Prix Pinocchio, ou comment le nez de Lactalis s’allonge selon Les Amis de la Terre

« Déjà plus de 10 000 personnes ont voté » pour la 9e édition des Prix Pinocchio. Une « récompense » pour des entreprises multinationales qui utilisent, selon Les Amis de la Terre, des pratiques anti-écologiques dans le secteur de l’agrobusiness. Parmi les nominées, cette année, Bigard, Yara (Engrais chimiques) et le groupe laitier mayennais Lactalis. Le public a jusqu’au 19 février pour désigner l’entreprise qui remportera cet « anti-prix ».

Les citoyens appelés à désigner « la pire multinationale de l’agrobusiness »

Par Thomas H.


En 2020, le Prix Pinocchio, organisé en partenariat avec la Confédération paysanne, se concentre sur la thématique de l’agriculture. Le groupe laitier mayennais Lactalis est nominé dans la catégorie « Se faire du blé avec les produits laitiers ». Dans leur présentation, Les Amis de la Terre peignent un tableau plutôt noir du groupe, « pour montrer le fossé qui existe entre l’image véhiculée par la multinationale et la réalité » explique Anne-Laure Sablé, la responsable Agriculture de l’association.

Lactalis, écrivent-ils, « se cache derrière des marques [Lactel, par exemple et celles rachetées par le groupe, NDLR] et des publicités idylliques – souvent autour de la notion de plaisir – tout en foulant les droits des travailleurs du secteur, en s’accaparant la valeur de leur travail et en multipliant les scandales sanitaires et environnementaux. »

Avec un dossier en ligne très documenté, en s’appuyant sur le travail de collecte de la Confédération paysanne, il est possible de se faire une idée et pouvoir ensuite voter en son âme et conscience. On découvre « les pressions sur les productrices et producteurs, les activités climaticides, et les pollutions ». Il est vrai que « peu de personnes connaissaient le groupe Lactalis avant le scandale de la poudre de lait contaminée, fin 2017. »

Les Amis de la Terre qui organisent cette élection depuis 2008 demandent de voter pour choisir « la pire des multinationales de l’agrobusiness » et évoquent sur leur site le « greenwashing » de Lactalis « n’hésitant pas à mettre en avant les vertes prairies et le travail des éleveurs dans sa communication, en passant en revanche sous silence l’injuste rémunération de l’activité de production de ces mêmes éleveurs ». Pour Anne-Laure Sablé, avec cette opération, «il s’agit de créer un rapport de force, un contre-pouvoir et d’interpeller les politiques et les pouvoirs publics sur des pratiques qui pèsent sur le monde paysan et sur notre environnement.»


Décerner un « anti-prix »


Emmanuel Besnier « sorte de Howard Hughes du fromage », comme l’a qualifié récemment Le Monde, est à la tête d’un groupe qui apparaît comme bien différent de l’image lisse qu’il souhaite donner. «  Lactalis, adepte du secret, flirtant régulièrement avec le mensonge et la fraude, friande de clientélisme et de paternalisme, peut-on lire en ligne, cumule des pratiques qui, mises bout à bout, font froid dans le dos sur ce qu’elles disent de nos systèmes alimentaire, politique et économique. » Avec des agriculteurs « menés par le bout du nez » selon le site Pinocchio.org

On peut comprendre pourquoi, Les Amis de la Terre ont choisi Lactalis pour la nominer. Surtout quand on lit : « Non-contente de pratiques condamnables sur de nombreux plans, Lactalis bénéficie d’une complaisance, parfois d’une complicité, avec les pouvoirs publics. Bénéficiaire d’aides de la PAC (Politique agricole commune de l’UE) [27 millions d’euros en 2017 selon Anne-Laure Sablé, NDLR], du CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi) 20,9 millions d’euros en 2015, du Crédit d’impôt recherche et d’aides des collectivités, la question de la légitimité de ces soutiens publics se pose au regard des profits de Lactalis qui partent dans des montages fiscaux opaques et rémunèrent en premier lieu les actionnaires de la famille Besnier, plutôt que le travail des éleveurs laitiers et des salariés. »


Le soutien des pouvoirs publics


Pinocchio est allé loin dans la documentation sur le groupe mayennais afin de dénoncer publiquement ce décalage entre les « beaux discours » d’un côté, et la réalité des actes des entreprises de l’autre. Les Amis de la terre vont jusqu’à remonter au décès, le 11 juin 2000 à Marbella en Espagne, du père des enfants Besnier, Michel Besnier, en rappelant « La bénédiction de l’État pour un étalement sur dix ans des droits à la succession de la famille Besnier, profondément inéquitable entre contribuables ».

Plusieurs autres « exemples d’incohérences entre les irrégularités commises par Lactalis et le soutien dont cette multinationale fait l’objet de la part des pouvoirs publics peuvent être soulignés » écrivent les organisateurs du Prix sur Pinocchio.org. Ainsi « Le financement public du détournement d’une route nationale au seul profit de Lactalis (Communauté de communes des Mauges), le versement d’avances remboursables par le Conseil régional de Bretagne, ou encore le partenariat avec l’INSEP (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance) qui fonctionne sur dotations publiques pour le lancement d’un produit Lactalis à destination des sportifs et du grand public (Sportéus et Apurna). »

Pour l’association écologiste, et Anne-Laure Sablé, en charge du dossier Agriculture aux Amis de la Terre, « d’autres entreprises laitières plus responsables créeraient une densité d’emplois bien plus forte... Quant à l’argument choc du chantage à l’emploi, cette excuse a assez duré, car Lactalis détruit de l’emploi paysan et de l’emploi qui y est associé. »



Adhérez et faites un don

Commenter cet article