« Comment seront logés nos aînés demain en Mayenne ? Dans le nord de la Mayenne par exemple, 3 885 personnes âgées de 75 ans et plus vivent sur le territoire de la communauté de commune « Mayenne Communauté ». A cette question, l’intercommunalité, pourtant compétente en matière d’habitat, n’a pas su apporter de réponses auprès de la Chambre régionale des comptes en juillet 2022. » avance Colvert, notre contributeur qui se livre à une analyse dans les colonnes de leglob-journal.fr .
Par Colvert

Printemps 2023, la même question sera posée à Antoine Valprémit, 1er Vice-Président de Mayenne Communauté en charge de la stratégie territoriale, en présence d’Antoine Caplan, rapporteur au budget et de la cohérence du projet d’agglomération de Laval Agglomération, lors d’une réunion publique de bilan de mandat organisée à la Baconnière.
Cette question laissera nos deux conseillers départementaux d’opposition pantois. Ces intercommunalités, en charge de l’habitat, ne devraient-elles pas préparer conjointement l’avenir de nos aînés, en lien avec le Département de la Mayenne ?
Combien de fois ai-je croisé des personnes âgées désorientées place Georges Clémenceau, dans le centre-ville de Mayenne ? Des personnes âgées en perte d’autonomie, au regard égaré, atteintes de pathologies plus ou moins palpables, troublées par leurs propres comportements. C’est un fait que ces personnes seront de plus de plus nombreuses en France. Les 75-84 ans devraient augmenter de près de 50% entre 2020 et 2030 et les plus de 85 ans plus que doubler à partir de 2030. La question de leur prise en charge est donc essentielle.
L’administration pilote de tout temps à vue
Mayenne Communauté s’était engagée à élaborer un projet de territoire à l’horizon 2030-2035 dans une approche prospectiviste et participative. Il en résultera une simple feuille de route, élaborée sans concertation, à visée beaucoup plus court-termiste (2021-2026).
En 2022, la Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire s’en inquiète : « Les élus rencontrent des difficultés pour écrire ce projet de territoire […] et l’administration regrette en conséquence l’absence de fil conducteur dans la détermination et la priorisation des nouveaux projets. En découle un déficit de structuration de la politique d’investissement autour d’un plan pluriannuel d’investissement ».
Une absence de fil conducteur ? Le Président de Mayenne Communauté, Jean-Pierre Le Scornet (PS) a pourtant la réputation de déléguer ses dossiers à ses colistiers et de leur faire confiance. Mais force est de constater qu’il est tout autant capable de les contredire publiquement, une fois que ses équipiers se sont avancés. En somme, si l’on file la métaphore du jeu, il s’agirait d’un Roi capable de renverser ses propres Cavaliers sans trop y prendre garde. La mission de coordination relève théoriquement de la compétence de son Directeur de cabinet, Jean-Pierre Le Bonhomme, anciennement Directeur du Centre communal d’action sociale (CCAS).

Crédit photo felixmittermeier de Pixabay
La ville de Mayenne pourrait apparaître excessive
Cette absence de projection n’est pas nouvelle : le programme local de l’habitat (PLH) 2018-2023 de la Communauté de communes avait été établi par son ancien Président, Michel Angot (LREM), également ancien Maire de Mayenne et ancien Conseiller départemental.
Or, le PLH 2018-2023 répartit les 1 000 logements neufs projetés à l’échelle de l’intercommunalité en prenant en compte la population actuelle des communes, et non les besoins futurs identifiés, déplore la Chambre régionale des comptes des Pays de la Loire. En conséquence : « Les communes du sud de l’intercommunalité, dont le dynamisme démographique se poursuit et où les vacances de logements sont moins nombreuses, auraient mérité un effort supplémentaire, alors qu’à l’inverse, la construction de 360 logements neufs sur la ville de Mayenne pourrait apparaître excessive ».
La commune de Sacé située aux portes de Laval Agglomération serait-elle en mesure de constituer un territoire en devenir ? Le Maire de Sacé, Antoine Valprémit (DVG), n’est-il pas également 1er Vice-Président de Mayenne Communauté en charge de la stratégie territoriale, et conseiller départemental ? Que penser alors du rôle du Maire de Lassay-les-Châteaux, Jean-Raillard (DVD), Vice-Président en charge de l’aménagement et de l’habitat? Le magistrat financier de la chambre régionale conclura sur « une politique de l’urbanisme et de l’habitat qui manque de cohérence » et soulignera de plus des incohérences entre le diagnostic du programme local de l’habitat et le programme d’actions, ainsi qu’une « absence de pilotage et de suivi ».
Lorsque la droite confond point mort et cimetières
Le programme de l’habitat prévoit 60 nouveaux logements par an entre 2018-2023 à Mayenne. Or, « le déclin démographique de la ville de Mayenne plaiderait pour une décélération de cette démarche de construction, sous peine de voir encore progresser le taux de logements vacants » estime le magistrat financier.

Mayenne Communauté justifie ce besoin par le desserrement de ses ménages, c’est-à-dire par leur décohabitation, appelée techniquement « le point mort ». Le desserrement peut autant concerner les nouvelles familles monoparentales, le départ des jeunes ou la situation des aînés.
Le PLH part alors du principe « que l’ensemble des besoins en logements générés par la diminution de la taille des ménages nécessite un logement supplémentaire ». Ainsi, 47% des logements créés sont censés répondre à la diminution de la taille des ménages. Le même PLH indique néanmoins que « la diminution de la taille des ménages concerne en particulier les ménages âgés. C’est un phénomène très marqué sur Mayenne Communauté comparativement au département ». Et l’étude stratégique précise, quitte à se contredire : « dans les faits, une partie de la diminution de la taille des ménages ne génère pas de besoins en nouveaux logements, puisque cela correspond au vieillissement de la population (départs en structure spécialisée, décès d’un des membres du ménage) ».
Concevoir des logements pour des personnes décédées, quelle drôle d’idée ? Voilà comment la droite a programmé des futurs logements pour les défunts, autrement appelée « l’hypothèse maximale », laquelle sera pourtant retenue.
Aucune programmation de structures spécifiques pour les aînés
Ainsi, souligne le magistrat financier, alors que le diagnostic du PLH met en exergue « le vieillissement de la population, le desserrement des ménages qui en découle n’est donc pas nécessairement associé à un besoin de logement neuf, mais plutôt à une intensification des places en structures adaptées (résidences pour séniors, EHPAD). Or le programme de construction neuve ne prévoit pas de structures spécifiques dédiées à ces publics ».
Et si le Plan « May Aînés » promu par le Président du Département de la Mayenne (UDI) consiste à laisser le plus longtemps possible les personnes âgées seules dans leur grand logement sous-occupé, où iront les jeunes familles avec enfants désireuses de s’installer lorsque le foncier viendra à manquer ? Dans des logements vacants non rénovés de petite taille en centre-ville ? L’absence de capacité d’accueil offerte aux jeunes actifs affectera la capacité du territoire à prendre soin, dans vingt ans, des personnes de plus de 85 ans, alors que ces dernières – car il s’agira alors pour l’essentiel de femmes – n’auront jamais été aussi nombreuses.

Un projet écologiste aurait consisté à programmer de nouvelles formes d’habitat, plus humaines et plus collectives, pour nos aînées. ◼
