Société – Les canettes de Claude Gourvil, ou le « Street Art de l’incivilité »

« Apologie de l’écrabouillement »

Il ne traque pas les canettes, en fait elles s’imposent à lui. Alors, il a commencé à les photographier sous toutes leurs formes et avec le temps il s’est pris au jeu. A travers cette démarche, il observe la lente dégradation d’un objet symbole de la société de consommation.

Par Thomas H.

Claude Gourvil s’intéresse à ces objets en aluminium qui une fois vides sont jetés par terre. La démarche, «  n’est pas sociologique, et ça n’a rien de scientifique...Ces canettes, elles s’imposent à moi, à force de les voir, pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, quand je marche en ville ou je suis à vélo sur l’itinéraire qui me conduit à mon travail. Alors je les photographie. Ça donne à lire, et ça signe quelque chose. »

Claude Gourvil a sa petite idée : «  Probablement des jeunes qui s’ennuient et qui n’ont pas assez d’argent pour aller dans les cafés. Ils consomment des canettes à plusieurs, soit de bière, de coca ou de jus de fruit qu’ils abandonnent ensuite… »

En bon écolo qu’il est, l’élu municipal lavallois (EELV) en a photographié un max. Ici, en haut, c’est « la 745 ème », dit-il simplement sans autre explication sur sa page Instagram intitulée « Aplati_ici ».

Elles sont capturées par son smartphone dans la rue, ici parfois dans un espace vert, là, abandonnées dans un caniveau ou carrément, sur la chaussée, livrées aux pneus des automobiles. « Je les photographie artistiquement, mais je ne me considère pas pour autant comme un artiste et je donne, dit-il, à voir l’état et la propreté des quartiers. On voit bien que là où les agents passent tous les jours, il n’y en a pas… Les plus belles sont les plus vieilles. Parfois, ce sont de vraies crêpes-dentelles, tellement elles ont été écrasées et que l’on peut voir à travers… » Ces canettes qui n’ont plus aucune valeur, c’est la preuve, pour Claude Gourvil, de ce qu’il appelle la « Garbéologie urbaine« , un néologisme fabriqué avec le préfixe garbage, qui signifie ordures en anglais. « Les photographier pour moi, je pense que c’est mettre en valeur une oeuvre d’art collective et participative qui donne à voir l’état de la société.  »

« StreetArt de l’incivilité« , ou bien encore « Apologie de l’écrabouillement« , ces quelques mots figurent sur sa page Instagram, où Claude Gourvil les poste. Fort de « 745 publications » sur le réseau social, il dispose de 729 abonnés. Des fans qui piaffent peut-être de voir la prochaine canette « destroyed » et artistiquement mise en image. Peut-être que cela leur rappelle qui leur est arrivé aussi d’en jeter une, par négligence ou pas. Sans respect de l’environnement.

Un aperçu de canettes compilées par Claude Gourvil et publiées sur Aplati_ici

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  1. Plus que la « garbologie » je vous invite à pratiquer la « rudologie » ! C’est la même chose mais avec une racine latine, « rudus », utilisée pour les déchets, les objets et les lieux déclassés.
    « Et en même temps », c’est plus facile à se souvenir du mot puisqu’il est bien « rude » de voir ce qu’il advient de ces objets de notre consommation…

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