Que restera-t-il du Covid-19 ? – Par Samia Soultani-Vigneron

C’est une « réflexion du moment », comme l’a écrit simplement au Glob-journal Samia Soultani-Vigneron, cette conseillère régionale qui est en deuxième position sur « Laval Passionnément » la liste de Didier Pillon aux élections municipales. Vice-présidente LR de la Région Pays de la Loire, elle est « enseignant-chercheur » à l’IUT de Laval. Pour elle, cette pandémie aux multiples conséquences, génératrice de « peurs » et « d’initiatives inspirantes », nous « projette de gré ou de force, dans la réalité numérique du 21ème siècle ».

« L’avenir n’est désormais plus porteur d’espérance… »

Par Samia Soultani-Vigneron


Covid19, pandémie, crise sanitaire, crise économique, crise sociale, tragédie, guerre… des mots qui tournent en boucle dans les médias et dans chaque discussion qu’elle soit réelle ou virtuelle, dans chaque discours politique qu’il vienne d’une majorité ou d’une opposition. Des mots générateurs chez chacun d’entre nous d’incertitudes alors qu’on pensait tout savoir et de doutes dans notre capacité à faire face alors qu’on pensait tout maîtriser. L’avenir n’est désormais plus porteur d’espérance mais de peurs. La peur de sortir, la peur de reprendre le travail, la peur de mettre son enfant à l’école et au final la peur de reprendre le cours de nos vies telles qu’on les menait avant qu’un virus, ennemi invisible, en décide autrement.

Les peurs d’hier pour les générations futures qu’elles soient, entre autres, liées aux sujets climatiques, à l’autosuffisance alimentaire et énergétique, à l’accès à l’éducation…, se sont transformées en peurs pour nos anciens, pour nous-mêmes et pour nos enfants.

Le ciel s’est brutalement assombri et le temps s’est ralenti nous laissant les uns les autres au milieu du gué.

Tout au long de cette période de confinement, les majorités politiques qu’elles soient nationales, régionales, départementales ou locales n’ont pas ménagé leurs efforts pour éclairer un tunnel si sombre que même les plus visionnaires d’entre nous n’entrevoient toujours pas le bout.

Comment prendre des décisions éclairées sans être en capacité de voir le bout du tunnel ?

Comment rester raisonnable face à une situation qui ne l’est pas ?

Comment être prévoyant face à l’imprévisible ?

Comment continuer à avoir des certitudes dans un environnement aussi incertain ?

Dans un contexte aussi complexe où il n’y a ni de bonne ni de mauvaise décision, où il n’y a ni de bons ni de mauvais choix, où il n’y a ni vision majoritaire ni vision minoritaire, l’humilité est de mise car la bonne réponse pour l’un sera forcément mauvaise pour l’autre et parce que ceux qui ont le pouvoir de décider aujourd’hui auront toujours tort aux yeux de ceux qui veulent prendre le pouvoir pour décider demain.

Plus localement pendant cette période de confinement, la décision de réouverture d’une déchèterie, de l’installation d’un marché, d’ouverture d’un commerce, de la reprise d’activité d’une entreprise sera toujours trop tardive pour certains, souvent par opportunisme politicien bien plus que par souci d’un quelconque intérêt général ou trop prématurée pour d’autres qui estiment que la santé prévaut sur toute autre considération.

L’orientation que nous prenons aujourd’hui dans n’importe laquelle de nos décisions en tant que chef de file, qu’on soit à la tête d’un exécutif ou d’une entreprise, ne pourra être « bonne » que si elle est partagée et assumée par chacun d’entre nous individuellement car la situation l’impose.



Il s’agit là d’un changement radical de paradigme bien ancré dans nos sociétés où l’Etat est forcément protecteur, où le politique est forcément capable d’apporter toutes les réponses même lorsqu’il s’agit de gérer l’aléatoire, où les oppositions s’opposent par définition, où  la parole du scientifique est parole d’évangile alors même que les concepts scientifiques sont évolutifs par nature.

Face à cette situation de crise et à défaut de dessiner des perspectives réalistes à moyen et long termes, il nous faut a minima faire preuve de clairvoyance rétrospective pour (re)trouver l’inspiration de l’explorateur d’un monde nouveau qui, pendant cette période de confinement, aura observé attentivement les initiatives individuelles ou collectives, saura apprendre des erreurs du passé et veillera à co-construire sa vision avec un panel de nos concitoyens le plus large possible en s’affranchissant de tout schéma préétabli.


Quel élan de solidarité !


Les initiatives inspirantes ici et ailleurs sont nombreuses. Ce sont celles de plateformes citoyennes d’entraide mises en place spontanément pour être aux côtés des plus exposés d’entre nous; ce sont ces bénévoles d’associations qui en moins de vingt-quatre heures après la décision de confinement se sont mobilisés pour trouver des logements aux sans-abri qui se sont retrouvés confinés à cinquante dans quelques dizaines de mètres carrés ; ce sont ces start-ups qui ont créé bénévolement des applications pour aider à repérer les commerces ouverts ; ce sont ces chefs d’entreprises qui malgré les pertes de chiffre d’affaire et les difficultés de trésorerie n’ont pas hésité un instant à venir au secours des personnels soignants en leur fournissant des équipements de protection ; ce sont ces cours de soutien scolaire mis en ligne gratuitement pour aider les parents à assurer une certaine continuité pédagogique à leurs enfants…

Les initiatives inspirantes c’est la tenue du Laval Virtual World, un salon 100 % virtuel, une première mondiale avec 11000 inscrits, ici chez nous à Laval. Quelle agilité et quelle capacité d’adaptation !

Les initiatives inspirantes ce sont celles qui ont permis d’équiper des maisons de retraite de tablettes pour que les résidents gardent le lien avec leurs familles car le confinement avait vocation à protéger et non à isoler les plus fragiles d’entre nous. C’est aussi l’usage des outils de visioconférences qui nous a permis de rester connectés les uns aux autres, de continuer à faire vivre nos institutions et nos entreprises, d’organiser des e-apéros, des soirées virtuelles en famille ou entre amis… pour garder ce lien social si essentiel à notre équilibre.

C’est le télétravail généralisé et l’acquisition spontanée de nouvelles compétences. C’est aussi cette révolution interne dans certaines entreprises qui sont passées d’une culture managériale classique à un management par la confiance collective.

Nous voilà projetés, de gré ou de force, dans la réalité numérique du 21ème siècle !

Face à cette transformation forcée certes, mais si utile dans un monde qui allait probablement trop vite pour laisser le temps à la créativité et nous donner la possibilité de nous réinventer, nous nous devons de mener une réflexion profonde sur nos institutions.

Réfléchir sur les synergies à imaginer entre un Etat mastodontesque trop central et les collectivités locales et sur une implication plus accrue de nos concitoyens dans le cadre pourquoi pas d’une réserve citoyenne mobilisable en période de crise.

Cette pandémie et la gestion de la crise par les uns et les autres seront soit une excuse pour les moins inspirés pour critiquer, et tout est critiquable selon l’angle de vue de chacun d’entre nous, soit au contraire il s’agira d’une opportunité de remise en question individuelle pour s’élever et prendre de la hauteur collectivement.

Cette période de confinement étant propice à la lecture, je finirai par un extrait de ma lecture du moment : « Nos ennemis sont identifiés : il s’agit de l’imprévu et du changement, de la remise en cause, de la question sans réponse, de la perte de contrôle, de l’inconnu, du doute, pour ne pas parler du mystère de la vie » Bertrand Piccard dans Changer d’altitude.


J’adhère – Je fais un don

Vous avez commenté cet article :

  1. Mais, madame Soultani, vous passez quand même à côté de l’essentiel.
    C’est Luc Ferry ( un des vôtres si je ne m’abuse- mais aussi un des rares politiques pour qui j’ai du respect tout en ne partageant pas ses engagements) qui notait que la peur , qui était autrefois un sentiment négatif (on apprenait aux enfants à ne pas avoir peur) est devenue une vertu ( C’est bien d’avoir peur et , à la limite, celui qui dit le contraire est un irresponsable).
    On imagine que les hommes ( mais madame Schiappa n’y était pas pour exiger la parité) qui ont débarqué le 6 juin 44 sur la plage d’Omaha Beach n’ont pas eu le loisir d’avoir peur du coronavirus et pour 10 000 d’entre eux, ils n’en ont pas eu le temps. Un peu plus tard, le bombardement de Mayenne a fait 400 morts en une nuit. Plus près de nous, la grippe de Hong Kong a fait en France 30 000 morts en deux mois en 1969 : tout le monde l’a oublié et on n’a pas arrêté l’économie!
    Si Cromagnon existait aujourd’hui il ne sortirait plus de sa grotte car c’est dangereux et au surplus, les escrolos lui expliqueraient que c’est mal de tuer des animaux!
    Eh oui madame Soultani, vous n’avez pas vu le vrai symbole du confinement: il faut rester dans sa grotte. Pas besoin d’être grand clair pour imaginer ce qui serait arrivé à Cromagnon s’il avait fait cela. Mais puisque vous voulez imaginer l’avenir , faites un effort: nos gouvernements successifs – toutes tendances confondues ont déjà ruiné notre économie en la laissant se désindustrialiser. Il reste à l’achever! Et ce jour là vos enfants iront faire le ménage à Pékin !

Commenter cet article