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Comment vit-on le passage à l’ère Tump ? Comment passe-t-on de Barack Obama à Donald Trump, un magnat de l’immobilier qui a fait fortune, animait des émissions de télé-réalité avant de se lancer dans la politique, et qui s’est imposé dans le camps des Républicains pour finalement éliminer la candidate démocrate. Pour le savoir leglob-journal a questionné une américaine. Elle s’appelle Jeanine. Elle est née en 1940 dans la région Pays de Loire et s’est mariée avec un GI qu’elle a rencontré alors qu’il était stationné en France. Elle a découvert les USA en 1965 et son regard sur son pays est instructif. De la démocratie en Amérique, pour reprendre le titre de l’ouvrage d’Alexis de Tocqueville, avec ce témoignage de Jeanine.

- Entretien

- leglob-journal : comment s’est passé ce déracinement, votre éloignement de la région et de la France ?

Jeanine : Au début, je n’osais pas parler en anglais avec mes beaux-parents ! Il faut savoir que nous avons également vécu en Allemagne, sur une base militaire proche de Garmisch-Partenkirchen. Depuis 1977 en fait, j’habite dans la ville d’El Paso, c’est au Texas ; une ville désormais célèbre depuis que le Président Trump veut ériger un mur avec la cité de Ciudad Juarez au Mexique.

- leglob-journal : Vous avez opté pour la nationalité américaine depuis 1982, c’est ça ?

Oui, je l’ai décidé à la suite d’un fait divers troublant. Une étrangère avait été expulsée des États-Unis du fait de son récent veuvage. Je n’ai pas voulu connaître une pareille situation car ma vie est ici désormais. C’est un peu un choix par défaut car je n’avais jamais imaginé devoir renoncer à ce qui fait partie de moi, en fait mes origines françaises.

-  leglob-journal : Nous sommes dans les derniers jours avant la date fatidique du 19 décembre où les grands électeurs éliront véritablement le président des États-Unis pour les 4 ans suivants. Il se trouve que cette élection n’a rien d’anecdotique car votre pays dispose d’une place particulière dans le monde : non seulement il est «  clivant » mais sa monnaie conditionne la valeur des autres devises. Que pensez-vous des résultats attendus de ces dernières élections ?

Je le vis comme une catastrophe épouvantable ! Ce n’est pas parce que j’ai voté pour Hillary, mais parce que l’homme qui va nous représenter risque fort de nous entraîner dans une guerre avec le reste du monde. Au début, son outrance était tellement marquée que j’en ai ri. Je ne parvenais pas à le prendre au sérieux. Ses propos sexistes, son manque de respect des gens, ses discours dépourvus de programme mais chargés de haine et de discorde laissaient espérer qu’il se discrédite tout seul aux yeux des électeurs. Hélas, il n’en a rien été !

-  leglob-journal : Jeanine, comment avez-vous vécu le temps de la campagne ?

Comme quelque chose de trop long ! Depuis une année, chacun s’est déclaré candidat à la candidature et les meetings se sont enchaînés à un rythme soutenu à travers tout le pays. Et il a fallu désigner les candidats avec les caucus et les primaires. Et tandis que Hilary expliquait les choses telles qu’elles sont, devraient être et comment les améliorer, “l’autre” faisait son cirque !

Je suis d’autant plus choquée que ceux qui ont voté pour lui sont ses premières victimes ! Il prospère dans un modèle économique qui prive de toute dignité ceux qui lui ont porté leurs voix ! C’est à rien y comprendre. Heureusement, dans quatre États, il est prévu de recompter les voix à cause de suspicion sur les machines de vote électronique, sans parler des faibles écarts de voix. Il y a aussi une pétition qui circule pour remettre en cause le système au profit d’un vote universel direct.

- leglob-jounal : Pouvez-vous nous expliquer pourquoi le suffrage universel n’est pas direct et passe par ce qu’on appelle les « grands électeurs » ?

C’est un reste de notre histoire, du temps des « 13 colonies ». Comme chacun des États ne voulait pas perdre de sa représentativité à cause d’un déficit démographique, le système des grands électeurs a permis de « lisser » les écarts entre les états fortement peuplés et les autres, plus modestes. Cela relève d’un certain archaïsme, mais c’est aussi une façon de confisquer ses voix au Peuple avec des ententes de partis, sorte de cuisine désormais insupportable. Comme en France, les primaires sont ouvertes à tous les électeurs. Et puisque nous parlons de vote proprement dit, il faut noter hélas la quasi absence dans les bureaux de vote des jeunes adultes, des trentenaires…

- leglob-journal : Ah, oui, ceux qui sont nés durant les années Reagan, c’est ça ?

Oui voilà ! A croire qu’ils sont dégoûtés de la politique, qu’ils ne croient plus en l’action civique. Et je ne parle pas de la qualité de l’enseignement scolaire. C’est une catastrophe !

Mais cela ne date pas d’hier ! Déjà dans les années 80, j’avais constaté qu’il y avait une ou deux années de retard dans le contenu des programmes scolaires au lycée, selon la matière et qu’il y avait des QCM en guise de contrôle sur table, quelles que soient les matières.

Tout comme dans le domaine de la santé et de la protection sociale ! Des ONG sont obligées de parcourir le pays pour proposer des sessions dans des gymnases pour que les citoyens dépourvus de couverture sociale puissent avoir accès aux soins, toutes spécialités médicales et paramédicales confondues, et pour une participation modique, toute chose égale par ailleurs. Alors, oui, à 76 ans, je suis inquiète pour l’avenir.

Propos recueillis par Marrie de Laval

Photo du magazine TIME avec ce titre Donald Trump : The Président of Divided States of America


1 commentaire
  • Excellent témoignage. Sur le lien suivant, analyse de Michaël Moore prédisant avant l’élection la victoire de Trump. On appréciera en particulier son analyse de la “rust belt” (la “ceinture de la rouille”) où Michaël Moore prédit que Trump allait l’emporter dans ces États (Michigan, Ohio, Pennsylvanie et Wisconsin) frappés par la mondialisation et sa conséquence fâcheuse : la désindustrialisation. De part et d’autre de l’Atlantique, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

    Voir : http://www.huffingtonpost.fr/michae...

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Jeanine, qui vit à El Paso (Texas) redoute la présidence Trump

Publié le: 10 décembre 2016
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