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La naissance d’un media, même si, il est d’inspiration syndicale, c’est indéniablement un plus dans le paysage médiatique, pour la Mayenne. C’est le cas d’Agri 53 qui a été conçu par la FDSEA 53 pour « redonner du sens à la critique » et « regarder par dessus la haie pour sécuriser les chefs d’entreprises en Mayenne et approcher la meilleure décision pour les exploitations  ». C’est ainsi en tous cas que le syndicat agricole majoritaire en Mayenne définissait notamment la philosophie d’Agri 53, l’hebdomadaire qu’il a lancé le 15 janvier 2016 dans le département.

Par Thomas H.

Agri 53 arrive comme un « facteur de diversité de la presse, preuve de la liberté de la presse et de la bonne marche de notre démocratie française  » écrivait Philippe Jéhan dans le numéro du 13 Novembre 2015 ; un numéro qui n’a pas été diffusé, car il s’agissait d’un exemplaire-test pour une répétition grandeur nature, comme cela se pratique habituellement. Plusieurs mois plus tard et avec plus de 25 numéros au compteur, il faut bien le reconnaître : la « qualité » annoncée et l’envie de « valoriser le savoir-faire mayennais » sont au rendez-vous.

Prenons au hasard, par exemple l’hebdo du Vendredi 20 mai dernier. À la Une, s’impose un papier intitulé Porc : un partenariat pour soutenir l’élevage ciblant une partie de la grande distribution, et juste à coté un éditorial confié au président de L’UFC que choisir en Mayenne sur le même thème. Dans le collimateur, dans les deux cas, même si ce n’est pas dit clairement, les GMS, (les Grandes et Moyennes Surfaces) ; la grande distribution qui devrait en principe valoriser la production agricole c’est il faut le savoir un grand leit-motiv des agriculteurs en Mayenne.

Les GMS, mais aussi le besoin de traçabilité et surtout l’absence d’ « étiquetage clair et pratique » dans les caddies des grandes surfaces. Un sujet développé sur une colonne par le défenseur des consommateurs, Jean Michel Guinaudeau qui met dans son « édito » en rapport les pratiques des circuits courts avec celles des GMS. L’article insiste sur les « négociations, le porc frais élevé en Mayenne, abattu à Évron » etc. , le tout « avec un système innovant de rémunération ». Le sur place comme symbole de qualité.

En ouvrant plus avant l’hebdo du 20 mai 2016, Hebdomadaire agricole et rural de la Mayenne et de la FDSEA 53 qui se dit adossé au groupe Réussir présenté comme « le lea- der de la presse agricole nationale et départemen- tale  », on découvre une photo style passeport du tout nouveau préfet de la Mayenne. Il ne sourit pas et côtoie celle de Paul Pautrel, une figure du syndicalisme mayennais, que Jacques Chirac avait décoré de la Légion d’Honneur en 2002.

Amoureux des mots qui percutent, Pautrel signe un billet sur le permis de conduire. En fait, il s’agit d’une attaque à peine voilée contre l’adminis- tration qui serait décon- nectée de la réalité et qui devrait aller voir comment cela fonctionne sur le terrain. En face donc de Paul Pautrel, le n°1 justement de l’administration, Frédéric Veaux qui vient tout juste de prendre ses fonctions de préfet quelques jours plus tôt.

Le représentant de l’État pose des jalons et se veut rassurant. Il prévient au détours d’une question qui lui est posée qu’il « veu [t] instaurer une relation de confiance, directe, loyale (…) et il ajoute, on doit pouvoir être capable de faire valoir son point de vue, même contradictoire, dans un climat dépassionné  ». Le message donné, au détours de l’interview et à titre préventif, est passé.

Les déclarations du préfet de la Mayenne sont très prudentes. Il vaut mieux. Sans doute a-t-il été briffé dans ce sens par ces proches collaborateurs. Prudence et clarté pour ne pas prêter le flan à l’interprétation, c’est préférable surtout quand on arrive en Mayenne. Des agriculteurs qui souhaitent des relations avec l’autorité préfectorale qui ne soient pas « comme [celles de] votre prédécesseur [qui étaient] compliquées avec le syndicat majoritaire  » peut-on lire dans la question posée au préfet.

llusion bien-sûr à Philippe Vignes. Il est parti dans les Pyrénées-Atlantiques. Avec lui les tensions et les échanges peu amènes parfois avaient été palpables avec Philippe Jéhan. il faut rappeler que le représentant de l’État avait décidé de ne plus couvrir par le silence ce qu’il considérait comme les « débordements » notamment financiers des agriculteurs lors des manifestations.

Plus loin, à la page 7 de l’hebdo, c’est justement le jeune et déterminé président de la FDSEA 53 qui est en photo. La légende est d’ailleurs symptomatique d’une très grosse partie de l’action qui agite le syndicat en Mayenne qui pointe très souvent - avec des éléments de langages connus retard, omission, oubli, ou autres déséquilibres - le traitement administratif qui est fait de la chose agricole : « Philippe Jéhan ne se satisfait pas du retard de paiement pris sous le prétexte du changement de Pac. ». Il y a presqu’un coté Roi soleil dans ce titre.

Un syndicat, ça rouspète ! Et après tout, il s’agit d’un syndicat d’exploitants agricoles, alors n’est-il pas dans Son rôle ? Mais des mayennais estiment qu’il y a manière et manière. Impatients quand il s’agit du porte-monnaie, les agriculteurs mayennais n’aiment pas qu’on les appelle des « chasseurs de primes  ». Pourtant ils ont très longtemps donné cette image, et avec le « changement de Pac », celle-ci réapparait donc.

Là, dans l’article, il s’agit de relater la teneur du discours de Philippe Jéhan le président de la FDSEA 53 qui a mené les débats en conseil d’administration du syndicat. Il l’a fait à huis clos. Notamment sur les retards Pac - « 2000 agriculteurs n’ont rien touché » selon l’hebdo ; un discours qui sera ensuite résumé et lissé lors d’un point presse avec les journalistes locaux auquel assiste celui d’Agri 53.

Le papier est technique et complet. Il est possible de lire par exemple « Philippe Jéhan se dit atterré de voir que pour un changement de Pac, on met nos agriculteurs en très grande difficulté ». Notez l’emploi du « on » très utilisé, à la fois pratique et peu impliquant, et qui symbolise sans le dire l’administration et au delà l’État, toujours « tatillon » et donc empêcheur de produire en rond.

Retour dans le numéro zéro, celui du 13 Novembre 2015 où Philippe Jéhan écrivait dans l’édito qu’il y aurait au fil des numéros « une information autour d’une agriculture plurielle, et diversifiée sans esprit polémique ou démagogique ». Pourtant, il faut bien le constater, l’information émanant des experts et techniciens de la chambre d’agriculture de la Mayenne - très proche de la FDSEA - et qui a subventionné Agri 53, n’iront plus ou presque à L’Avenir agricole. L’autre hebdo agricole qui était seul jusqu’à présent se dit écarté. Question de sensibilité politique et d’appartenance syndicale ? Peut-être, bien que la présidence de la chambre d’agriculture s’en défende. Mais cette décision n’est pas passée inaperçue ; elle a même provoqué de forts remous dans le milieu agricole et même au delà. ici

Fort de ce précédent, qui n’est pas unique le député socialiste de la Mayenne a présenté un amendement à la loi Sapin 2 qui a été adopté. Désormais les chambres d’agricultures devront publier les procès-verbaux de leurs séances. « (...) Chargées d’une mission de service public, à ce titre, il est logique qu’elles rendent compte de leurs décisions et orientations (...) » selon Guillaume Garot

Agri 53 parlerait donc aux agriculteurs. L’Avenir agricole parlerait aussi aux paysans, à ceux qui sont proches de la Confédération paysanne, qui est selon elle aux antipodes de la FDSEA. Alors, « redonner du sens à la critique » mais pour aller dans quel sens ?

« En Mayenne, nous avons besoin d’une presse qui parle aux agriculteurs. Nous n’enlevons rien à personne, le soleil brille pour tout le monde. Nous souhaitons être dans une logique de complémentarité avec l’offre existante. » parfait. c’est ce qu’on pouvait lire dans le dossier de presse de présentation de l’hebdo Agri 53 au moment de sa présentation. Avec le recul et l’analyse l’objectif est réussi, mais à moitié.


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L’hebdo FDSEA : « redonner sens à la critique, et regarder par dessus la haie »

Publié le: 23 juin 2016
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