Un écocide inconscient ! – la lettre ouverte aux mayennais du Collectif Bocage 53

Écocide ? Le mot est fort, mais le Collectif Bocage 53 l’assume. Il préconise le rejet des PLUi (Plan local d’urbanisme intercommunal) par les autorités car ils passent à côté des enjeux du futur : climat et biodiversité. « L’écosystème bocager est en danger imminent d’anéantissement avec ses fonctions vitales dont nous dépendons : puits de carbone (climat), biodiversité, ressources en eau et protection des sols » estime le collectif mayennais qui ajoute que « cet écosystème constitue notre patrimoine commun, socle et écrin de la pérennité de nos activités et de l’attractivité de notre département ». D’où cette lettre ouverte aux mayennais.

Nous, Mayennais, Soyons lucides

Par le Collectif Bocage 53


18 000 kilomètres de haies détruits entre 1990 et 2018 soit 600 kilomètres par an ! 31000 résiduels (Sources DDA et Point info bocage). Depuis les années 90, nous sommes passés de 125 m de haies à l’hectare, à tout juste 70 m aujourd’hui soit 44 % en moins !

Or un kilomètre de haie, ce sont cinq tonnes de CO2 capturées par an (réf. Mission-Bocage Mauges) et dix couples d’oiseaux nicheurs soit un million d’oiseaux (parents et nichées) perdus sur 18 ans… Plus toutes les autres espèces qui s’éteignent par destruction des habitats, des ressources alimentaires et l’action des pesticides…

Un exemple récent de destruction de haire en Mayenne – © Bocage53

Voici encore des chiffres accablants : 52% des prairies ont disparu, 25 000 hectares de surfaces ont été urbanisées, imperméabilisées (source Agreste). Et pourtant les PLUi considèrent le bocage comme étant toujours dense…La photo n’a-t-elle pas changée depuis 15 ans et les derniers POS ? La cinétique de dégradation est pourtant patente! Déni de réalité, perte de l’expérience de nature, et amnésie environnementale?

Manifestement le bocage est encore une fois l’éternel sacrifié : l’occasion est manquée !

En 150 ans environ, l’Humanité a effacé les 400 millions d’années antérieures qui lui avaient permis d’émerger, il y a environ 7 millions d’années, grâce au puits de carbone induit par la photosynthèse bactérienne et végétale présente depuis 3,5 milliards d’années sur la terre née, elle, il y à 4,5 milliards.

A n’en pas douter, les Plans locaux d’urbanisme intercommunaux (PLUi) déjà validés ou en cours d’élaboration vont contribuer à pérenniser cette destruction et pire, l’aggraver, à l’exception notable du PLUi Mayenne Communauté.

Ils se font ainsi les instruments d’une composante de la déforestation mondiale et du déséquilibre entre émission (énergies fossiles surtout) et captage du CO2 (puits de carbone) aboutissant au réchauffement climatique et à l’effondrement de la Biodiversité. Ainsi au regard de cet état critique, tout kilomètre supplémentaire de haie détruite ne peut qu’accentuer inexorablement cette situation.

Alors, dans quinze-vingt ans, lors de la révision des PLUi, peut-on accepter qu’il n’y ait plus besoin de parler du bocage puisqu’il n’existera plus ? Et quid de notre cadre de vie ?

La préfecture rappelle dans son avis le plancher des 70 mètres/hectare de Surface agricole utile (SAU) pour les haies à préserver par commune. Dans une des communautés de communes, le mot « Bocage » ne figure même pas dans le sommaire de deux pages d’un « diagnostic territorial initial provisoire » comptabilisant 206 pages au total, pourtant « photographie » cruciale à la base de la réflexion des élus. 

Que penser des PLUi validés ou en cours de validation ?

Dont acte! Les aspects démographiques, urbanistiques et économiques sont riches d’informations. Pourtant, les aspects environnementaux sont négligés, méprisés alors que la dégradation est patente!

La notion de puits de carbone (photosynthèse végétale = haies, prairies) est quasiment absente alors que globalement la Mayenne produit annuellement quatre fois plus de CO2 qu’elle n’en capture. La Biodiversité, patrimoine Commun de la Nation, est évoquée pour verdir les documents mais il n’y a aucune donnée documentée or c’est une peau de chagrin et sa réglementation est ignorée (loi de reconquête, 2016)

Les inventaires bocagers sont indigents. De plus, 40% des haies sont jugées indignes d’intérêt écologique sur la base d’une typologie arbitraire et subjective d’ailleurs dénoncée par les autorités ou des organismes compétents comme la Direction Régionale Environnement Aménagement Logement (DREAL), le Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE), le Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) sans grand effet malheureusement. Or toute haie est un « site d’intérêt écologique », qualité confirmée par la PAC.

Les Trames verte et bleue (TVB) sont utilisées comme propos verdissants ou déclaration d’intention sans traduction concrète cartographique dans les documents comme la loi Grenelle 2 l’exige. Les Zones humides ne sont que partiellement recensées et protégées bien que clés de la ressource en eau !

Pourtant la Mayenne est un des rares départements qui possède des cartes pédologiques précises pour chaque commune. La consultation des sites internet des bureaux d’études mandatés, à la lecture de leurs philosophies, méthodes et compétences, autorise à se demander comment ils ont pu contribuer à produire de tels documents. Le décalage est patent entre les intentions affichées et la réalité du contenu des PLUi inadaptée aux enjeux du futur (climat).

Les PLUi : la voie ouverte à une beaucification

La sémantique est incohérente, elle est même contredite par les illustrations et parfois –inconsciemment et tragiquement – significative : « paysage de pénéplaine cultivée animé par les restes d’une trame bocagère ». Au final tout cela confine à du verbiage, du remplissage verdissant. De plus, l’iconographie illustre la dégradation et contredit la conclusion : « bocage encore dense » !  Il y a prééminence du code de l’urbanisme (art L.102-2) répétée à l’envie par les cabinets d’études sans contrôle (?) des élus.

Les plateaux bocagers (!?) de la Jouanne et du Vicoin – © Bocage53

Quid du code de l’environnement, des lois Grenelle (Trame Verte et Bleue), de la loi de 2016 (reconquête de la biodiversité et préjudice écologique), du Schéma régional de cohérence écologique (SRCE), des Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE), du Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) qui s’imposent aux PLUi ?

Soyons lucides, agissons, il n’est pas – encore – trop tard !

Nous, Mayennais, nous contribuons PASSIVEMENT par ignorance, inconscience, indifférence, insouciance ou ACTIVEMENT par déni, aveuglement ou actions prédatrices irresponsables à cette destruction du bocage et du cadre de vie mayennais, ce BIEN COMMUN s’il en est.

Répétons-le, cette destruction fait disparaître des composantes fondamentales  comme les puits de carbone, la biodiversité, la préservation de la ressource en eau et des sols, dont nous dépendons pour répondre aux enjeux du futur et de l’avenir de nos enfants. Nous devons « préserver, entretenir et restaurer » le bocage et non se contenter d’ « éviter, réduire et compenser », ce qui est une doctrine obsolète.

Alors tous, élus, autorités, collectivités, institutions, associations, agents économiques, simples citoyens consommateurs et contribuables, chacun conscient de sa part de responsabilité et de ses possibilités d’action, réveillons-nous !

Le plateau bocager entre Erve et Vègre – ©Bocage53

Demandons le rejet en l’état des PLUi par les autorités considérant la partialité du choix du Droit applicable, l’indigence des états des lieux bocagers, leur non-prise en compte du nécessaire développement du puits de carbone ainsi que de la non moins nécessaire reconquête de la biodiversité (Loi de 2016).

Revoyons le volet environnemental, tous acteurs confondus sur la base de méthodologies pertinentes et harmonisées permettant l’acquisition de données-terrains objectives sur la biodiversité. Puis élaborons les réponses qui construirons notre avenir car adaptées à l’urgence climatique et à la préservation de la biodiversité absentes des PLUi actuels.

Cette phase de révision devra traduire la modification radicale de notre rapport au bocage et au monde. Nous en sommes une des espèces hôtes, nous l’habitons. Pour cela une véritable révolution copernicienne est nécessaire pour aboutir à considérer le bocage –la biosphère– comme la fondation, le socle, l’écrin et non la cage du développement de nos activités – la technosphère – et nous permettre ainsi de progresser autrement, et non plus la variable d’ajustement et la victime de nos ambitions prédatrices, irresponsables et inconsciemment mortifères.

Agissons pour réconcilier l’Humanité et la Nature et faire de ces PLUi une référence humaniste, écologiquement, économiquement et socialement exemplaire préservant notre Bien commun et donc nôtre futur, et non le symbole d’une fuite en avant extravagante pour un modèle de société obsolète où la « technosphère » ravage la « biosphère ».

Ainsi s’exprimaient en 1972, Barbara Ward et René Dubos dans leur Rapport de la conférence des Nations Unies sur l’environnement humain : « Nous n’avons qu’une seule terre : Faut-il donc admettre que notre planète, avec ses ressources précieuses, irremplaçables, limitées pour l’air, l’eau, la terre va s’effondrer sous l’effet d’une pression croissante et irréversible. Les deux mondes de l’Homme, la biosphère dont il a hérité et la technosphère qu’il a créée sont en déséquilibre et virtuellement en conflit. Tel est le tournant de l’Histoire où nous nous trouvons ; nous allons au-devant d’une crise plus subite, plus globale, plus inévitable et plus déroutante que toutes celles que notre espèce a déjà traversée. Et les enfants qui verront cette crise entrer dans sa phase décisive – ces enfants-là sont déjà nés ».

L’actualité démontre, malheureusement, que rien n’a suffisamment changé depuis cette alerte datant de 1972. La Science nous éclaire, Cassandre ! disent certains ; funeste contresens : on ne l’entendait pas, mais elle avait raison!

En refondant ses PLUi, La Mayenne peut et doit se poser en championne de cette révolution : un atout majeur pour son image, son attractivité et son avenir, à la fois écologique et économique!


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Ils ont commenté cet article :

  1. Il y a des subventions pour abattre les haies …
    Il y a des subventions pour replanter des haies
    A la Baconnière la destruction des haies et le drainage des prairies humides ont eu comme conséquence de tarir des puits qui avaient de l’eau depuis des siècles lors des épisodes de sécheresse
    Sur La Bigottière les haies ont été rasées puis replantées …
    Les vaches sont soumises à des épisodes d’insolation car il n’y a plus d’ombre pour les protéger
    Où peuvent bien nicher les chouans qui nous débarrassent des rongeurs ?
    Faire et défaire c’est toujours travailler
    Ne demandez surtout pas à un énarque inspiré et omniscient de faire fonctionner son seul et unique neurone.

  2. Le massacre continue et ce même dans le périmètre Natura 2000 où des kilomètres de haies ont été arrachées en toute impunité…

  3. Tout a fait en accord avec ce texte mais malheureusement, après la lecture du livre Le Bug humain, l’espèce humaine n’est jamais rassasiée et en veut toujours plus à cause de son striatum, partie du cerveau sous le cortex. Ce striatum nous pousse à vouloir toujours plus, toujours plus, toujours plus et en ce moment la priorité est axée sur les énergies renouvelables, donc plus d’éoliennes, plus de bois déchiqueté, plus de panneaux solaires… Notre intelligence a submergé notre conscience.

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