Qui dans le fauteuil de maire à « Mayenne, jolie ville triste » ? – Par Francis Decour

Municipales – A Mayenne, troisième ville du département derrière Laval, la ville préfecture et Château-Gontier-sur-Mayenne qui s’est construit une deuxième place en fusionnant avec Azé et Saint Fort, qui s’installera dans le fauteuil de Michel Angot, le maire sortant qui ne se représente pas? Le scrutin est serré. Les appétits sont aiguisés. Pas moins de quatre listes sont en compétition.

Quatre listes pour un siège dans le grand Nord

Par Francis Decour


« Les mauvaises langues diront que la ville est comme le volcan sur lequel elle s’est construite : éteinte ». C’est ainsi qu’a été lancé le débat, le 4 mars 2020 sur France 3 Pays de la Loire réunissant les leaders conduisant les quatre listes aux prochaines municipales de la désormais troisième ville du département. Agréable à entendre ! Mais malheureusement, pas sans fondement. Tant le maire sortant, d’errance politique en outrances langagières, a laissé partir le dynamisme d’une ville que son prédécesseur s’était pourtant, non toujours sans défaut, mais avec brio et efficacité, éreinté à insuffler pendant six mandats.

Certains pensaient alors que six pour Claude Leblanc, c’était beaucoup [Claude Leblanc a été maire de Mayenne de 1971 à 2008 et Michel Angot, avant de se faire élire, était son ancien collaborateur en charge des services municipaux, NDLR] . D’autres, carrément, que c’était trop. Il n’aura pourtant fallu que deux mandats à Michel Angot pour être jugé par une bonne partie de la population mayennaise comme ayant fait le mandat de trop.

Il y a six ans, il est vrai, après un premier mandat qui avait vu les élus de l’opposition se défiler les uns après les autres, égrainant les démissions comme on compte les moutons pour s’endormir, aucune liste n’avait réussi à se constituer pour lui disputer sinon la majorité acquise en 2008, au moins l’exclusivité de la représentation de la population. 33 conseillers sur 33 sièges. C’était beaucoup… Beaucoup trop ! « Situation malsaine » pour certains, qui n’a pas manqué de générer conflits et inimitiés au sein même de l’équipe municipale sortante et qui a donc réduit d’autant son efficacité, voire gelé ses ambitions.


Le château qui abrite un musée et au premier plan l’office de tourisme du Pays de Mayenne – © leglob-journal

Mayenne est aujourd’hui « une jolie ville triste, qui se cherche un nouveau souffle » peut-on souvent entendre dire lorsqu’on traverse le pont jeté sur la rivière Mayenne pour rejoindre le centre-ville. Certes, « des choses ont été faites, on n’y vit pas trop mal« , et puis « l’offre culturelle est nettement au-dessus de la moyenne« , si on la compare à des villes d’importance similaire. Quant aux « vieux » mayennais, ils ne la quitteraient pas parce qu’ils l’aiment. Mais les jeunes ont du mal à s’y fixer et la ville vieillit.

Les commerces de proximité ferment les uns après les autres et le centre-ville est carrément sinistré : vitrines abandonnées, logements locatifs parfois à la limite de l’insalubrité. Il y a même quelques immeubles qui menacent de tomber en ruine. Quant aux services publics, ils sont vacillants et l’offre médicale se raréfie au point de laisser plusieurs milliers d’habitants sans médecin.

Peut-être que le maire sortant pensera que le rédacteur de ces lignes appartient aux « 10 % de véritables ordures » que compte selon lui la population de sa ville, comme il l’avait élégamment déclaré au journal Le Publicateur en janvier 2019 au sujet d’attaques dont il s’estimait victime sur les réseaux sociaux. Mais le constat, s’il est effectivement sévère, n’en est pas moins fidèle à ce que beaucoup de mayennais ressentent.


Une abondance de candidatures


Certes, les causes ne trouvent pas leurs racines que dans la gestion municipale et bien des villes petites et moyennes sont aujourd’hui en grande difficulté, aspirées qu’elles sont dans cette spirale infernale qui, de perte d’habitants en fermetures de services publics, de fermetures de services publics en disparitions d’emplois, et de disparitions d’emplois en perte d’habitants, semble les entraîner inexorablement vers les abysses. Si la situation n’en est heureusement pas encore aujourd’hui à ce point de non-retour, seules une détermination sans faille et une solide lucidité peuvent permettre aux futurs élus de relever ce qui est malgré tout devenu un véritable défi.


Le fronton de la mairie de Mayenne, très convoitée – © leglob-journal

La ville se targue d’être « désendettée, voire en excédent ». Mais est-ce véritablement une qualité ? Une ville qui va de l’avant peut-elle l’être ? Surtout au moment où les taux d’intérêts sont historiquement au plus bas, parfois même négatifs. Pour une collectivité territoriale, un endettement raisonnable et maîtrisé ne semble pas en inadéquation avec sa bonne santé et sa vitalité. Bien au contraire. Le futur maire et son équipe auront bien du pain sur la planche et il leur faudra beaucoup plus que des déclarations de campagne électorale enflammées pour redresser la barre.

Reconnaissons que, pour le coup, les volontaires pour se saisir du manche ne manquent pas. Quand il y a six ans, la liste de Michel Angot s’était retrouvée bien seule dans la bagarre, cette année pas moins de quatre listes se disputent le challenge. 64 candidates et 68 candidats pour 33 sièges. Une telle abondance ne peut a priori se conjuguer qu’avec une grande diversité. Cela mérite donc que l’on y regarde de plus près. Et là, surgissent les premières surprises, et naissent les premières interrogations.

Bien sûr, les élus municipaux gèrent la ville et non le pays. On attend d’eux honnêteté, rigueur et volontarisme. L’étiquette politique, surtout dans une petite ville, n’est pas ressentie comme essentielle et semble même, à voir comment la plupart des candidats à travers le pays la masquent, peu vendeuse. Mais un engagement politique, au sens large du terme, ce sont des valeurs, au moins supposées, des repères qui bornent la route et qui permettent d’afficher sans les déclamer certains grands desseins. Et s’il est vrai que les idéaux ploient souvent sous les coups des ambitions, s’il est vrai que la fidélité qu’on leur confère semble passée de mode, les électeurs ont besoin de clarté, de transparence et de diversité pour pouvoir se prononcer. Une campagne électorale ne peut se résumer à une lutte d’égos et à une surenchère de promesses électorales.


Le maire sortant et entraînant


Qu’on ne nous dise pas que cela n’a pas d’importance. Qu’on ne nous joue pas l’air de la liste « apolitique » : au moment des résultats, le 23 mars, le ministère de l’Intérieur étiquettera bien toutes les communes de plus de 3 000 habitants en fonction de l’orientation politique de leurs maires respectifs. Et à Mayenne, cette année, on ne peut que constater que les quatre listes se retrouvent dans un mouchoir de poche et que l’offre, apparemment variée, est en réalité bien réduite.


Les quatre têtes de listes, positionnées sur les panneaux officiels par tirage au sort : Jean-Claude Lavandier, Adrien Mottais, Jean-Pierre Le Scornet et Josselin Chouzy – © leglob-journal

Pour bien comprendre, il faut revenir un peu en arrière. Avril 2017, après avoir donné son parrainage à la candidature d’Emmanuel Macron parce qu’il considérait que « les frondeurs », dont Benoît Hamon devenu candidat officiel du PS, avaient empêché Hollande « de faire le job » (!), Michel Angot, jusque-là considéré comme « divers gauche », passe avec armes et bagages à En Marche !. Il appelle à voter Macron dès le 1er tour, entraînant avec lui beaucoup de maires de la communauté de communes, Pierrick Tranchevent, Maurice Boisseau, Hubert Moll, André Valprémit, Frédéric Bordelet, notamment.

Tout ces maires ont considérent avec Michel Angot que « le salut du pays ne peut passer que par l’ancien ministre de l’économie de Hollande ». Il serait intéressant de savoir ce que les mêmes pensent aujourd’hui de la situation. Plusieurs maires le suivent donc, mais également l’un de ses adjoints, Jean-Pierre Le Scornet, ancien secrétaire fédéral du PS, aujourd’hui l’une des quatre têtes de listes, et Josselin Chouzy, membre affiché du mouvement de Macron, futur candidat LREM aux élections législatives de juin 2017 pour l’arrondissement et auquel le maire de Mayenne apportera son soutien. Josselin Chouzy conduit aujourd’hui une autre liste à Mayenne après avoir tenté pendant plusieurs mois, de faire liste commune avec Jean-Pierre Le Scornet. La situation se complique.

Jean-Pierre Le Scornet, adjoint au maire de Mayenne semble à ce moment-là adoubé par Michel Angot dont on sait qu’il ne sollicitera probablement pas de troisième mandat. Même si, excès d’honnêteté intellectuelle ou de lucidité, coup de blues ou de billard à plusieurs bandes, l’intéressé dément implicitement, allant jusqu’à laisser entendre dans une interview à Ouest-France parue le 25 juillet 2017, qu’il arrête la politique, cette « drogue » qui fait qu’on « est toujours dans le calcul, en regardant son intérêt et en oubliant parfois l’intérêt général ». Sacrée profession de foi !

Mais on sait bien qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Et la concurrence peut stimuler les énergies assoupies. C’est ce qui semble se dessiner lorsque, de divergences en heurts frontaux, les rapports deviennent conflictuels entre le maire et son adjoint. Ceux qui connaissent bien Michel Angot vous diront qu’il est très « soupe au lait ». La bonhomie première peut vite se transformer en accès colérique à la moindre contrariété. Et question contrarié, il va être servi. « Le maire Michel » vit alors une période moralement difficile. Il se voyait sénateur, labellisé par LREM, et prêt à abandonner son fauteuil de maire au milieu du gué. Et puis, vlan ! Elisabeth Doineau, sortante, est brillamment réélue sénatrice, et surtout, l’improbable Guillaume Chevrollier, que les électeurs venaient pourtant de congédier par la porte des Législatives : voilà qu’il revient par la fenêtre du Luxembourg.

Les deux larrons, plus motivés par des ambitions personnelles que par de véritables divergences politiques, leur « volent » les deux sièges moelleux du Palais du Luxembourg, à lui-même et à sa co-listière Valérie Hayer. Cette dernière, déjà dépouillée en 2017 de son possible siège de députée de la Mayenne par le MoDem et Géraldine Bannier qui l’a elle-même subtilisé à Guillaume Chevrollier – suivez, s’il vous plait! – sera finalement récompensée de sa persévérance par un siège à Strasbourg au printemps dernier. Les politiques forment une grande famille… qui sait se déchirer autant que se serrer les coudes.


Michel Angot qui briguait un poste de sénateur n’imagine pas à ce moment-là qu’il est en passe de perdre – © Archives leglob-journal 2017

Donc, Michel Angot a l’humeur chafouine. Il faut dire qu’il va, depuis sa réélection en 2014, de déconvenue en désillusion. Déjà, Gérard Brodin, le Gaulois de la butte, lui avait chipé « son » siège de conseiller départemental en 2015 et voilà que le tant espéré Nirvana du Luxembourg s’éloigne à tout jamais. « Je m’voyais déjà… ». S’appuyant sur des oppositions au sein de l’équipe municipale, oppositions réelles, supposées ou fomentées, allez savoir ? la cote de Jean-Claude Lavandier, « modeste » conseiller mais fidèle parmi les fidèles de l’amer Michel, va monter jusqu’à l’officialisation de sa candidature à l’automne dernier.

Cela ressemble plus à un règlement de comptes qu’à un réel projet politique, mais c’est ainsi. Officiellement, Michel Angot l’a dit et les plus naïfs n’ont aucune raison de ne pas le croire, il « n’apporte [s]on soutien à aucune liste », … mais il dit, la main devant la bouche, tout le mal qu’il pense de son adjoint-candidat. En même temps, il est présent lors de l’inauguration du local de campagne de Jean-Claude Lavandier rue Aristide Briand. Il passait par là et il a, peut-être, vu de la lumière…

Jean-Claude Lavandier est un garçon sérieux, médecin de profession, qui impose le respect sinon la sympathie. Comme son maître, il se dit « divers gauche », mais précise tout de suite que sa liste rassemble et des gens de gauche et des gens de droite. Le « en même temps » d’Emmanuel Macron.


En marche toute


Quoi qu’on pense de sa fidélité apparemment inébranlable au président, Josselin Chouzy a au moins le mérite de la clarté quant à son positionnement. Adjoint au maire sortant de Belgeard, pompier, il a rejoint le mouvement En Marche ! dès ses débuts. Il a été, comme il a été rappelé plus haut, présenté aux législatives en 2017, plus pour préparer le terrain des municipales que pour gagner, même s’il a eu la bonne surprise, de mettre le député sortant Yannick Favennec en ballottage.


Josselin Chousy avec la députée MoDem Géraldine Bannier dans les jardins de la préfecture en 2017 – Archives © leglob-journal

Bon, les temps étant plus difficiles pour la Macronie, il n’ira pas jusqu’à mettre le logo de son mouvement sur son programme électoral municipal – pas plus qu’aucun de ses concurrents d’ailleurs – même s’il a été l’un des 17 premiers leaders municipaux en France intronisés par le mouvement présidentiel. Et pas sûr que son adoubement par Christophe Castaner, le 10 janvier dernier, aux frais du contribuable pour le déplacement et la sécurité, lors d’un déjeuner dans un restaurant qui porte un nom de légume, et privatisé pour l’occasion, lui soit d’un grand secours.

Si le ministre de l’Intérieur s’est illustré au cours des 18 derniers mois, c’est plus par sa gestion controversée des mouvements sociaux et par la réponse d’une violence, inédite depuis presque soixante ans, qu’il a exigée des forces de l’ordre, que par la finesse de ses analyses politiques. Ce 10 janvier 2020, à Mayenne, on a eu, en quelque sorte, la Carotte et la baston…


Le « poulain aux dents longues »


Nous voilà arrivés à la quatrième liste, celle d’Adrien Mottais. Poulain d’Olivier Richefou dont il fut le collaborateur, soutenu par Elisabeth Doineau, sénatrice UDI macron-compatible. Celui que le président du Conseil départemental de la Mayenne présentait sur le marché de Mayenne, il y a déjà cinq ans, comme « le futur maire de Mayenne », a les dents longues et sa carte à l’UDI. Mais sa liste est, bien sûr, totalement « apolitique ». Pas plus que ses concurrents, il ne ternira ses tracts du logo du parti d’Olivier Richefou et de Yannick Favennec.


Le nom de la ville , identique à celui du département et de la rivière, auquel a été accolé le mot « énergie » – © leglob-journal

A Mayenne, Yannick Favennec, c’est le grand absent de ces élections qui lui étaient pourtant promises. Il a finalement préféré son mandat de député au siège de maire. Élu, il aurait en effet dû choisir entre les deux. Alors, est-ce le souvenir douloureux d’une lourde défaite en 2008, l’amour qu’il voue au Palais Bourbon, ou la peur de ne pas pouvoir constituer une équipe assez solide pour concourir et, surtout, pour gérer ensuite la ville et la communauté de communes qui l’a fait hésiter, puis préférer un soutien officiel mais discret, à Adrien Mottais ?

Pourtant, en mai dernier, ses partisans les plus assidus avaient frissonné de félicité lorsqu’au détour d’un tweet, leur député avait osé le jeu de mots « Fête des mères – faites des maires ». Encore raté. Il faudra se « contenter » du poulain d’Olivier. Lequel Olivier appartient au même parti que son « ami » Yannick sans toutefois lui vouer un amour immodéré. Vous avez dit panier de crabes ?


 » Du centre légèrement à gauche au centre légèrement à droite »


Alors, pluralité et diversité dans ces élections ? Si on se résume, on a donc trois listes dont le tête de liste a appelé à voter Emmanuel Macron dès le premier tour en 2017. Directement pour Josselin Chouzy et Jean-Pierre Le Scornet – même si, à l’image de son ami Guillaume Garot qui a, lui, même voté la confiance au gouvernement Philippe en 2017, il s’en est quelque peu éloigné aujourd’hui. Et indirectement pour Jean-Claude Lavandier, son mentor l’ayant fait pour lui.


Affichage sauvage dans une rue de Mayenne à coté des panneaux officiels – © leglob-journal

Reste une quatrième, celle d’Adrien Mottais dont on ne peut que constater la proximité avec le pouvoir en place. Il n’y a qu’à suivre Elisabeth Doineau sur Twitter et s’apercevoir de son soutien quasiment à chaque ministre – à croire qu’elle voudrait en être – et sa quasi-dévotion à Agnès Buzyn qu’elle retweete frénétiquement, même depuis que l’ancienne ministre concourt à la mairie de Paris, pour mesurer que si l’UDI a « l’intelligence » politique de rester en dehors de la majorité, elle en est très très proche. A Laval, l’UDI ne soutient-elle pas une liste commune avec LREM ?

Vous l’aurez compris, ce n’est pas vraiment sur l’étiquette politique que l’on pourra départager les quatre listes en présence. Du centre légèrement à gauche au centre légèrement à droite, quelle que soit la liste qui aura la majorité, LREM pourrait presque à chaque fois revendiquer la victoire ! Les électeurs favorables à Emmanuel Macron auront le choix. Ceux qui le sont moins, moins !

Certes, Mayenne est une petite ville et on trouve, sans doute, sur chacune des listes des gens de qualité et qui ont au moins la volonté de s’investir dans la vie publique, ce qui n’est plus si courant aujourd’hui. Il faudra donc que les électeurs qui souhaitent malgré tout s’exprimer dans les urnes le 15 mars prochain, se penchent attentivement sur les programmes et la composition des listes pour déceler, éventuellement par défaut, ceux qu’ils jugeront les mieux à même de sortir de l’ornière cette ville qui se voit qualifiée de « belle endormie du nord du département ».


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