Denis Waleckx : « Le rôle de l’École, c’est un travail au long cours »

Une « École de la confiance », instituée par une loi, celle du ministre Jean-Michel Blanquer qui ne fait pas l’unanimité, et qui permettrait la nécessaire mise en œuvre de la confiance. Avec plus de « justice sociale » et une « élévation du niveau de formation ». Derrière ces mots, une réalité en Mayenne, en cette rentrée scolaire 2019, celle d’une École qui devrait « donner à chacun une chance de réussir ». Etat des lieux.

Rentrée scolaire, à cartable ouvert

Par Thomas H.


Denis Waleckx affiche le sourire de circonstance, celui de l’élève qui vient d’avoir une bonne note. Assis à la table de réunion,f situé devant son bureau au deuxième étage de la cité administrative, et assisté comme chaque année de son adjoint et du responsable des ressources humaines, la première phrase que le Directeur académique des services de l’Education Nationale prononce, c’est au sujet de la Carte scolaire : « C’est la 3 ème année consécutive, et j’en suis fier, qu’il n’y a pas eu de fermeture de classe à la rentrée…» C’est dit. L’inspecteur d’académie de la Mayenne estime que « c’est dû à l’effet Convention ruralité […] »

Du coup en cette rentrée de septembre, si on fait un bilan de la Carte scolaire dans le premier degré, impossible de gommer la réalité. Ce sont 18 fermetures de classes qui sont confirmées, assorties de onze ouvertures, dont une classe à Bonchamp (l’école Bono Campo passe de 10 à 11 classes) et deux postes de « Titulaires Remplaçant Ruralité ». Il faut prononcer T 2 R. On aime bien les sigles à l’Education nationale. T 2 R, c’est un nouveau dispositif calqué sur celui qui existe dans le second degré. Une « brigade » d’enseignants remplaçants qu’on appelle du jour pour le lendemain pour aller dans un établissement où il y a une vacance de prof. « L’enseignant est à 50 % sur son poste de rattachement et le reste – son obligation réglementaire de service – s’effectue sur d’autres établissements ». Sur la carte de géographie de la Mayenne, Denis Waleckx pointe Saint-Pierre-La-Cour et Grez-en-Bouère, deux communes qui en sont dotés.

Des élèves en moins

Calculette à la main, l’Inspecteur d’académie a posé l’addition qui a fait apparaître un chiffre négatif sur son ardoise de bon élève. « 490 de moins. La tendance baissière des effectifs en Mayenne se fait notamment sentir sur la Communauté de communes du Mont des Avaloirs avec 37 % d’élèves en moins depuis 2012, explique Denis Waleckx. A Vilaine-La-Juhel, dans le collège, nous avons maintenu deux classes de sixième avec dans chaque unité quinze élèves par classe. Trente deux dans une seule classe de sixième, ce n’était pas possible… Et puis quel signal envoyer ? Nous avons choisi d’envoyer un signe positif en maintenant deux classes… »

© leglob-journal

De fait, il semble qu’une ancienne tendance s’inverse. Moins d’arithmétique et plus de pragmatisme. « A Saint-Germain-de-Coulamers [Le village dont le maire est le président de l’Association des maires en Mayenne, NDLR], il y a 11 élèves seulement et nous n’avons pas de fermeture l’école ; on maintient. Et nous avons eu raison car parmi les onze élèves, il y a deux tout petits… »

Le DASEN développe son propos, il argumente, n’élude pas trop les questions posées. Il est beaucoup plus explicite que son prédécesseur, mais ce n’est pas trop difficile… Il sait mettre en musique, c’est d’ailleurs une de ses spécialités : « Nous sommes extrêmement attentifs à la Ruralité. Quand on a une belle école, nous sommes dans une ruralité offensive, c’est vrai. […] Pour autant, en milieu urbain, nous avons fermé des classes aussi, comme dans le passé à Alain Gerbault qui est pourtant en zone d’éducation prioritaire. Nous mettons des postes là où il y a des enfants ». Sur les deniers publics qu’il est amener à gérer, il justifie : « il nous faut le rationaliser. C’est nécessaire, c’est un moyen de le défendre cet argent public, et rationaliser ce n’est pas un gros mot… »

Des PIALs pour plus d’efficacité

L’École inclusive ? La Mayenne a toujours été attentive aux enfants handicapés en cherchant à les scolariser depuis l’obligation faite par la loi de 2005. Avec plus ou moins de bonheur. Cette année, la nouveauté passe par un sigle, un de plus. PIAL : pour « Pôles inclusifs d’accompagnement localisés ». Il y en aura 17 en Mayenne, regroupés autour d’un collège de référence. Comité de pilotage et réunions avec les écoles du secteur sont au programme. Histoire de mieux se coordonner. Cette nouvelle organisation du maillage territorial a pour but de « favoriser la coordination des ressources au plus près des élèves en situation de handicap (les aides humaines, pédagogiques, éducatives, et, à terme, thérapeutiques) pour une meilleure prise en compte de leurs besoins. » . Bref : « être pro-actif et plus uniquement dans la simple réaction » avance le N° 1 de l’Éducation Nationale en Mayenne. Une adresse mèl a été mise en place ecoleinclusive53@ac-nantes.fr, ainsi qu’un n° de téléphone 02 43 59 92 74, deux outils « dédiés à l’écoute des familles afin de leur apporter une réponse dans un délai de 24 heures » dit le dossier de presse de l’inspection d’académie de la Mayenne.

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Reste un hic : la difficulté de recruter ces contractuels qui aident les enfants handicapés dans les classes. La Mayenne peine à trouver des AESH. Notamment dans le secteur de Craon-Renazé. Ils sont 659 en Mayenne, payés 730 euros net pour 24 heures minimum. Le SMIC horaire. Il faut avoir au minimum le baccalauréat.

Instruit dès trois ans

L’instruction obligatoire dès trois ans ? «  C’est une validation de l’École maternelle, qui sort renforcée, selon l’Inspecteur d’Académie. L’École est donc obligatoire dès trois ans et il ne fut pas y voir autre chose, de possibilité de la concurrencer avec des jardins maternels par exemple, ou autres. Non!» Il est affirmatif. Rien ne se cacherait derrière cette décision de descendre l’âge de l’instruction obligatoire de six à trois ans. Comme le prétendent des experts. Un courrier sera envoyé à l’AMF pour que les maires vérifient si les enfants de leurs communes âgés de trois ans ne sont pas hors la loi. Il est visé surtout les gens du voyage… Denis Waleckx pose cette phrase comme il en a le secret : « Il nous faut créer le désir d’être scolariser en Mayenne… »

Quand on l’interroge sur le rapport Public-Privé, il note que « 33 % des élèves du premier degré sont dans des écoles privées. Et 42 % dans des collèges… ». A-t-il une explication ? Selon lui « C’est multifactoriel ». Pour ce qui concerne les collèges, il parle de la réputation de certains établissements qui ont pour effet d’être un peu repoussoir et de l’envie d’évitement pour d’autres. La peur de l’inconnu compterait aussi pour des parents qui délaisseraient des structures trop grosses qui seraient effrayantes pour les élèves comme à la cité scolaire d’Evron. « Mais depuis les années 2000, la part de marché du privé augmentant, ce n’est plus le cas, le Privé ferme des écoles… » analyse Denis Waleckx.

Fernand Puech ? « Il n’y a pas de nouveautés… » dit-il simplement. L’épisode du collège lavallois qui a défrayé la chronique après l’annonce d’une fermeture intempestive par le gestionnaire des collèges en Mayenne semble du passé. « La baisse démographique rencontré dans le premier degré n’a pas encore atteint les collèges » ajoute-t-il.

Les symboles de la République

Dans la trousse du N°1 de l’Education en Mayenne, un drapeau, une Marseillaise et une devise. C’est dans la Loi Blanquer. Suite à un amendement déposé par la Droite, défendu par le député Eric Ciotti (LR), et adopté, il est stipulé que drapeau, devise et marseillaise sont dorénavant obligatoires dans les écoles. Qu’en pense celui qui estime « ne pas être un personnel d’exécution » ? « En Mayenne, c’est un épiphénomène, dit-il. Mais se réapproprier les symboles républicains, c’est une nécessité. C’est très important de montrer le sens du drapeau. Je suis totalement pour défendre l’École de la République. Nous sommes dans une société qui a tendance à se communautariser et c’est pourquoi les symboles républicains sont très importants. Et puis, il faut s’attaquer aux discriminations et faire constamment de l’égalité fille-garçon, c’est une priorité. L’ École ce n’est pas comme BFMtv…[…] nous avons besoin de vous pour développer ce que fait l’institution, même si on ne vous demande pas d’être les attachés de presse de l’Inspection d’académie. »

Et il ajoute : « éduquer, c’est notre rôle et il nous revient de faire attention aux stéréotypes. Le rôle de l’École, c’est de faire un travail au long court… »

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