Philippe Royer et ses « affinités électives » – Par Thomas H. 🔓

Philippe Royer qui fut N° 2 sur la liste de Samai Soultani Vigneron à Laval - © leglob-journal.fr

Pour « réfléchir à la France de demain », le milliardaire Vincent Bolloré a créé ce qu’on appelle un « think tank » au niveau national avec un mayennais qui s’est illustré récemment pendant l’élection municipal à Laval. A l’ordre du jour de ce réservoir d’idées made in Bolloré, une bonne dose d’ordre moral, des économies à trouver parmi les fonctionnaires et un remue-méninge régulier « pour peser sur le débat public » .




la belle lettre L sur leglob-journal

Le but de cette structure sobrement mais efficacement baptisée l’Institut de l’espérance ce serait de « cré(er) un espace de réflexion d’inspiration chrétienne réunissant des personnes intéressées à collaborer en vue de préconiser au service du bien commun des solutions de bon sens aux défis de l’époque, en s’appuyant sur des individualités » .

Pour en faire partie, il faut des « affinités électives » . Se revendiquer chrétien, ce que fait Philippe Royer, adhérer à l’élément de langage politique « Bien commun » que l’on retrouvera assez régulièrement dans ses propos, – il en fera un hashtag sur Linkedin -, et ne pas avoir peur politiquement d’être à droite.

Selon le site anglais Bloomberg qui a révélé l’information, « l’institut » a mis au point « un manifeste de 36 pages » Vincent Bolloré a déclaré vouloir le rendre public très bientôt. Il mettrait en avant selon le site d’informations anglais, « frein à l’immigration, loi anti-avortement, uniformes à l’école ou encore réduction massive des dépenses publiques. » . Un programme ad hoc pour la présidentielle de 2027 qui sera présenté « fin mai, début juin » par Vincent Bolloré selon l’Agence France Presse (AFP)… C’est l’agence Bloomberg qui a rapporté qu’un « manifeste » était en cours d’élaboration, ce qu’a confirmé à l’AFP l’un des trois membres du comité directeur de cet institut, l’entrepreneur Philippe Royer.

L’Institut a-t-il expliqué à l’Agence France Presse est « un groupe démocrate et apolitique qui a vocation à produire un manifeste. Dans un monde où beaucoup de gens pensent que tout est foutu, que le chaos toujours plus grand est devant nous, ce groupe a vocation à poser une vision porteuse d’espérance déclinée avec des mesures concrètes ».

Philippe Royer parle au national mais pas au local. Quand leglob-journal.fr le contacte pour évoquer son retrait du groupe d’opposition à la ville de Laval, il y a quelques semaines, – il a décidé de ne plus siéger au conseil municipal dans le groupe conduit par Samia Solutani Vigneron -, il nous répond : « Merci pour cette proposition d’échange… désolé, mais je ne souhaite pas communiquer sur l’actualité lavalloise […] » …


« Aucun candidat à la présidentielle »


A l’AFP, Philippe Royer avance qu’à l’approche de 2027, ce think tank « ne porte aucun candidat à la présidentielle, et je pense qu’à l’intérieur du groupe, il y a des sensibilités très différentes », et précise que ce cercle « s’est interdit d’échanger avec tous les politiques qui pourraient être en campagne ou en préparation de campagne ». Mais, il ajoute que la production du « manifeste vise à ce que l’espace politique s’empare des vrais sujets », et réfute que le projet puisse être qualifié de « conservateur », ou qu’il s’inscrive dans « une démarche religieuse », même si plusieurs membres, dont lui ne cachent pas leur « inspiration chrétienne ». Leur démarche « traduit surtout le fait de montrer que l’enracinement ne s’oppose pas à la modernité », dit-il. La « vingtaine de membres, [comptabilisés] se voient à peu près tous les trois mois pour un déjeuner » .

« Quant à Vincent Bolloré écrit l’AFP, détenteurs de médias régulièrement accusés de promouvoir des thèses conservatrices voire d’extrême droite, ce que ces médias contestent, « il y a un écart entre l’image et la réalité que j’ai rencontrée », assure Philippe Royer à l’agence de presse et situe le milliardaire « plus sur une échelle de démocrate chrétien ».



Vidéo de promotion de Philippe Royer, bien plus que du livre, celle du mouvement « Redonner du sens » qu’il a créé – Philippe Royer

Mais qui est réellement Philippe Royer ? Entrepreneur, « homme d’action » comme il se présente sur les réseaux sociaux, qui s’est lancé dans la politique. D’abord localement à Laval avec la fortune qu’on connait, et puis nationalement donc avec cette Institut de l’Espérance. Mais il n’en est pas à ses premières armes. Philippe Royer a cofondé le réseau national Cléophas Sens et Performances » , sa « raison d’être : Animés du bien commun et riche d’une énergie transformatrice, le réseau Cleophas fait émerger des leaders inspirants qui mobilisent l’intelligence collective pour déployer des stratégies performantes, innovantes et durables. » peut-on lire sur la page Linkedin dédiée.

Philippe Royer a été aussi directeur général du « groupe de conseil en élevage du grand ouest Seenergi à Laval qui répond aux besoins de demain des éleveurs et agriculteurs » , on sait que les agriculteurs votant à gauche sont assez rares… Il a aussi été président de Fratello, « une organisation qui promeut les Journées mondiales des pauvres, au service d’une Église pauvre pour les pauvres. » « L’association Fratello a organisé plusieurs rassemblements, dans le monde entier, […] sous la protection de Marie. En France, ces événements ont eu lieu à Lourdes, au sanctuaire Notre-Dame du Laus, à Notre-Dame de Boulogne, à Taizé, à Marseille, à Lyon et à Pontmain » en Mayenne, signale la communauté Saint Martin installée dans la basilique d’Évron en Mayenne et qui rayonne dans toute la France. Philippe Royer fut aussi président national des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens. Appelé Centre chrétien des patrons et dirigeants d’entreprise français dans un premier temps, avant de changer de nom pour devenir Les Entrepreneurs et dirigeants chrétiens, l’organisation qui réseaute au national se présente comme « un mouvement œcuménique membre de l’Union Internationale Chrétienne des Chefs d’Entreprises [qui] compterait plus de 3500 dirigeants et chefs d’entreprises. » .


Un passage chez Pascal Praud


Pour présenter son livre Fils de paysan, notre bon sens commun publié chez Fayard, Philippe Royer est allé chez Pascal Praud sur Europe 1. L’ouvrage est bien plus qu’un livre d’ailleurs parce qu’au détour d’un bouton intitulé « Rejoignez-nous«  sur lequel il est possible de cliquer, on découvre que c’est aussi un mouvement qui ressemble à de la politique que Philippe Royer intitule « Redonner du sens« . Il y developpe son credo d’un changement positif pour la France, un pays qui est devenu selon lui « assez schizophrénique » .

« Je suis pour un principe de responsabilité qui ne se perd pas dans la bureaucratie et les normes. » . La France « s’est perdue dans l’illusion, l’individualisme et le mensongeOn a besoin de temps long, de sagesse et en même temps d’une radicalité de transformation » dit-il au micro de Pascal Praud. Partant du « gâchis » pour arriver à l’ « espérance » , il estime : « Alors que la France a beaucoup d’atouts, tout donne au contraire le sentiment d’un pays à la dérive, qui ne sait plus ce qu’il veut ni où il va. Ce sentiment d’énorme gâchis réveille en moi l’envie de me lever et d’agir en proposant cette vision nouvelle inspirée de mon parcours de vie et « du bon sens paysan » qui m’anime, afin de créer un élan positif inversement proportionnel au chaos que nous traversons. Je fais le pari que l’immense majorité des Français aspirent à redonner du sens à leur vie et à leur pays et sont prêts à courir le risque de cette espérance. » .

Sur sa page Facebook, pour se qualifier, il se présente comme un « Entrepreneur du bien commun qui a envie de partager sa paix et sa joie de servir. » . Après son premier bouquin, « S’engager pour le bien commun », publié aux Éditions de l’Emmanuel, Philippe Royer a été rameuté, en septembre [2025],dans l’écurie Fayard avec un nouveau titre à la sauce Bollo : « Fils de paysans, notre bon sens commun »., écrit le Canard Enchainé. Fayard, c’est l’une des maisons d’édition du groupe Hachette, appartenant à Vincent Bolloré qui publie ce que la sphère d’extrême droite ou conservatrice compte de figures : Jordan Bardella, Eric Zemmour, Sarah Knafo, ou bien Philippe de Villiers.

Sur Facebook encore, Philippe Royer a fait de longs posts pendant la campagne électorale avant le premier tour où il était sur la liste de Samia Soultani Vigneron, en passe de devenir, positionné en cas de victoire, pour devenir son Premier adjoint. Des publications qui révèlent en fait ce qui le guide. L’ « engagement » via l’ « espérance » et la croyance dans une immanence, c’est à dire la transcendance de Dieu … « S’engager, c’est accepter de sortir du confort du commentaire pour entrer dans l’action, écrivait-il. C’est croire que chacun peut apporter sa pierre, avec ses talents, son expérience, son espérance. » Fédérer toujours, et encore avec son mouvement « redonner du sens » ; il entend rassembler « la masse silencieuse des français qui veulent que la France change » .

Pour lui, « La politique est souvent critiquée, parfois à juste titre. Mais elle demeure l’un des lieux les plus concrets où peut se construire le bien commun [A nouveau ! NDLR]. Lorsqu’elle est habitée par l’engagement sincère de citoyens qui aiment leur territoire, elle redevient ce qu’elle devrait toujours être : un service.« 

Au lendemain du premier tour des municipales à Laval qui a vu la défaite de sa championne, Philippe Royer écrivait sur le réseau fondé par Mark Zuckerberg en n’oubliant pas de mettre en avant l’élément de langage numéro un, celui qui fait référence à ce qui unis tous ceux qui sont dans l’Institut de l’Espérance le « bien commun » : « Je suis convaincu qu’il faut être ancré dans le réel puis en capacité à se projeter pour porter avec élan une économie du bien commun qui combine esprit d’entreprendre et inclusion des plus fragiles. Je le fais depuis plus de 30 ans et je vais continuer à y contribuer dans mon travail, mes engagements associatifs et désormais politiques. » et d’ajouter:  » Je fais confiance à la vie , elle a sa part d’écueils mais je sais qu’elle est riche et belle quand chaque jour dans nos décisions nous faisons le choix de la vie ! » . « Le choix de la vie« , cinq petits mots qui mis bout à bout semble entrer en résonance avec un autre concept similaire, à savoir le mouvement Pro-Vie.

Bien plus qu’en simple entrepreneur Philippe Royer entend donc « proposer des réformes pour débureaucratiser et rétablir une gestion saine des finances publiques. En affirmant la nécessité d’une juste autorité qui protège et construit. Nous voulons redonner confiance et perspectives. » . ⬛


le slogan du Glob-journal

1 commentaire sur “Philippe Royer et ses « affinités électives » – Par Thomas H. 🔓”

  1. Un petit texte pour dénoncer cette offensive réactionnaire conduite par des officines idéologiquement masquées:

    Il y a des mots qui rassurent. “Espérance”. “Bien commun”. “Bon sens”. À les entendre, on croirait presque à un projet politique ouvert, généreux, tourné vers l’avenir. Mais il suffit de gratter un peu pour voir réapparaître ce que la droite la plus rétrograde produit depuis des décennies : un projet de régression sociale, démocratique et culturelle, emballé dans un vocabulaire inoffensif. Le vieux monde réactionnaire ne recule devant rien.

    Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un think tank piloté dans l’orbite d’un grand patron des médias, visant à peser sur le débat public à l’approche de 2027. Avec au programme obscurantiste: restriction de l’immigration, remise en cause du droit à l’avortement, austérité budgétaire. Rien de neuf, si ce n’est l’effort de rebranding. L’extrême droite ne crie plus, elle conceptualise. Elle ne s’affiche plus frontalement, elle avance masquée.

    Le plus frappant reste cette prétention à  » l’apolitisme”. Se dire “ni de droite ni engagé politiquement” tout en promouvant un corpus idéologique aussi marqué relève moins de la naïveté que de la stratégie. C’est une manière d’imposer ses idées sans accepter le conflit démocratique qu’elles impliquent. Une manière, aussi, de disqualifier par avance toute opposition, renvoyée à des postures “idéologiques” face à un prétendu “bon sens”.

    Ce prétendu “bon sens” a une histoire. Et elle n’est pas neutre. Opposer le “bon sens paysan” aux normes, à l’État, à la bureaucratie, c’est préparer le terrain à la destruction des protections collectives. Car derrière les mots, il y a des actes : moins de services publics, moins de droits sociaux, plus d’inégalités. Ceux qui parlent de “réduire les dépenses” ne commencent jamais par les rentes du capital.

    Il faut également regarder qui parle. Quand des élites économiques financent, structurent et diffusent ce type de projet, il ne s’agit pas d’un simple débat d’idées. C’est une bataille culturelle. Une tentative d’imposer une vision du monde où l’ordre immoral du capitalisme proclamé chrétien remplace l’émancipation, où la tradition prime sur l’égalité, où la charité se substitue à la justice sociale.
    Le vernis chrétien n’y change rien, ou plutôt, il aggrave le problème. Car instrumentaliser la religion pour légitimer des reculs sur les droits fondamentaux, notamment celui des femmes à disposer de leur corps, relève d’une offensive politique claire. Sous couvert « d’enracinement” et de “sens”, c’est une vision profondément rétrograde de la société qui est remise au goût du jour.

    Enfin, il faut nommer ce qui se joue : une banalisation. En refusant les étiquettes, en adoucissant les mots, en multipliant les passerelles entre droite classique et extrême droite, ce type d’initiative contribue à rendre acceptables des idées réactionnaires qui, hier encore, suscitaient un rejet massif. C’est ainsi que les digues cèdent non pas dans le fracas, mais dans un glissement dangereux vers le nouveau fascisme.

    Face à cela, la réponse ne peut pas être la tiédeur. Il ne suffit pas de décrire. Il faut contester, démonter, politiser. Rappeler que le “bien commun” ne se décrète pas depuis des cercles fermés entre dirigeants et milliardaires, mais se construit dans la conflictualité démocratique, par et pour celles et ceux qui vivent les conséquences concrètes des politiques publiques.
    L’espérance qu’on nous vend ici n’est pas celle de l’émancipation. C’est celle d’un retour en arrière et soigneusement emballé.

    Il n’est aucune qualification plus juste pour cette initiative que la puanteur qu’elle dégage : elle est profondément réactionnaire, obscurantiste et résolument rétrograde.

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