Ras-le-bol de cette « guerre des masques  » ! – Par Pascal Grandet

« Après nous avoir rebattu les oreilles pendant des semaines que le masque ne servait à rien en dehors du milieu de la santé, on nous a dit que c’était indispensable, puis finalement que ce n’est pas suffisant, voire superflu… » Le président de l’Association des usagers pour la défense de l’hôpital et des services publics de santé du Nord-Mayenne pousse un coup de gueule et se veut, aussi, pédagogique sur leglob-journal.

Ce que masque la politique de l’exécutif

Par Pascal Grandet*


Encore aujourd’hui, jeudi 9 avril, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye qui s’illustre chaque jour un peu plus dans le ridicule et la désinvolture, déclare sur France-Info que « le gouvernement n’a pas arrêté sa position ». et qu’il « n’y a pas de consensus scientifique sur la question », s’appuyant sur une déclaration de l’OMS qui dit que le port du masque n’est « pas la solution miracle. » Mais qui a prétendu le contraire ? Le masque ne tue pas le virus. En revanche, il limite la contamination. Et ça, tous les scientifiques le reconnaissent ! Ce qu’on peut remarquer avant tout, c’est que la fluctuation des informations suit surtout l’arrivée des commandes ! Aucun masque de disponible : « Pas besoin de masques (!!). En plus, vous êtes trop stupides pour les mettre correctement » (!!!!)

Des commandes sont passées et des livraisons attendues : « Il faut tous se préparer à mettre des masques. » Retard des livraisons (attendues finalement courant juin pour une bonne part) : « Finalement on peut en mettre, mais mieux vaut se laver les mains. » (!!!)

Comment s’y retrouver ? On voudrait décourager la population de s’intéresser au sujet et l’amener à perdre confiance en la parole publique qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! Alors, sans se prendre pour un expert, essayons d’être un peu pragmatique et de s’en sortir au milieu de cette foule d’infos et de préconisations contradictoires.

Comme le nez au milieu de la figure

Tout d’abord, tenter de savoir de quoi on parle ! Mettons de côté les masques FFP2 et FFP3 a priori réservés aux professionnels. Vu la pénurie extrême, il ne peut être en l’état envisageable d’en équiper chaque français ! Au fur et à mesure qu’ils arrivent, c’est aux professionnels exposés que les masques FFP2 et FFP3 doivent être attribués.

Nous parlons pour tout un chacun des masques FFP1, dits aussi « masques chirurgicaux ». Ces masques ne protègent pas ceux qui les portent (quoi qu’un peu quand même). Ils protègent prioritairement ceux qui se trouvent en face ou à proximité.

Alors, nous direz-vous, je veux bien protéger mon prochain, par pur altruisme, mais je voudrais bien aussi être moi-même protégé ! Évidemment ! Et voilà pourquoi si quelques personnes seulement portent un masque FFP1, cela ne sert quasiment à rien, sauf si vous vous savez malade et qu’ainsi vous limitez le risque de contamination. Mais, en l’absence de tests, qui se sait malade, mis à part ceux qui sont cloués au lit ou à l’hôpital et qui ne se promènent donc pas dehors ?


Masque substitut au FFP1 fabriqué en tissu par Audace 53 – © leglob-journal

Efficace que s’il est généralisé

Donc, le masque FFP1 ne peut être efficace que si tout le monde en porte ! C’est ce qui nous fait penser qu’il n’y aura probablement de déconfinement qu’avec simultanément une obligation de porter un masque ! Et c’est là que le bât blesse car depuis que les ministères successifs Bertrand, Touraine et Buzyn ont laissé fondre, puis n’ont pas renouvelé les stocks réalisés au moment de la crise de la grippe H1N1 en 2009, de masques, il n’y a point. Et, en l’absence de masques FFP2 pour les professionnels, les masques chirurgicaux qui arrivent, en quantité déjà notoirement insuffisante, sont logiquement affectés aux-dits professionnels. Car, quoi qu’en disent nos dirigeants, c’est bien la pénurie qu’ils gèrent.

Alors ? On attend que ça se passe ? Le masque, pour être efficace, doit être changé lorsqu’il devient humide, donc inefficace. Ce qui correspond environ à un masque toutes les trois ou quatre heures. Bien sûr, un non-professionnel ne portera pas le masque toute la journée ; il ne le portera que pour sortir de chez lui, et encore, pas forcément dehors si la distanciation, plutôt deux mètres qu’un seul, est respectée.

On voit cependant tout de suite qu’il ne peut être question de masques jetables. On doit forcément s’orienter vers des masques lavables. Comptons deux masques par jour auxquels on en ajoute deux autres car une fois les deux premiers lavés, il faut au moins attendre qu’ils sèchent. 65 millions de français x 4 = 260 millions de masques réutilisables nécessaires. Qui peut croire qu’un gouvernement qui a attendu fin mars pour passer les premières commandes, deux mois après les trois premiers cas de Covid-19 diagnostiqués en France, va pouvoir nous approvisionner rapidement et en quantité suffisante ?

Donc, la solution, ce sont les masques de substitution. Et il est incompréhensible que le gouvernement n’assume pas les décisions qui ont, ou plutôt qui n’ont pas été prises, ou tout au moins pas à temps, et ne dise clairement : « On n’aura jamais assez de masques. On ne pourra pourtant sortir du confinement sans. Il faut donc que partout, chacun s’équipe dès maintenant en en fabriquant afin de pallier l’absence ou l’insuffisance prévisible. »

Le département de la Mayenne a pris la décision de commander 300 000 masques pour les habitants du département. Dans cette période de pénurie, et d’atermoiements de la puissance publique centrale, on ne peut que saluer cette décision.

Toute décision qui renforce la sécurité sanitaire est bonne à prendre. Mais, comme nous l’avons montré, un masque par personne, ce ne peut être suffisant. Il faut donc faire chauffer les machines à coudre.

Un masque « pis-aller »

Encore faut-il ne pas faire n’importe quoi. Tout d’abord, dire et répéter que les masques de substitution ne sont pas des masques professionnels. Ce ne sont pas des masques chirurgicaux FFP1 qui ont reçu un agrément, qui répondent à un cahier des charges précis. Un masque de substitution est un « pis-aller », mais c’est mieux que rien. Et s’il est BIEN réalisé, il peut être d’une bonne efficacité.

Deuxièmement, un masque de substitution se substitue à un « vrai » masque FFP1. Il ne se substitue en aucun cas aux autres mesures préconisées pour se protéger et protéger son prochain : pas d’embrassades ni de serrages de mains, lavages des mains plusieurs fois par jour et après chaque sortie et manipulation d’objets étrangers (savon ou gel hydroalcoolique), éternuements dans le pli du coude, distanciation sociale (deux mètres mini) et confinement tant qu’il existe.


Le masque en tissu de coton confectionné par Lépié Surtaire – © leglob-journal

Mais, en conscience des deux points évoqués, on peut se préparer pour mieux se protéger collectivement. Si on considère, ce qui semble tout à fait justifié malgré les dénégations du pouvoir et de ses affidés, que ce gouvernement a failli, comme ceux qui l’ont précédé, il sera toujours temps de réclamer des comptes, une fois la situation sanitaire apaisée. Mais aujourd’hui, prenons-nous en main et assurons notre propre protection.

Le masque n’est pas dangereux

Nous avons choisi de renvoyer à un article très détaillé écrit par une ingénieure en textile. Elle y explique par le menu le pourquoi du comment, y donne des indications très précises, y compris des patrons pour réaliser soi-même des masques.

Sans déflorer son argumentation, on peut dire déjà :

– que le masque doit être en coton 100%

– qu’il doit être doublé avec une ouverture pour y glisser un filtre (filtre à café ou papier toilette par exemple)

– qu’il doit courir du pli du nez au-dessous du menton qu’il doit recouvrir.

– qu’il doit être adapté à la taille du visage pour les enfants.

Vous trouverez tous les renseignements, et bien plus, dans l’article en question ici. Et ne vous fiez pas à l’intitulé du site, c’est tout à fait sérieux !

Le masque ne présente aucun danger. Au pire, il ne sert à rien (mais la plupart des scientifiques disent le contraire et l’académie de médecine en recommande le port généralisé). Au mieux, il préserve chacun et potentiellement, peut sauver des vies. Et puis si tout le monde en porte, on n’est pas seul à avoir « l’air un peu couillon ». Qui peut oser dire que ça ne vaut pas le coup ?


*Pascal Grandet est président de l’association AUDACE-53, Association des usagers pour la défense de l’hôpital et des services publics de santé du Nord-Mayenne


J’adhère – Je fais un don

Ils ont commenté cet article :

  1. Ouest France dans son édition d’hier 16 avril publie dans la rubrique « questions des lecteurs » une réponse signée Louis Grillet et intitulé « FFP ou chirurgicaux: quelles différences? ».
    Il y est fait une distinction très nette entre les masques « chirurgicaux  » et les masques FFP qu’ils soient 1, 2 ou 3. Les différences de fonctions entre ces deux catégories de masques ainsi que la gradation en matière d’efficacité entre les différents FFP sont ensuite exposés. Que faut-il véritablement comprendre par rapport à l’affirmation figurant dans le propos de Pascal Grandet selon laquelle le masque « chirurgical » et le FFP1 seraient une seule et même chose?
    Merci d’éclairer les lecteurs de Leglob-journal…

    1. Bonjour,

      Comme je l’ai écrit en début d’article, je n’ai absolument pas la prétention d’être un expert. J’étais il y a quelques semaines encore un beotien en la matière et ce n’est qu’à longueur de lectures diverses et variées que j’ai commencé à comprendre et à essayer de tirer des enseignements.
      Mais j’ai péché par approximation. Effectivement, et même si certains pourront penser que c’est une discussion de puristes, il y a une distinction entre le masque dit « chirurgical » et le masque FFP1. Si le premier empêche les germes de la personne qui le porte de contaminer la ou les personnes lui faisant face, le masque FFP1 offre en plus une barrière pour son porteur contre l’inhalation d’agents infectieux ou de polluants comme les particules fines. C’est surtout un masque anti-poussières utilisé plutôt par les professionnels du bâtiment ou les bricoleurs.
      Cela dit, cette confusion dont je vous prie de m’excuser, ne remet pas en cause le cœur de l’article et ma plaidoirie pour le port généralisé du masque, même « artisanal », mais dont on devra se contenter en l’absence de stocks suffisants.
      Je suis particulièrement inquiet de la non prise de décision du gouvernement en la matière alors que, depuis lundi 13 avril, le cap est donné en matière de « déconfinement » : ce sera à partir du 11 mai.
      Selon le Dr Dautzenberg, pneumologue,
      « deux personnes qui se parlent et portent chacune un masque, c’est « 90% » d’efficacité dans le filtrage des postillons qui contiennent potentiellement le coronavirus soit l’équivalent des « masques les plus performants ».
      Voilà pourquoi les pouvoirs publics devraient en généraliser le port.
      Si je fais amende honorable pour la confusion que j’ai entretenue, je maintiens plus que jamais mon appel à une position officielle claire quant à cette généralisation.

      https://mobile.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-si-tout-le-monde-porte-un-masque-en-tissu-alors-ca-sera-aussi-efficace-que-de-porter-un-masque-ffp2-affirme-un-pneumologue_3920539.amp?__twitter_impression=true

  2. Merci à Pascal Grandet pour ce coup de gueule salutaire autant que sanitaire. Notre gouvernement navigue à vue ne pouvant assumer qu’il gère la pénurie et à la mise au régime austéritaire que subit l’hôpital publique depuis des années. Dans ce flou artistique, il devient urgent de prendre des initiatives. Celle du Conseil Départemental est à saluer, même si elle ne s’appuie que sur une entreprise, TDV industries, dont le patron, Christophe Lambert, est un notable local et fortuné. De plus, on imagine aisément que les 300000 masques commandés par le Département ne suffiront pas, en considérant qu’il en faut 3 ou 4 par personne. J’ai lu que le gouvernement de la République Tchèque avait rendu le port du masque obligatoire et demandé à tous les citoyens de se les fabriquer. Dans ce contexte, peut on imaginer que l’association Audace 53 lance une souscription pour commander quelques centaines de milliers de masques à d’autres entreprises mayennaises du textile ?

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