Souveraineté, indépendance : ces mots qui retrouvent leur vertu – par Henri Marteau

TRIBUNE – Comment le changement nécessaire de paradigme dans l’organisation de notre société pourra se faire, s’il s’agit de rester dans la même configuration? C’est en filigrane l’interrogation principale d’Henri Marteau qui, dans une Tribune appelle de ses vœux un changement radical. Il constate que des attitudes et des concepts s’imposent d’un coup dans le discours médiatique alors qu’ils étaient assez mal vus auparavant.

Plaidoyer pour un véritable changement

Par Henri Marteau


La critique du libéralisme a le vent en poupe. Souveraineté, indépendance nationale, protectionnisme, ces mots qui déclenchaient encore tout récemment les foudres dès qu’il étaient prononcés, les voilà maintenant soudain réhabilités jusqu’aux partisans de l’économie de marché, qui revoient leurs fondamentaux en pleine crise. «Je retourne ma veste, toujours du bon côté» : ces mots de Jacques Dutronc semblent avoir résonné dans la classe politique et médiatique. L’opportunisme a toujours existé. Pendant l’occupation, par exemple des français engagés avec Pétain dans la collaboration et sentant le vent tourner, tentèrent de se rallier vers la France Libre pour éviter d’avoir des comptes à rendre. Et comme dans toutes les périodes troubles, cette crise révèle le meilleur et le pire de la société.

La mondialisation se prend le mur de la réalité de plein fouet

Ce qui nous arrive est une rupture qui ne fait que prononcer l’acte de décès d’un modèle de production qui avait prouvé depuis longtemps sa nocivité, et dont les révoltes sociales et démocratiques de ces dernières années avaient montré qu’il était à bout de souffle. Faut-il mettre en cause la trop grande importance de l’intégration européenne ou au contraire la persistance des « intérêts nationaux » ? En réalité, ces deux phénomènes ne sont aucunement contradictoires : « intégration » n’étant pas synonyme d’entraide, et « intérêt national » ne signifiant aucunement repli sur soi.

La France des ronds-points en première ligne de front. Depuis le début du confinement, nombreuses sont les professions laissées pour compte qui s’étaient retrouvées sur les ronds-points et qui permettent aujourd’hui à la France de tenir. Tout le monde a les yeux braqués sur ces classes méprisées et mal payées mais qui sont indispensables : les personnels soignants, les paysans pour nourrir, les livreurs, les chauffeurs routiers, les éboueurs, les caissières de supermarché, les « technicien-nes de surface ». Et toute cette idée de « l’économie de la connaissance » ou de « l’économie numérique », s’est effondrée, sous nos yeux en quelques jours. Bref, le réel fait un retour brutal et impitoyable.

Le Covid-19 démontre que la souveraineté industrielle n’est pas un concept ringard mais une condition de la sécurité de la nation. Dans son intervention du 16 mars, le Chef de l’État précisait : « il nous faudra rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française et plus d’autonomie stratégique pour notre Europe. Cela passera par un plan massif pour notre santé, notre recherche.» C’est donc tout le contraire de ce qui a été fait depuis plusieurs décennies ! D’ailleurs, il n’existe plus de ministères de l’industrie et du commerce extérieur, cette compétence relevant désormais exclusivement de l’Union Européenne.

Penser le monde d’après

Dès que l’on sera dans le déconfinement, viendra le temps d’instruire le procès en incompétence des responsables d’aujourd’hui et d’hier qui nous ont amenés dans cette catastrophe sanitaire. Des collectifs de soignants, d’avocats, de citoyens ayant eu des victimes dans leur famille s’organisent pour cela.

Le 14 mars 1944, encore sous l’occupation, les mouvements de résistance qui allaient des gaullistes aux communistes ne voulaient pas revenir à la société d’avant-guerre, inégalitaire et brutale, une fois le pays libéré. Ils adoptèrent alors le Programme du Conseil National de la Résistance, qu’ils baptisèrent « Les jours heureux », celui-ci comportait deux parties :

  • La première concernait les mesures urgentes à prendre pour libérer le territoire.
  • La seconde était consacrée aux mesures à appliquer dès la libération du territoire et qui marqueront la France jusqu’à nos jours. Parmi les plus emblématiques d’entre elles, toujours d’une étonnante actualité, figuraient :

Représentation d’une certaine idée du journalisme

– La liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères.

– L’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie.

– Le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques

– Un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État.

– L’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage pour les paysans.

Il nous appartient d’écrire l’histoire

Comme hier les Résistants, n’est-il pas temps de penser dès maintenant à l’après confinement car le monde d’après ne pourra pas être comme celui d’avant. Il n’est pas souhaitable qu’il redémarre à l’identique. Ce sont les grandes crises qui révèlent les hommes et les femmes, qui font avancer l’histoire en cassant les rails de l’habitude sur lesquels roule le train de nos vies. Elles nous obligent à trouver des nouveaux chemins, à faire face à des situations en sortant des sentiers battus.

Comme hier les Résistants, c’est aujourd’hui à nous qu’il appartient d’écrire l’histoire qui nous enseigne qu’il ne faut jamais faire confiance à ceux qui ont provoqué les problèmes pour nous sortir de ces mêmes problèmes. Le désastre que nous vivons est un amoncellement de difficultés dues à un amoncellement de décisions prises durant les dernières décennies. Comme à la Libération, les Résistants avaient chassé ceux qui avaient conduit le pays au désastre, il faudra licencier les équipes en place. »


Les tribunes publiées sur leglob-journal sont libres et n’engagent que leurs auteurs.


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