Péter Magyar qui vient de se hisser au pouvoir en Hongrie en détrônant Viktor Orban – © Photo montage leglob-journal.fr
Qu’est-ce que nous dit le conservatisme politiquement libéral de Péter Magyar qui vient de se hisser au pouvoir en Hongrie en détrônant Viktor Orban qui paraissait indéboulonnable ? Si la victoire du futur Premier ministre hongrois, issu du même parti qu’Orban ne remet pas en question la vague conservatrice brune qui semble submerger l’Europe, elle est en apparence quelque peu plus « rassurante » pour tous les esprits libéraux de gauche ou de droite… – Analyse.
Par Michel Ferron*

La cinglante défaite du Premier ministre de la Hongrie, annoncée par tous les sondages (55 sièges au Parlement contre 138 à son adversaire Peter Magyar) sonne le glas d’un règne de seize années.
Inventeur de l’oxymore (complètement tordu) de « démocratie illibérale », Viktor Orban, fondateur du parti ultraconservateur du Fidesz, a exercé un pouvoir sans partage à l’intérieur de son pays, tout en exportant son idéologie et ses méthodes au sein de la Commission européenne, dont la Hongrie est l’un des 27 États-membres.
Sa défaite a été immédiatement saluée par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, déclarant : « Aujourd’hui, la Hongrie est devenue européenne… », tandis qu’elle est restée boudée par tous les pays et partis autocrates.
Allié de Poutine, tout autant que complaisant vis-à-vis de Trump, il entretenait les meilleures relations avec Marine Le Pen (qui voyait en lui un « visionnaire »), cohabitant avec elle au sein du groupe des Patriotes, composé des députés d’extrême-droite du Parlement européen.
Usant de son droit de veto constitutionnel, Orban était parvenu jusqu’ici à geler un prêt de 90 milliards d’euros à destination de l’Ukraine, se voyant privé en retour de l’octroi de subsides de l’UE pour son pays.
Pour autant, l’alternance du nouveau pouvoir restera confrontée à de constantes marges de progrès,
Le vainqueur du scrutin de dimanche dernier, Peter Magyar, âgé de 45 ans, était inconnu du public il y a encore deux ans. En dépit de sa silhouette lisse d’un gendre de bonne famille, il est de sensibilité populiste et issu de la tendance conservatrice du Fidesz.

Une illustration générée par IA, Orban remplacé par Magyar, en Hongrie – © leglob-journal.fr
Cependant, explicitement pro-européen, il adoptera de toutes autres postures au niveau du Conseil de l’Europe.
Sur le plan intérieur, il a déjà affirmé sa volonté de respecter le pluralisme des partis et de lutter contre la corruption qui gangrène le pays. Il a aussi promis de restaurer les services publics et de remettre en place le ministère de l’Education, disparu depuis 2010 …
Il pourra compter sur le soutien sans faille des jeunes qui ont voté en masse pour l’opposition comme l’écrit Libération (17.04.26) : « On est une génération plus connectée au reste du monde, on a grandi avec l’Union européenne, on a vu comment les choses marchent ailleurs par des voyages ou Internet … Notre pays n’est plus celui de la mafia d’Orban … Je ne suis pas seulement heureux ; j’ai compris qu’ensemble on avait du pouvoir » … Ceci dit, il ne faudra sans doute pas attendre beaucoup de grands bouleversements dans le domaine des réformes sociétales (homosexualité, mariage pour tous, droit à l’avortement), sur lesquelles les pays de l’Europe de l’Est (Pologne, Tchéquie …) restent traditionnellement tièdes. C’est pourquoi, le nouveau Premier ministre de la Hongrie se gardera bien d’instrumentaliser toutes ces questions, parce que toujours trop clivantes.
Si l’avènement d’un nouveau pouvoir en Hongrie représente une véritable bouffée d’air frais, il est encore trop tôt pour mesurer son impact réel sur le bouleversement géopolitique actuel.
*Administrateur de la Maison de l’Europe en Mayenne. Ancien secrétaire général de la Fédération Française des Maisons de l’Europe (FFME)
