#SavePeople-NotPlanes* : pour éviter que le monde d’après soit pire qu’avant

« Nos impôts ne doivent pas financer un système à bout de souffle », nous disent en substance Maël Rannou et Michel Perrier, les deux coordinateurs d’EELV en Mayenne. Selon eux, l’argent des contribuables doit être fléché sur des transports qui respectent la planète et qui ne polluent pas. Il ne faudra pas, par exemple, « renflouer les compagnies aériennes », disent-ils. « Après la crise financière de 2008, les plans de relance furent très polluants. Le secteur aéronautique, pour les écologistes, est véritablement symbolique ! »

*Sauver les gens, pas les avions

Par Maël Rannou et Michel Perrier*


Le déconfinement fait débat, tant mieux. Si sur le plan sanitaire, les déclarations du conseil scientifique sont attendus et plus ou moins suivis par le gouvernement, celui-ci nous suggère régulièrement que le moment n’est pas à la politique et qu’il faut se contenter de se serrer les coudes. Certes, l’heure n’est pas encore au bilan et pas à la polémique politicienne stérile, mais il nous semble au contraire que c’est un des meilleurs moments pour réfléchir à la politique au sens noble du terme. Dans l’An 01, Gébé [La bande dessinée a d’ailleurs été rendue accessible gratuitement accessible par l’éditeur ici], nous disait « On arrête tout. On réfléchit. Et c’est pas triste ». Nous voici, pour la plupart, arrêtés, tâchons donc de réussir la suite du programme !

Partout, nombreux sont ceux, de tous bords, qui interviennent à propos du « monde d’après » : avec la baisse de la pollution (de l’air et sonore), la prise de conscience de la nécessité de services publics renforcés (notamment les hôpitaux et le secteur de la santé), la présence plus visible des animaux en ville… Presque un consensus : l’avenir ne pourrait être qu’écologique et social, sinon nous ne ferions que scier encore plus vite la branche qui nous soutient. Et pourtant, nous en sommes loin.

En 2008 après la crise financière, même Sarkozy répétait déjà que face à la réalité capitaliste plus rien ne serait comme avant : mais de fait, les plans de relance ont été plus polluants que jamais. Cette année, si l’Union européenne a fini par accepter de dégager un fort budget pour lutter contre le Covid-19, il reste conditionné à des plans d’austérité une fois la crise passée, et reste bien en deçà de ce que pourrait et devrait être la solidarité européenne. La majorité du Parlement Européen vient ainsi de refuser une initiative des députés écologistes (soutenus par les socialistes et les insoumis) d’une « mutualisation substantielle au niveau européen de la dette émise pour faire face à la crise »). Au Canada, face à la crise des exploitants de pétrole et de gaz de schiste, le gouvernement Trudeau annonce des aides d’urgence au secteur, et ne parlons même pas des États-Unis…

La France n’est pas en reste : outre une dérégulation massive du Code du travail et une approche dangereusement sécuritaire, le gouvernement a rapidement annoncé qu’il porterait secours aux entreprises, allant même jusqu’à parler de « nationalisation », ce qui est pour le moins inattendu dans la bouche de Bruno le Maire. Mais, si le principe de ces aides est évident et ne pose pas de problèmes, l’absence totale de conditionnalité n’est pas acceptable. Le sauvetage de certaines grandes entreprises, responsables de l’urgence climatique est tout simplement dangereux pour l’avenir des populations, et ce au moment où les citoyens réclament au contraire une société résiliente et des lendemains tournés vers l’intérêt général.

Dans le cadre de cet article, nous n’aborderons que le secteur aéronautique. Pour les écologistes, ce secteur est véritablement symbolique ! L’indispensable abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes n’a rien changé à la croissance sans limites du secteur aérien. Et là, malgré quelques scandales supplémentaires (avions circulant à vide en début de confinement, ni contrôle des dérogations de circulation, ni mesures sanitaires systématiques ensuite), le gouvernement français a vite décidé le report de prélèvement de certaines taxes dues par les compagnies aériennes et d’étaler leur remboursement en 2021 et 2022. Des prêts garantis à Air France-KLM pour un total de six à dix milliards d’euros par les Etats français et néerlandais sont aussi prévus, ainsi qu’une participation supplémentaire directe au capital à moyen terme. C’est énorme. Même le Haut conseil pour le Climat s’en inquiète publiquement.

Mais les compagnies vont encore plus loin, ainsi le directeur général de la direction de l’Association du transport aérien international Alexandre de Juniac réclame dans des tribunes et interviews une large suspension des réglementations en vigueur pour pouvoir rattraper les pertes engendrées !

Bien sûr, les compagnies aériennes vont être confrontées à une crise importante, mais renflouées sans conditions, nul ne doute que la croissance du secteur aérien va reprendre dans quelques mois. Ce n’est pourtant pas une priorité, ni sociale, ni environnementale. Bien au contraire. Il faut le réduire.

Il est nécessaire de le répéter : l’avion est le mode de transport le plus polluant et qui a le plus de conséquences sur le climat. Remplacer un vol par un trajet en train permet de diviser par 50 vos émissions de CO2 (et même par 169 si vous utilisez un TGV). Calculez votre impact sur ce site.


Exemple de la page d’accueil du site où vous pouvez calculer votre impact CO2 – image capture

Faut-il rappeler aussi que la globalisation commerciale est une des raisons de la crise sanitaire ? Relocaliser les productions alimentaires et les industries apparaît chaque jour comme une évidence, il faudra pour cela des infrastructures et les aéroports et les avions ne serviront en rien cette stratégie.

L’aviation est déjà exemptée de taxes, sur le kérosène notamment, créant une vraie inégalité avec les autres transports, et il serait grand temps qu’elle contribue enfin aux conséquences environnementales de son activité. Il ne s’agit pas d’interdire l’avion, qui restera indispensable pour des déplacements intercontinentaux, mais de ne pas aller financer avec l’argent public un système à bout de souffle et qui bénéficie aux plus favorisés.

Il y a mieux à faire des impôts : notamment remettre des trains de nuits, développer le fret ferroviaire pour les marchandises, soutenir les petites lignes et poser des conditionnalités claires à tout soutien économique au secteur aérien.

C’est le sens d’un appel lancé par 250 ONG au niveau international, qui sont tout à fait prêtes à accepter des aides aux secteurs, mais seulement si les Etats imposent des conditions strictes. On sait malheureusement que ce n’est pas le fort du gouvernement français (rappelons-nous le CICE…), mais le contexte est particulièrement favorable, le rapport de force étant du côté des pouvoirs publics. En somme, c’est le moment ou jamais de faire de la politique ! Ce que l’on peut le faire à notre échelle, tout en étant confiné.

Le sort réservé au secteur aérien sera, à plusieurs titres, symbolique du monde d’après. C’est pourquoi, nous vous proposons de signer et de diffuser l’appel international #SavePeopleNotPlanes 


*Maël Rannou et Michel Perrier sont coordinateurs d’Europe Écologie – Les Verts en Mayenne



J’adhère – Je fais un don

Ils ont commenté cet article :

  1. Je suis absolument d’accord avec l’intention et l’argumentation de cet article, un aspect dans sa présentation m’a toutefois extrêmement surpris et « dérangé ». En effet une image tirée du site « notrechoix.org » proposé pour calculer l’impact des trajets laisse envisager qu’un scooter ou une petite moto aurait un impact quasi égal à celui d’une voiture pour un trajet de 1000Km si l’on en croit la photo. Je me suis déplacé en petite moto 125cm3 depuis 20 ans et maintenant depuis environ 6 mois en scooter 3 roues. Ce choix je l’ai fait car je suis persuadé que mon impact est ainsi moindre, quelle n’a donc pas été ma surprise à la vision de ces chiffres. je suis donc allé sur le site et j’ai fais plusieurs simulations or aucune n’a révélé une telle proximité d’impact, bien au contraire dans n’importe quel cas de figure l’impact d’une petite moto ou d’un scooter est nettement moindre. Comment donc est-il possible qu’une telle image entraîne une telle vision erronée de la réalité ?

    1. Bonjour
      Un bon réflexe d’utiliser la calculette ! Chacun peut ainsi estimer ses émissions de CO2 en fonction de ses choix (et possibilités). Mais cela reste des estimations effectuées à partir de moyenne.
      Pour cet article concernant l’aviation, nous avons pris une distance de 1 000 km et considéré que 3 passagers étaient présents dans la voiture. Pour une comparaison entre ces deux modes de transports, cela nous est apparu cohérent.
      Par contre, si vous voulez comparer la voiture à la moto ou au scooter, il est nécessaire d’indiquer un seul passager dans la voiture. Dans ce cas, l’impact de la moto est effectivement inférieur à celle de l’auto, et celle du scooter trois fois moindre…

  2. au delà de l’avion, il va falloir aussi changer nos mode de transport en ville. Même avec des masques, on ne pourra plus mettre autant d’usagers dans les transports urbains (cf les photos récentes de franciliens dans des rames TER ou RATP bondées). Il faut développer des pistes cyclables partout en ville, et aussi dans les communautés de communes (même en Mayenne). C’est la seule solution viable aujourd’hui

  3. Lire aussi : Tribune sur le transport aérien, par EELV Mayenne – Europe Écologie Les Verts en Mayenne

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