Méthaniseur de l’Huisserie : «une usine sur un chemin de randonnée»

Une consultation du public se déroule sur la commune de l’Huisserie depuis le lundi 5 novembre 2018 et jusqu’au lundi 3 décembre 2018, concernant la demande d’enregistrement présentée par la SAS Méthagri Sud Laval en vue d’exploiter une unité de méthanisation au lieu-dit la Grande Lande à l’Huisserie. Des remarques ont été faites, elles vont toutes dans le sens d’un certain refus. La société à l’origine du dossier déposé en Préfecture annonce vouloir valoriser « 30630 tonnes par an de biomasse, un gisement apporté par 13 exploitations situées dans un rayon de 15 kilomètres autour du site. » Peu d’intervention citoyenne : seule une poignée de remarques ont été inscrites à la date du 19 novembre 2018 sur le registre ouvert au public et qui sera ensuite envoyé au Préfet par la mairie.

Par Thomas H.


Le futur méthaniseur peut-on lire dans le dossier de la SAS Méthagri Sud Laval « est distant de 900 mètres de la [rivière] Mayenne ; il est situé à une altitude de 50 mètres plus élevé que le niveau de l’eau de la rivière » écrit la société qui regroupe une douzaine d’agriculteurs. C’est le seul bémol environnemental annoncé par les demandeurs ; le reste plaide pour l’installation de cette unité qui s’inscrit dans le mouvement actuel de la création de systèmes devant générer des énergies renouvelables. Les promoteurs l’écrivent d’ailleurs : « Le site injectera du biométhane dans le réseau de distribution de gaz. Ce constat confère la qualité de service d’intérêt collectif au projet de méthanisation, conformément aux recommandations de la DDT. » Un label de vertu, donc.

Ceux qui proposent de s’installer à la Grande Lande à l’Huisserie, pas très loin d’une zone artisanale en développement, située à environ 350 m à l’Ouest du site, avancent le fait que « L’installation est considérée comme agricole car son capital est détenu à plus de 50 % par des agriculteurs et que plus de 50 % des intrants sont d’origine agricole. ».

De l’autre coté, les remarques des habitants inquiets, vont toutes dans le même sens, relevant des risques industriels et la « grande proximité des lotissements » ce qui met « en danger la population » en raison de « la pollution de l’air, des sols , des eaux. » qui sera générée.

Pour cet habitant, c’est simple : «  Le méthaniseur expose à un danger sanitaire majeur en cas explosion et à des nuisances chimiques ». La SAS Méthagri Sud Laval écrit à ce propos, en minimisant les risques, mais sans les exclure, qu’« en cas d’explosion dans le digesteur par surpression [Digesteur : réacteur à biogaz ; en fait la cuve utilisée dans le processus de méthanisation. Nom donné au réacteur chimique où se déroule la fermentation des déchets, NDLR] , les vitres situées à 140 mètres pourraient être brisées. Dans le cas d’un fait identique dans le post-digesteur, la distance d’impact est descendue à 123 mètres. »

Avis citoyen

Certaines personnes qui ont pris le temps de venir en Mairie pour donner leur avis, s’exprimer sur un dossier qui les concerne, le tout de façon citoyenne et engagée, ont pris le soin aussi de dactylographier leurs remarques.

Un méthaniseur « aux portes de l’Huisserie »… – © leglob-journal

Des remarques teintées de craintes et de rejet, qui reviennent souvent et que balayent la SAS Méthagri Sud Laval dans son dossier que leglob-journal a pu consulter en mairie : « Le site a été conçu de manières à limiter et maîtriser les nuisances et rejets. En particulier, le site n’induira pas de rejets dans les eaux superficielles, les sols ou l’air en dehors des eaux pluviales propres et des gaz de combustion. Ces rejets resteront dans tous les cas peu significatifs : les rejets de « offgaz » contiendront essentiellement du dioxyde de carbone, et de faibles concentrations en méthane.

De même les nuisances sonores seront limitées et impacteront uniquement le site et ses abords immédiats. (…) On rappellera enfin que le site est situé dans un secteur agricole ; les installations seront situées à plus de 200 m des premières habitations. Aussi la réalisation d’un état initial par une campagne de prélèvement ou un jury de nez ne se justifie pas. »

Coté bruit, il est question d’une rotation de poids lourds sur une toute petite route, ce qui fait dire à un habitant que « 26 camions par jour n’apparaît pas comme étant un risque avec un « impact globalement faible« » comme le stipulent les organisateurs du projet.

«Un rejet atmosphérique non négligeable»

A la connaissance des 13 agriculteurs regroupés dans la SAS Métahagri Sud Laval, « aucune plainte n’est rapportée pour des nuisances olfactives provenant d’activités agricoles ou industrielles dans le voisinage du site. Compte tenu des mesures préventives et curatives qui seront mises en place, le projet n’est pas susceptible d’entraîner une augmentation des nuisances odorantes. »

Mais au fait le méthaniseur sera-t-il inséré correctement dans le paysage ? Et est-il vraiment à sa place sur ce terrain? « Le projet se compose de plusieurs bâtiments de réception, de stockage et de bureaux et aussi de cuves cylindriques semi-enterrée tantôt en béton banché, tantôt habillées en bardage métallique. Une haie bocagère qui atteindra la hauteur des bâtiments à long terme, sera plantée sur toute la périphérie du site. »

Il est aussi question d’une « cheminée d’une hauteur par rapport au sol de 6 m avec un diamètre interne du conduit de 0,25 m. » La température des gaz émis sera d’« environ 150 ° C avec une vitesse des gaz supérieure à 5 m. (…) Le site sera équipé d’une torchère implantée à plus de 10 m des digesteurs et des limites de propriété. Celle-ci sera utilisée pour brûler le biogaz  (…) quelques dizaines d’heures dans l’année (l’objectif est de valoriser le biogaz en injection, et non de le détruire en torchère) »

Sur ces photos insérées dans le dossier du pétitionnaire, il est possible de se faire une idée de l’impact sur le paysage. Mais on ne distingue pas très bien la cheminée en question.

Avant…
Après … – Photos Dossier Méthagri Sud Laval

Coté pollution et gaz à effets de serre, quand on y regarde  encore de plus près, le dossier avance qu’« En sortie de l’installation d’épuration du biogaz avant injection du biométhane, un rejet de offgaz permanent pourra être considéré comme un rejet atmosphérique non négligeable. Cet offgaz est constitué de 1% de méthane (…) et de 99% CO2. L’hydrogène sulfuré (H2S) sera retenu par le filtre CA et ne sera contenu dans le offgaz qu’à l’état de traces (<1ppm, soit moins de 1,4 mg/Nm3). Ainsi l’offgaz ne sera pas à l’origine d’odeurs. »

Judicieusement placé ?

«La durée des travaux pour implanter le méthaniseur est estimée entre 6 et 12 mois » avance Méthagri Sud Laval qui insiste sur son installation dans un endroit isolé. Les travaux «ne peuvent constituer une gêne majeure pour la population à la vue de sa disparité et de son éloignement. Enfin les travaux ne devraient pas être à l’origine d’émissions significatives d’odeurs. »

Ce méthaniseur qui est utile au demeurant, leglob-journal l’a déjà écrit, en matière de retraitement des déchets agricoles, est-il pour autant judicieusement placé?

La SAS Méthagri Sud Laval prévient en lisant à travers les lignes que oui, et écrit comme pour se dédouaner  : « Au voisinage immédiat du site, l’occupation des sols se compose de parcelles agricoles et de zones agricoles bâties dispersées. Une zone artisanale est en cours d’émergence à environ 350 m à l’Ouest. L’habitat dans le secteur est relativement dispersé. L’entrée de la ville de l’Huisserie est située à environ 700 m au Nord-Ouest.

L’habitation la plus proche est située à environ 230 m au Sud-Est du site. Une habitation est également située à environ 250 m au Nord-Est des limites du projet. L’étang au Sud et ses abords, sont privés et appartiennent au SDIS qui y pratique, parfois plusieurs fois par mois, des activités collectives, dans un cadre privé. Le terrain est utilisé en tant que terrain de loisir pour que les membres de l’association puissent s’y réunir. Il n’est pas prévu d’activité de baignade ni de pêche à destination alimentaire. Le plan d’eau a plus une fonction paysagère (…) »

Voilà pour la description, faite par la société à l’origine du projet, de l’endroit où pourrait se situer le méthaniseur. Mais dans dix ou quinze ans pourra-t-on toujours avancer ces mêmes arguments ?

Fruit d’une initiative privée cette « usine de retraitement » comme l’appelle certains habitants de l’Huisserie, se positionne sur un terrain appartenant à un agriculteur, pas à la puissance publique. Et c’est la toute la différence. Dans cette remarque relevée sur le registre et signée «Un habitant de l’Impasse de la Tranquillité » – cela ne s’invente pas – on peut lire : «  Il est étonnant que ce soit les Huissériens qui soient impactés alors que l’utilisateur du projet est le maire de Nuillé-sur-Vicoin ; quid de l’équipe municipale en place pour préserver la qualité de notre village ? »

Mis devant le fait accompli du dépôt de dossier et face à un projet qui ne peut que recueillir que l’assentiment des autorités – les pouvoirs publics encouragent ce genre d’unité de retraitement, au nom de la sauvegarde de l’environnement -, les élus – semblent comment dire ? – un peu démunis. Mais donner un « avis favorable » par courrier – ce qui est normal – à « une remise en l’état du terrain agricole en cas de cessation de l’activité du méthaniseur », n’équivaut-il pas de fait et par avance à donner un avis favorable sur le dossier global en lui même ?

Lettre du maire de l’Huisserie émise pour un « avis favorable » spécifique

Pour Roger Godefroy, de la Fédération pour l’environnement en Mayenne «  Cette implantation n’est pas acceptable » car il s’agit de « rapprocher ce méthaniseur des zones urbaines de l’Huisserie, alors qu’un seul agriculteur est concerné dans la localité. » Voici le début de ses remarques manuscrites sur le registre.

Extrait des nombreuses remarques de FE-53 écrites à la main par Roger Godefroy

Pour FE-53, qui le regrette, « il n’y a pas de proposition alternative dans le projet : de gaz porté liquéfié (ex : Savigny-sur-Braye) au tonnage équivalent avec un point d’injection identifié. » De plus pour Roger Godefroy « le plan de financement est plus que sommaire et n’apporte pas une information suffisante du public. Le capital social n’identifie pas les associés et leurs apports. Le compte d’exploitation personnel et le plan de trésorerie sont absents. Cette légèreté dans l’approche est préoccupante lorsqu’on sait que les premiers retours d’expériences ne démontrent pas des rentabilités avec les prévisions établies compte tenus des aléas rencontrés

Roger Godefroy remarque aussi qu’il n’y a d’indiquée « aucune prévision sur le coût de la remise en état du site », comme le veut la jurisprudence. Quant à « l’intérêt collectif pour les habitants de l’Huisserie » cela « n’est pas démontré (prix du gaz après injection [dans le réseau, NDLR] [est] inchangé) et le risque de pénurie n’est pas avéré. »

« L’accès au site se fait par la RD910, puis par une route communale débouchant au Nord du site. » indique l’épais dossier la SAS Méthagri Sud Laval. On sait que les camions emprunteront cet axe qui paraît peu approprié à la circulation des poids- lourds selon les remarques consignées sur le registre. Pour FE-53 justement, « l’impact en terme de trafic est sous-estimé à partir du raccordement de la D 910 vers la route communale 111 qui permet l’accès au site naturel protégé de l’Écluse de Bonne (parking) ». Et Roger Godefroy de conclure avec une sagesse certaine : « créer une usine sur un chemin de randonnée ou un circuit nature protégé à vocation pédagogique (scolaire) est imprudent. » L’enquête publique se termine le 3 décembre en mairie de l’Huisserie qui aura 15 jours pour la faire parvenir en Préfecture.

Lire aussi : Méthaniseur à l’Huisserie : une fausse bonne idée


Une marche-découverte a eu lieu le dimanche 18 novembre 2018 avec une cinquantaine de participants. Une pétition a été lancée en ligne ici 

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