Un candidat validé LREM 53 « écarté de la liste de Philippe Henry par Jean Arthuis »

Quand l’ancien député européen « écarte un candidat LREM 53 » sur une liste en Mayenne, en contournant les décisions des instances départementales de LREM et bloquant sa candidature… C’est ce que dénonce Rénald Bisson qui avait été pressenti, validé en Mayenne, puis qui finalement sera écarté, pour rejoindre la liste de Philippe Henry, maire sortant de Château-Gontier. Récit d’un « revirement de situation » vécu comme « une discrimination »…

« C’est de la vieille politique »

Par Thomas H.


« Bon courage pour la suite… » lui a dit, laconiquement, avant de le laisser franchir la porte, l’homme politique de premier plan qui, en Mayenne, avait soutenu dès le début Emmanuel Macron. Cela se passe le 11 décembre 2019.
Rénald Bisson rencontre Jean Arthuis, l’ex-député européen grâce à qui, depuis la fin octobre, se tracte, par son intermédiaire, un rapprochement entre LREM et le maire de Château-Gontier qui finalise la composition de sa liste. Objectif : « y faire entrer quelques marcheurs » parce que Philippe Henry avait «non -officiellement, mais soutenu tout de même, Emmanuel Macron ».

« Nous étions trois potentiels à pouvoir prétendre aller sur la liste de Philippe Henry. Dans le Sud Mayenne, LREM est forte d’une trentaine d’adhérents dont cinq actifs… » raconte Rénald Bisson qui est bien conscient de la difficulté pour le parti d’Emmanuel Macron d’arriver à se structurer correctement en Mayenne.

« Au tout début, dans cette affaire, cela s’est bien passé. Jean Arthuis jouait les entremetteurs avec Philippe Henry. Il a fait ce qu’il avait à faire ». Le 16 octobre, réunion avec Jean Arthuis pour nous annoncer ce qu’il en était ressortit : «L’ancien député européen nous dit que ce sera deux hommes. Nous devons alors réfléchir aux projets qu’on pouvait amener à Philippe Henry et d’envoyer nos CV… ». Et le 24, au cours d’une autre réunion toujours avec Jean Arthuis, il leur est annoncé qu’il « il n’est plus question que d’un candidat sur deux, et éventuellement une femme supplémentaire sur Château-Gontier ». Rénald Bisson ne sait pas dire s’il s’agit du choix de Jean Arthuis ou du maire. Il ajoute que selon lui « Normalement, c’est Philippe Henry qui décide… ».


Rénald Bisson au centre. Entouré de gauche à droite par Kris Sockalingum au deuxième rang et Benoit Lebreton qui fait le V de la victoire – au Square de Boston à Laval

Fort de ce choix « Il a fallu vite désigner la personne concernée. Puisque le 28 octobre, une réunion du comité politique de la LREM 53 (Copol 53) devait se tenir. » L’ordre du jour était important : il s’agissait de désigner les chefs de files pour Laval et Château-Gontier. « Il leur fallait absolument un nom et cela a été moi… je devenais chef de file pour Château-Gontier et candidat pour la liste de Philippe Henry.»

« Jusque-là tout allait bien » note Rénald Bisson. Il est, comme il le dit, candidat « de base »… d’autant que Arnaud Thorigné l’autre candidat potentiel lui avait écrit et l’encourageait : « je ne vois pas de problème à ce que cela soit toi… Tu as mon soutien sans aucune défaillance. Je pense que ton ancrage sur le pays de Château-Gontier est l’un des atouts à mettre en avant ».

« Je veux absolument vous voir »

Le 14 novembre, rencontre avec Philippe Henry : « Mon collègue Arnaud m’accompagne et on nous explique comment cela va se passer… Je lui dit que j’ai été désigné par LREM pour être sur sa liste. Philippe Henry ne trouve rien redire. Simplement qu’il me connaissait plus… Je devais être contacté par Vincent Saulnier pour faire des réunions préparatoires au projet. Nous échangeons donc nos coordonnées ».  

Mais fin novembre, Rénald Bisson n’a toujours pas de nouvelles de Vincent Saulnier. Il rencontre Philippe Henri sur une manifestation, il est correspondant du quotidien local, et le maire s’étonne de ne pas encore l’avoir vu aux réunions. « Oui effectivement je n’ai pas été contacté… » Le maire de Château-Gontier lui rétorque : « Je vais en parler à Vincent Saulnier ». Ce dernier redemande les coordonnées à Rénald Bisson. « Des fois qu’il les aurait oubliées en chemin ! » ironise-t-il.

« Entre temps le Copol 53 avait validé ma désignation comme chef de file qui normalement devait être entérinée à Paris par les instances parisiennes. » Rénald Bisson devenait l’équivalent de Vincent D’Agostino sur Laval. Il raconte une certaine impatience, tout en gardant la tête froide, certain de sa désignation officielle. Mais rien ne vient.

Le 11 décembre, c’est Jean Arthuis qui le contacte : « Je veux absolument vous voir… et là, il me dit « en fait vous êtes deux candidats sur la liste de Philippe Henry. » Je lui dit, c’est bizarre il n’en voulait qu’un. Avec un verre de whisky sans doute pour mieux me faire passer la pilule, Jean Arthuis me rétorque : eh bien oui justement : il n’en veux qu’un mais comme, euh… Mais comme, vous voyez, vous êtes employé et Arnaud Thorigné étant cadre… vous comprenez, quoi… » Rénald Bisson dit « halluciner« . Mais il ne peut rien dire sur le coup, tant la claque qu’il vient de se prendre est forte. Jean Arthuis que leglob-journal a contacté soutient que « C’est une invention ! je récuse ce propos! dit-il Je ne rentre pas dans ce jeu, c’est une réaction qui est disqualifiante. Une pure invention abjecte ! Ce propos je ne l’ai jamais tenu… ce n’est pas du Jean Arthuis! »

Le SMS de Rénald Bisson envoyé à Jean Arthuis, le 13 Décembre 2019

Rénald Bisson se voit aussi rappelé son passé par l’ancien président du Département de la Mayenne «Vous avez été élu municipal à Laigné, cela s’est pas très bien passé, n’est-ce pas ? » lui demande Jean Arthuis. Rénald Bisson avoue ne pas avoir été toujours d’accord avec les projets du maire, mais toujours de façon républicaine et qu’il était allé « sur une liste face à l’adjoint sortant. Peut-être qu’il y a des rancœurs quelque part. Mais peu importe... » L’adjoint sortant est aujourd’hui maire délégué du Pré-d’Anjou, la commune nouvelle réunissant Ampoigné et Laigné. « J’ai appris que ma candidature à Paris avait été bloqué par Jean Arthuis. raconte froidement Rénald Bisson. Un jour, il monte à En Marche et la personne qui s’occupe des désignations lui demande ce qu’il se passe à Château-Gontier, qu’il a reçu une candidature, la mienne et Jean Arthuis l’a bloquée…  Je l’ai appris par une autre personne qui m’a expliqué ce revirement de situation… et ce blocage sur ma personne…»

Jean Arthuis n’a pas infirmé ni confirmé. C’est Olivier Lohéac, le référent départemental de LREM en Mayenne qui apporte la certitude. Il a su que Jean Arthuis avait « bloqué Rénald Bisson« . Ne voyant rien venir de Paris, il avait pris son téléphone pour demander à la commission nationale d’investiture où on en était. Et « c’est là que j’ai appris que Jean Arthuis était intervenu pour écarter sa candidature« . Le référent 53 ne croit pas en revanche que Jean Arthuis ait pu prononcer de tels propos discriminatoires sur l’emploi. Quant au choix qu’il a opéré : « Il a dû vouloir jouer la sécurité en écartant Rénald en raison de son passé à Laigné et en choisissant Arnaud qu’il a considéré plus lisse entre guillemets. Du coup et c’est dommage, ajoute Olivier Lohéac, Paris n’a pas tranché et personne n’est officiellement investi LREM sur Chateau-Gontier… »

« Désormais, c’est Arnaud Thorigné qui fait partie de la liste de Philippe Henry. Il est en 29 eme position. Il est cadre dans une entreprise laitière et moi je ne suis qu’employé au U express de Château-Gontier ; je fais la mise en rayon, je tiens la caisse, je suis dans la polyvalence… D’ailleurs quand je suis ressorti de l’entretien avec Jean Arthuis, je me suis dit que je devais manquer de cerveau…

j’ai ensuite appelé Philippe Henry qui m’a dit ne pas savoir ce qui s’était passé. Et j’ai écris le 13 décembre un message SMS à Jean Arthuis : il n’a pas aimé… Il a trouvé ça « offensant », c’est que m’a rapporté une personne de mon entourage… »

Jean Arthuis nous a confirmé avoir reçu ce SMS auquel il dit n’avoir pas répondu, le trouvant  » totalement déplacé« . « Je ne veux pas polémiquer, rajoute-t-il, avec monsieur Bisson. Je lui ai dit ce que j’avais à lui dire, la condition de cadre ou d’employé n’a rien à voir, c’est simplement en référence à son expérience à Laigné. » Quant à Philippe Henry, il a déclaré au Glob-journal : « Je valide le choix de Jean Arthuis, parce que je note qu’actuellement des éléments comme la présence de Rénald Bisson sur une liste aux cotés d’un anti-européen de l’UPR me conforte que le choix opéré par Jean Arthuis avait été le bon. Les deux profils sont différents. Arnaud Thorigné, au delà d’être cadre, a aussi un profil de technicien intéressant pour ma liste... »

Aujourd’hui Rénald Bisson garde le sourire, quand il raconte cette histoire. Discrimination en apparence. Mais il conserve tout de même « beaucoup d’amertume et d’incompréhension ». Il questionne sans pouvoir apporter de réponse : « Je ne comprend pas pourquoi il y a eu un blocage sur moi… » Rénald Bisson qui s’en est remis est, finalement, sur la liste de Thomas Richou, le tête de liste face à Philippe Henry. En onzième position, souligne-t-il « beaucoup mieux placé alors qu’Arnaud Thorigné, « le cadre » est en 29 ème place sur 35 » .

« L’employé du U express de Château-Gontier » a mûri très longtemps son envie de révéler ce qu’il a vécu. Une histoire « d’un autre temps ». Il avait voulu contacter leglob-journal dès le 15 décembre 2019 soit quelques jours après avoir vu Jean Arthuis. Il ne le fait qu’aujourd’hui, sur conseils et parce que les listes sont déposées et officialisées par la Préfecture. Pour témoigner et dire l’emprise de Jean Arthuis sur la politique, LREM et LREM 53. Révéler pratiques et travers. « L’ancien eurodéputé » n’esquive pas et répond :  » Je suis comme Monsieur Bisson membre de la République en Marche et je ne revendique pas plus de droit que lui, mais je n’ai pas l’intention non plus de ne pas assumer mes responsabilités… Quant au fait qu’il réagisse comme cela me confirme l’opinion que j’avais de lui… »


Photo de Une Rénald Bisson


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Vous avez commenté cet article :

  1. Bonsoir
    Je suis triste que ça se soit passé aussi.
    Je n’ai pas participer aux négociations pour cette élection .
    Malgré ce qui s’est passé il faut que j’arrive à conserver la coordination du petit groupe d’actifs de la République en marche sud-Mayenne.
    Il faut continuer l’ancrage malgré l’adversité.
    Benoît Lebreton animateur local Sud-Mayenne

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