« Que fait-on pour l’avenir énergétique de demain? » – Par Michel Lemosquet

Nucléaire – Pour son vingtième anniversaire, le samedi 14 mars 2020, Coedra Mén fêtera « le renvoi de la Mission Granite » venue explorer le granit du Massif d’Izé pour pouvoir éventuellement y construire un laboratoire d’enfouissement des déchets issus de l’industrie nucléaire. Le refus massif de la population – 5 000 manifestants à Laval le 11 mars puis 3 000 à Bais le 13 mars 2000 – comptera dans le Nord-Est mayennais. Au delà de ces dates dans l’histoire de l’écologie dans le département, Michel Lemosquet, le président de Coedra Mén* s’interroge sur la gestion actuelle des déchets nucléaires. Que fait-on aujourd’hui pour l’avenir énergétique de demain?

Des déchets radioactifs problématiques qui refont surface

Par Michel Lemosquet


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Vingt ans après qui pourrait imaginer avoir des productions agricoles d’excellence (poulets de Loué, lait de chez Bel, Bœuf fermier du Maine, production bio, etc.) avec des déchets nucléaires à 500 m de profondeur dans des galeries de 35 km et radioactifs pendant 100 000 ans ! Avec l’arrêt de la centrale de Fessenheim et son futur démantèlement, qui doit durer de vingt à trente ans, le problème des déchets refait surface. La Hague déborde… et aucun pays au monde n’a trouvé de solution satisfaisante pour gérer ces fameux déchets. Des trois options de la Loi Bataille de 1991, la France a choisi le stockage géologique en grande profondeur, laissant les deux autres voies : séparation transmutation et entreposage en surface.

Cette loi Bataille stipulait, dans ce cas, une comparaison entre deux roches : le granit et l’argile. Le site de Bure en argile étant déjà retenu, il fallait choisir un site en granit; le Massif d’Izé était envisagé par la qualité de sa roche, mais aussi par sa faible densité de population. La réponse a été à la hauteur de la qualité de la roche!

Il ne reste donc que le site de Bure, avec son projet Cigéo (Centre industriel de stockage géologique) mené par l’Agence nationale des déchets radioactifs (ANDRA), qui pose bien des soucis à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et à l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN).

Ces autorités indépendantes sont conscientes de la friabilité de l’argile qui est saturée en eau et des risques de dégagement d’hydrogène par rayonnement ou corrosion des structures métalliques.

Le gaz hydrogène à partir d’une certaine concentration peut entraîner l’explosion et l’incendie ; ce qui n’est pas rassurant pour le parlement qui exige la réversibilité. C’est donc pour cela que la demande officielle d’autorisation de création attendue en 2019 est repoussée en 2023, 2024.

Deux autres problèmes viennent assombrir ce projet gigantesque : le coût de 35 milliards d’euros et la condamnation des ressources géothermiques du site potentiellement exploitables.

Oui, mais les déchets sont là?

Avec de nombreux experts, nous proposons donc un entreposage à sec, en sub surface (protégé par une colline) pendant trois cents ans où seront poursuivies les recherches sur la transmutation et la séparation des éléments. Mais nous proposons aussi une diminution de la production de ces déchets en baissant la proportion de nucléaire dans le mix énergétique électrique.

Aujourd’hui à 70%, elle doit descendre à 50% en 2035 au lieu de 2025, comme le prévoyait la loi Loi de transition énergétique et croissance verte (LTECV) de 2015.

Ce n’est pas suffisant et il faut aller beaucoup plus loin comme le font la plupart des pays de la planète qui développent les énergies renouvelables. N’oublions jamais que le nucléaire ne représente que 10% de l’électricité mondiale. Aucun pays de la planète n’envisage de développer cette énergie pour les raisons que l’on connaît : coût beaucoup trop élevé, dangers d’exploitation, technologie non maîtrisée, problématique des déchets, problème de l’extraction du minerai et des réserves.

La question du nucléaire se pose en France de manière totalement irrationnelle. Ses défenseurs ne tiennent absolument pas compte des déchets, des risques d’exploitation, du démantèlement des centrales et du coût pharaonique de toute la chaîne. Ils ne tirent aucune leçon de Three Mile Island, de Tchernobyl, ou de Fukushima. Ils ne considèrent le nucléaire que sous l’angle « faible émetteur de carbone ». L’histoire du nucléaire civil issu du nucléaire militaire, nous maintient dans des postures quasiment religieuses. Pour autant, la foi ne fait pas tout et de toute manière il faudra bien arrêter ces réacteurs un jour ou l’autre. Aller au-delà de 50 ans d’âge nous plongerait dans une probabilité majeure d’accident grave. Donc la question qui se pose : Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui pour l’avenir énergétique de demain?

Construire six EPR, comme le suggère EDF, alors qu’on n’est même pas capable de mettre celui de Flamanville en fonctionnement. Nous avons pris dix ans de retard et les coûts ont été multipliés par quatre. Tout ça pour nous sortir un MWh à plus de 120€, quand l’éolien et le photovoltaïque sont au dessous de 80€ !

Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui pour l’avenir énergétique de demain? On développe les économies d’énergie par l’isolation, et la fin des gaspillages, etc. et l’efficacité énergétique par le choix et la performance des outils. Mais développer aussi toutes les Energies nouvelles renouvelables (EnR) qui sont complémentaires et possibles sur notre territoire national : Bois, biogaz, éolien offshore, éolien terrestre, hydraulique, solaire thermique, solaire photovoltaïque, géothermie, etc.

En Mayenne

Le département de la Mayenne a structuré sa filière bois, qui doit alimenter une partie importante des chaudières individuelles et collectives. Le développement de l’éolien se poursuit. Il représente 14% de la consommation électrique départementale et doit se poursuivre avec les Éoliennes Nouvelle Génération plus puissantes.

Il y a un effort considérable à faire sur le photovoltaïque qui représente à peine 2% de notre consommation. L’hydraulique sur la Mayenne ne peut guère aller au-delà des 1%.

Le gaz de méthanisation biométhane prend son envol avec une part de cogénération (production de chaleur et d’électricité) mais aussi de raccordement sur le réseau gaz qui permet de stocker et d’offrir différentes possibilités d’usage (chauffage, mobilité, etc.).

Plusieurs Communautés de Communes sont engagées dans la démarche Territoire à Energie Positive. Il leur revient de baisser et d’optimiser leurs consommations, mais aussi développer les renouvelables possibles sur leur territoire. Notre potentiel est notre grande richesse : à nous de le valoriser..

En 2030, sortir de notre dépendance et de l’état de perfusion énergétique dans lequel nous nous trouvons est parfaitement réalisable ; c’est à la fois un enjeu environnemental et un atout économique considérable. La Transition Énergétique peut être une chance pour la Mayenne !


* COEDRA Mén : Collectif d’Opposition à l’Enfouissement des Déchets Radio-Actifs et de Maîtrise de l’énergie


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