Réforme des congés annuels à l’Hôpital de Laval : « Tout le monde a peur ! »

Le feu aux poudres. Une note de service, en date du 17 décembre 2019 émanant de la direction de l’hôpital et reçue juste avant les fêtes de fin d’années, expliquait aux gents de l’hôpital comment dorénavant poser leurs futurs congés d’été. Pendant quatre périodes de trois semaines, soit « 21 jours consécutifs ». Et à partir du 22 juin et jusqu’au 13 septembre. Un spectre assez large, une mesure qui est « applicable aux professionnels titulaires, stagiaires, en CDI et en CDD supérieur à 18 mois (…) selon la direction qui prévoit cette planification des congés pour garantir à minima la présence de deux tiers de professionnel confirmés sur l’ensemble de la période estivale. (…) le but c’est aussi d’assurer la continuité des soins en intégrant les prévisions de fermeture des lits. » Une note signée par le directeur de l’hôpital André-Gwénaël Pors qui a mis en colère le personnel. Une bonne centaine, le 10 janvier 2020, s’était réuni en assemblée générale.

Touche pas à mes congés !

Entretien avec Frédéric Marié*

Par Thomas H.


Leglob-journal : Pourquoi décidé de poursuivre la grève à l’hôpital de Laval ?

Frédéric Marié : Tant qu’on peut poser nos vacances, comme c’est le cas maintenant quand on veux, sans contrainte, car nos métiers en centre hospitalier sont déjà très difficiles, il faut conserver ce principe-là, sinon c’est la porte ouverte à l’arbitraire et des dates de congés imposées. Nous n’en voulons pas. En juin, par exemple, un agent ne sera pas en vacances avec ses enfants ou avec son conjoint qui sera, lui, en vacances au mois d’août, comme c’est souvent le cas. On trouve ça inadmissible.

Frédéric Marié – © leglob-journal
Leglob-journal : Que vous dit la direction de l’hôpital, pour justifier cette mesure d’imposition des périodes de congés d’été ?

Que c’est pour « maintenir les compétences afin d’assurer la qualité des soins et de l’accompagnement des patients et résidents ». Que les agents n’arrivent pas à se mettre d’accord et que tout le monde veut le mois d’août. Donc, c’est pour plus de facilité pour les cadres dans les services. Comme ils ne prennent pas leur responsabilité, ils veulent donc nous imposer ça…

Leglob-journal : le mois d’août, c’est les période des fermetures des usines traditionnellement…

Oui, beaucoup d’entreprises privées ferment pendant le mois d’août, mais les nourrices partent aussi en vacances, et les gardes d’enfants prennent congés pendant ce mois, donc c’est très compliqué à l’hôpital de Laval. Et le problème aussi, c’est que la direction ne veut plus embaucher pendant l’été pour faire des économies de personnel. Deux tiers des personnes à l’hôpital demandent le mois d’août.

A l’époque, quand je suis arrivé en 2000, il y avait souvent les enfants du personnel qui étaient embauchés pendant les deux mois d’été, et là au fil du temps on s’aperçoit que la direction y a recours de moins en moins … Actuellement avec cette note de service que la direction a produite à la mi-décembre, on veux imposer et passer en force, on est sous la contrainte, pour faciliter le travail des cadres et de la direction. On ne veux pas ça…

Leglob-journal : La direction des ressources humaines, comment fait-elle pour justifier cette décision quand vous la rencontrez?

On a été reçu la vieille de Noël par toute la direction. Il était question d’essayer de désamorcer ce problème, car c’en est un, vraiment. Elle nous déclaré qu’ « on voyait le mal partout ». Elle nous a dit que c’était un cas de recours possible pour les cadres avec « des règles appliquées dans l’ensemble des services claires » en fonction des besoins. Sauf qu’on sait très bien que c’est le début et que ça sera généralisé… Là, avec cette organisation on aura un tiers des personnels qui partiront en congés et deux tiers qui seront obligés de rester, alors que si on garde les quatre semaines d’affilées, cela fera un quart, trois quart. Et donc les agents sont contre…

Ils se sont prononcés en levant la main, de façon très massive, pour le maintien de la grève et contre la nouvelle organisation des congés. A terme, nous avons peur, tous, simplement de ne plus pouvoir poser nos congés nous-mêmes. C’est simple…

Actuellement, ce n’est que pour les soignants soi disant, mais notre DRH nous a dit que ce serait pour tout le personnel du centre hospitalier de Laval qui sera concerné. Technique, soignants, etc.

L’AG des personnels de l’hôpital, le 10 janvier 2020 © leglob-journal
Leglob-journal : selon vous tout le monde redoute la mise en place de cette nouvelle organisation ?

Oui, tout le monde a peur ! Parce qu’ils veulent aussi imposer aux personnels qui sont à temps partiel de travailler à 100 % pendant cette période pour faciliter le fonctionnement des services. En plus, ils souhaitent que les personnels qui ne travaillent pas les week-end fassent un ou deux week-end pour permettre aux personnels de partir en vacances. Sauf que par exemple, nous on sait très bien qu’un infirmier en EHPAD n’est pas capable d’être infirmier en cardiologie et vice et versa. Nous trouvons que d’imposer cela pour des commodités d’organisation de congés, c’est très dangereux pour les patients.

Leglob-journal : est-ce que vous avez votre mot à dire en général en matière de réorganisation de la gestion de l’hôpital ?

Logiquement oui. Au début de l’année nous avions entendu qu’il était question d’imposer les congés. Et notre DRH nous avait dit «  ne vous inquiétez pas, vous serez invité au dernières réunions pour vous prononcer… » Sauf que, par le plus grand des hasards, elle a eu un petit oubli : elle ne nous a pas convoqué…

Leglob-journal : Vous n’allez pas en rester là ?

Non, bien évidemment que non… Les agents en AG ont voté pour une action le 17 janvier 2020. On va se faire entendre prochainement et dire à nouveau notre colère à la direction de l’hôpital …

* Frédéric Marié est l’un des porte-paroles de l’intersyndicale CGT, FO, CFDT qui appelle à la grève. Il est secrétaire du syndicat Force Ouvrière du centre hospitalier de Laval


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  1. J’ai quand même l’impression que la direction  » bricole » au risque d’oublier que c’est le personnel qui fait tourner la boutique… Ce n’est rien d’autre que le résultat d’une politique purement comptable, et donc imbécile dans ses résultats.
    Il n’empêche, j’ai souvenir de la fermeture du service de cardiologie alors qu’un patient devait d’urgence voir un spécialiste pour des examens… en plein été.
    Les services hospitaliers, comme ceux du monde judiciaire, tous deux des services publics, sont traités aussi mal que les salariés du privé.
    C’est ainsi que l’on brise un contrat social.

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