« Soyons humainistes, de tout sexe et en fraternité » – Par Claude Goimard

La femme vue par Picasso - photo prise par leglob-journal a la National Gallery à Londres

Tribune – La place des femmes dans notre société. C’est en partant de cette actualité où les femmes, hélas, sont victimes de violences sexistes, de viols et d’agressions que ce texte a été écrit par Claude Goimard, et notamment après les plaintes déposées contre des hommes qui obtiennent malgré tout les honneurs de hautes fonctions comme celles de ministre de la République par exemple. Notre contributeur invente un nouveau concept – l’humainisme – pour nourrir des réflexions salutaires.


Par Claude Goimard


un belle lettre D sur eleglob-journal

Dans les médias qui trop souvent manipulent notre actualité, reviennent les mêmes sujets éculés mais qui témoignent cependant des travers récurrents de notre société. Et si parler des gens heureux ne fait certes pas recette, il est urgent de faire avancer des sujets qui s’opposent au bien-être de chacun. Ainsi va la Politique, pour une vie plus harmonieuse de la Cité.

On voit qu’aucun droit ni avancée n’est acquise. Il en est ainsi de l’avortement, ce droit des femmes à disposer de leurs corps dans les limites aussi du respect des droits de l’enfant conçu à revendiquer sa place au monde, mais sans pouvoir l’exprimer… Ce droit est de nouveau remis en cause aux USA, où l’influence insidieuse d’une religion parfois archaïque se fait de plus en plus sentir.

Il en va ainsi de la difficulté du genre féminin à faire aussi sa place dans un monde de tradition hélas un peu longue dans le machisme sinon le paternalisme. C’est donc ici l’objet de s’interroger sur ce que nous voulons vraiment changer au-delà de tous les -ismes qui souvent ne servent qu’à batailler, se séparer un peu plus, sans pouvoir mieux se comprendre et s’entendre.

Ainsi donc revient sur le tapis avec l’affaire Abad la question de la violence machiste à l’égard des femmes, avec cette fois le parquet de Paris qui ouvre une enquête. Après une période «Me Too» et un mouvement féministe revigoré qui a mis en lumière des faits inacceptables trop longtemps ignorés, les féminicides, souvent dans des couples en période de rupture, font toujours hélas la une des journaux.

Après une société très patriarcale, à peine remise en cause par l’aspiration à plus de liberté insufflée par Mai 68, avec comme paradigme une autorité plus partagée sinon plus reconnue dans un monde alors assez sclérosé où le Savoir, la Religion ou la Bonne Naissance assuraient encore leur domination au nom d’une Tradition peu remise en question …

Une femme, à cette époque, n’avait souvent signé aucun chèque en son nom propre, et si elle avait ses règles, elle devait faire profil bas à l’église, munie de son foulard, période que ceux qui fustigent le voile islamique ont du ignorer. Et s’il a fallu attendre 1945 ( France, pays des droits de l’homme sans doute ? Mais peu de la femme!) pour qu’elles aient le droit de vote, ce ne fût pas sans rechigner pour beaucoup de députés qui les trouvaient encore trop influencées par le noble ou le curé.

Certes beaucoup se sont depuis largement émancipées, ayant leur propre travail, leur budget, et l’avortement pour avoir plus le choix dans la gestion de leur propre corps, même si la contraception demeure de leur responsabilité avec une pilule pas toujours si bonne pour leur santé. Elles ont aussi largement contribué à l’essor d’une société libérale et capitaliste par des jobs pas souvent bien payés difficiles et dévalorisés (techniciennes de surface, infirmières, aide-soignante ou caissières… pour n’en citer que certains) sans oublier la charge des enfants et la gestion du quotidien familial (le ménage, les courses, la cuisine…) encore peu équitablement partagé.

On oublie ainsi que la Fête des mères (qui n’a pas été inventée par Pétain) pour célébrer toutes ces femmes de tout âge qui ont dû compenser par leur abnégation et leur courage l’absence de tous ces hommes au loin, prisonniers sinon morts, dans une guerre qui frappe somme toute les plus déshérités, n’est qu’une piètre reconnaissance passagère pour celles qui font ce job toute l’année. Mais la femme-objet reste bien présente en particulier dans la publicité pour faire vendre mieux voiture, chocolat ou bière où le langage subliminal est à peine voilé quant au coté sexuel invoqué.

De même l’archétype de la femme facile reste encore assez ancré quand l’homme à succès féminin fait plus figure de don Juan… Ainsi l’éducation apparaît comme le facteur essentiel pour éviter une dérive vers une guerre des sexes larvée, avec des faux semblants sinon pires portée par une pornographie virtuelle trop peu censurée et accessible au plus jeune âge sur le web. Si l’exemple d’une famille soudée, la notion d’un consentement clair et affirmé, le juste respect de son corps et de celui des autres, ne viennent pas contrebalancer une culture sans repères et sans philosophie pour y donner un sens, un axe et des limites qu’il est sain d’avoir, même s’il faut parfois les franchir pour s’affirmer et reconnaitre sa propre identité. Ainsi, pendant trop longtemps dans des domaines aussi variés que le sport, la danse, le cinéma, et la politique, la domination masculine a laissé passer des comportements odieux qu’une gente féminine a feint d’ignorer tout en portant une blessure difficile à soigner.

Les cas de viols, d’incestes voire au mieux de comportements inappropriés continuent d’éclabousser une société qui sans être puritaine a du mal à faire face à son incurie dans tout ce qui touche à une sexualité si souvent reléguée en tabou par une religion aussi hypocrite que peu avisée sur le sujet.

«La femme est l’avenir de l’Homme» avait chanté Jean Ferrat à son époque, pour contrebalancer cette domination masculine déjà très ancrée dans la société. Il percevait déjà que sans un apport plus conséquent de la féminité dans la vie publique, on risquait de la vouer plus à la violence, à la compétition qu’à la fraternité. Et d’autres sont intervenues comme Anne Sylvestre pour démystifier l’image d’Epinal de la Eve tentatrice dans le jardin d’Eden qui serait la source de tous les maux endurés par un Adam, dindon en quelque sorte de cette mauvaise farce. Et je n’évoquerai pas le symbole de la Vierge Marie ou de Marie-Madeleine, débat théosophique trop sujet à controverses pour être abordé sereinement.

Non, pour conclure, je dirais que l’effet de balancier passé, un équilibre certes fragile sera à trouver entre les deux composantes de notre humanité duelle. Le Yin et le Yang fort bien expliqués dans la voie du Tao chinois peuvent nous aider à retrouver une certaine complicité et complémentarité pour un avenir réellement partagé où chacun aura sa voix sans domination ni prise de pouvoir exagéré.

Ainsi des thérapies corporelles sont proposées pour retrouver pour chacun son unité, guérir des blessures d’enfance parfois bien enracinées et avoir ainsi un comportement plus serein et réconcilié avec l’autre sexe qui n’est que le miroir de sa propre humanité. Aussi après avoir été féministes pour affirmer et défendre la féminité bafouée, soyons humainistes, juste pour aspirer à devenir des humains de tout sexe, vivant en fraternité. ◼


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