Un médecin lavallois : « on est parti pour un marathon, pas pour un sprint »

Paroles de médecin à Laval

Par Thomas H.


« Depuis dimanche 15 heures, j’ai la liste devant moi. Il y a eu 208 personnes qui ont été testées à l’hôpital dont 25 de façon positive…» explique ce médecin lavallois qui souhaite garder l’anonymat. « Cinq cas parmi les plus graves atteints par le Covid-19 ont été admis en réanimation. Le plus jeune a 24 ans, ajoute-t-il, sans plus de détail. Le plus ancien 83 ans ». Un virus qui n’épargnerait personne donc et va, plus on avance dans la pandémie, à l’encontre des idées reçues, notamment sur l’âge.

Nous savons depuis, que « le plus ancien » dont il est fait référence dans les propos de ce professionnel de santé s’appelle Jacques Favelin. Il fut conseiller municipal sous François d’Aubert et président de l’Orpal. Il est décédé après voir contracté le virus.


Huit sites dédiés aux COVID 19


Du coté de l’hôpital de Laval on ne communique pas. On n’infirme ni ne confirme ces informations chiffrées. On renvoie vers l’agence régionale de Santé (ARS ) de Nantes. Son service de communication en réponse à nos questions précises, nous envoie un communiqué officiel. Sur son site, on peut lire néanmoins : « Afin d’assurer une réponse d’accès aux soins, sûre et de qualité, pour la population de la Mayenne, une organisation dédiée pour les patients touchés par le « COVID 19 », va être déployée ce lundi 23 mars 2020. Portée par les professionnels de santé de la Mayenne, des consultations médicales « Covid-19 » seront ouvertes pour l’ensemble du département au sein de sites dédiés. Les huit sites dédiés aux consultations COVID 19 sont équipés pour recevoir les patients sur rendez-vous et faciliter l’exercice des médecins volontaires de cette organisation.»


L’IRM « déménagé » en 2017, le centre ambulatoire Covid-19 a pris sa place en 2020 – © Archives leglob-journal

Et justement « Depuis lundi [23 mars 2020, NDLR], les anciens locaux qui accueillaient les malades pour une IRM, ont été transformés pour réceptionner les patients dont on soupçonne la contamination » explique le médecin lavallois. Un « protocole mis en place permet d’hospitaliser le cas échéant dans le bâtiment central les personnes testées positives, si c’est nécessaire, en les isolant donc dans un premier temps» dans des bâtiments qui étaient désaffectés jusque-là. Une « cellule ambulatoire » finit-on par reconnaître du coté du service de presse de l’hôpital de Laval qui reprend simplement le communiqué de l’ARS.

Le médecin est confiant : il sait que « la réa a plus que triplé sa capacité d’accueil en places passant de huit à trente, avec la possibilité d’intuber trente personnes s’il le faut… » Le virus provoque parfois des gênes respiratoire très importantes qui peuvent entraîner la mort, d’où la nécessité d’avoir recours à des respirateurs. Mais l’ARS rappelle que « près de 85 % des patients touchés présenteront des formes bénignes de la maladie. »


Une « ville respectueuse du confinement »


Pour ce jeune médecin, nous sommes dans une « ville où l’on respecte plutôt bien le confinement » et pour lui, c’est un plus. Il estime que « le masque est utile pour aller faire les courses en supermarché ». Il le porte pour diagnostiquer un patient et se lave très régulièrement les mains avant et après la consultation. « Je n’examine personne sans le masque et sans désinfection des mains. Ainsi je ne tombe pas malade en ayant diagnostiqué…»

« On donne un masque au patient, quand il rentre chez lui … et si on en pas, celui qu’on fabrique chez soi, c’est toujours mieux que rien !» lance-t-il sans trop porter de jugement sur la polémique autour de la pénurie de masque en France. Pour sa part, il porte un masque qu’on appelle « canard », c’est-a-dire, un masque FFP2 qui «limite un maximum les fuites. » Le FFP1, c’est à dire « le masque chirurgical classique » bleu-vert immortalisé au cinéma ou dans la littérature policière, « nécessite des ajustements pour éviter les fuites parce que ceux qui sont amenés à les porter n’ont pas l’habitude… »


Personnels de santé lors d’une manifestation pour défendre l’Hôpital de Laval en novembre 2018 – © Archives leglob-journal

Le jeune médecin généraliste « aimerait bien faire de la médecine comme d’habitude », mais la pandémie de Covid-19 l’oblige, hélas, à bouleverser ses habitudes médicales. Il explique faire beaucoup de consultations par téléphone, mais « cela ne remplace pas la consultation physique en cabinet avec la possibilité de prise de tension, et d’examens précis… ». Une limite à la télémédecine?

Quand on lui pose la question du traitement à la chloroquine préconisé par le Professeur Raoult qui s’appuie notamment sur les expériences menées par les chinois, il rétorque : « Toutes ces théories chinoises se fondent sur des preuves in vitro, pas in vivo, sur des vrais patients… J’ai lu l’article écrit par les chinois sur les expériences qu’ils ont menées et je n’ai pas trouvé de quoi alimenter mon avis de façon précise... »

Le professeur Raoult a quitté très récemment le comité scientifique qui conseille le gouvernement et le Président Français. Sur cette « sommité de la recherche en France » le médecin lavallois estime qu’il « n’est pas n’importe qui… Il a la reconnaissance des ses pairs et vous savez bien que les querelles entre professeurs cela a toujours été le cas et tant mieux ! C’est comme cela aussi par le débat d’idées et avec la confrontation entre chercheurs que l’on fait progresser la recherche médicale… Mais l’essai clinique qui va être réalisé en France sur 800 patients sous la houlette de l’OMS et en partenariat avec l’Institut Pasteur et le CNRS est une très bonne chose. Dans cette affaire d’utilisation de médicaments existants contre le paludisme et contre les rhumatismes, et utilisés pour combattre le Covid-19, il faut examiner bien évidemment toutes les hypothèses…»


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  1. Soutenons les blouses blanches envoyées au front

    Suivant la logique de l’austérité budgétaire, depuis 20 ans, les gouvernements successifs ont cassé l’hôpital public en supprimant 100 000 lits. Il y a des grèves dans les hôpitaux depuis un an, 40% des postes de médecins et 30% des postes d’infirmières sont vacants.

    Réunis dans un collectif nommé C 19, plus de 600 médecins ont porté plainte contre l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn et le premier ministre Édouard Philippe qu’ils accusent de «mensonge d’État» dans leur gestion de la crise d’épidémie de coronavirus. Ce collectif ont pour ce faire saisi la Cour de Justice de la République, seule juridiction habilitée à juger les actes commis par les membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions.

    Pour ces médecins, le gouvernement était au courant des dangers liés à l’épidémie mais n’a pas agi suffisamment tôt ni pris les bonnes mesures, notamment le stockage de masques de protection pour les personnels soignants et la mise en place de tests systématiques, qui aurait permis d’isoler les « porteurs sains » capable de contaminer plusieurs personnes.

    Soutenons par la force populaire cet acte courageux et nécessaire. Ainsi, nous souhaitons participer à la dénonciation des mensonges, de l’amateurisme et de la médiocrité de nos dirigeant-es qui ont conduit à la gestion calamiteuse de cette crise sanitaire et à un scandale d’État. Par nos voix, nous ferons bloc derrière nos courageuses blouses blanches, envoyées sur le « front de guerre » sans matériel et par nos voix nous exprimerons notre exigence de vérité face à l’intolérable.

    Signer et partager cette pétition c’est faire acte d’union citoyenne en sublimant leur courage : http://chng.it/kGMLNygDYF

    Vive les blouses blanches !

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