même si elle ne peut s’exprimer. Ne pas la mépriser, c’est la vie de la démocratie ; la vie démocratique passe aussi par les médias, indispensables, qu’ils soient grands ou pas, et qui publient cette parole et la font vivre sans l’étouffer.

Porter une parole de citoyens, pleinement conscients de ses prérogatives mais aussi de ses limites.

La Liberté ne se conçoit pas sans celles des autres. Il faut des citoyens qui osent et peuvent s’exprimer, avec en retour, des réponses qui ne leur donnent pas le sentiment amer qu’ils resteront opprimés.

Vie démocratique

En démocratie la plupart du temps nous voyons bien ce qui ne va pas, comme les dysfonctionnements, mais il faut aussi débattre intensément sur ce que nous voulons faire progresser. Les réformes doivent aller dans le sens du progrès et dire ouvertement, si c’est le cas, qu’elles procèdent de politique d’austérité et de rigueur. Alors, on restera en démocratie et c’est tant mieux, car l’alternative, la dictature est effrayante et inacceptable.

La parole ne peut se déployer uniquement le temps d’un Grand Débat dont on pourrait redouter qu’il ne soit qu’un objet marketing de fausse démocratie participative. Passé cet épisode, il faudra bien aussi faire de la place à ceux qui ont été exclus jusqu’à présent, soit par choix, soit par négligence.


Sur les murs, ci-dessus, quelques slogans de la contestation Gilets Jaunes – images Facebook Guillaume Duval perso


Enfant Gilets Jaunes sur un rond-point près de Fougères – © leglob-journal

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  1. L’un des livres européens les plus symptomatiques du contexte intellectuel et politique qui a vu naitre le néolibéralisme est celui de Jose Ortega y Gasset, La révolte des masses, publiée en 1927. Cet ouvrage a connu un succès considérable dans les années 30 et a inspire maintes réflexions sur le thème de l’oppression des élites et des fortes individualités par l’homme-masse, par l’homme moyen, sans qualité, par la foule abrutie soumise aux modes et aux humeurs. J.Ortega y Gasset dénonce de façon véhémente le règne du médiocre imposé par la domination politique des masses. Il manifeste tout au long du livre son regret du vieux libéralisme dans lequel les minorités politiques et culturelles dirigeaient : Aujourd’hui au contraire, les masses croient qu’elles ont le droit d’imposer et de donner force de loi à leurs lieux communs de café et de réunions publiques. Je doute qu’il y ait eu d’autres époques dans l’histoire où la masse soit parvenue à gouverner aussi directement que de nos jours. C’est pourquoi je puis parler d’une hyper-démocratie. La domination hyper-démocratique des masses s’exprime en particulier par l’Etat omnipotent et universel.

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