Européennes 2019 : deux mayennaises aux parcours différents – par Thomas H.

Comment devient-on, en Mayenne, candidat aux européennes ? Faut-il avoir déjà été élu pour briguer un mandat de député européen? Faut-il avoir été ministre? Ou bien cela peut-il se faire comme on dit par l’opération du saint-esprit ? La question mérite d’être posée après l’annonce de deux candidatures mayennaises sur des listes à quelques encablures d’une élection pour laquelle il est question d’une très forte abstention. On sait que Valérie Hayer, épaulée par Jean Arthuis, a été retenue à La République En Marche. Et du coté de l’UDI, « La rumeur, nous dit Juliette Aubert l’épouse de François Zocchetto, colporte ma candidature… »

Deux femmes, deux parcours

Par Thomas H.


La première, c’est officiel, est placée en 19 ème position sur la liste LREM. C’est Valérie Hayer. Candidate malheureuse aux dernières législatives, poussée par Jean Arthuis, mais pas assez loin visiblement, elle s’était faite coiffer sur le poteau pour l’investiture par la protégée du N°1 du MoDem François Bayrou qui avait su imposer Géraldine Bannier qui devait ensuite surfer sur la vague macroniste. En 2017, elle peut enfin obtenir l’investiture pour le Sénat sous l’étiquette LREM. Mais, hélas, que 21, 99% des voix ce qui ne fut pas suffisant, loin s’en faut, face à la sénatrice sortante Élisabeth Doineau et conseillère départementale de Cossé-le-Vivien.

Remarquée, repêchée, repositionnée, voilà Valérie Hayer, en tous cas officiellement choisie pour participer, si elle est élue à la « renaissance » de l’Europe. L’ex-attachée parlementaire du député européen Arthuis est retenue pour le scrutin de liste nationale unique composée de 79 candidats – un chiffre égal au nombre de députés français qui seront normalement présents au Parlement européen l’année prochaine.

« Le goût de la chose politique »

Élue localement, à deux reprises, conseillère municipale à Saint-Denis-d’Anjou où elle est née, Valérie Hayer est devenue par la suite conseillère départementale et fait depuis son petit bonhomme de chemin. C’est « une fille du cru ». C’est comme cela qu’elle se définissait, dans un interview, sur le blog des Jeunes UDI en Juin 2015. Elle raconte : « élue pour la première fois en 2008, j’étais encore étudiante en droit. A 21 ans, je n’avais pas d’idée de ce que serait mon engagement politique, mais j’avais ce goût très marqué pour la chose publique ».

Valérie Hayer, chez les « Jeunes UDI », il y a quelques années – © Blog Jeunes UDI

Valérie Hayer a été attachée parlementaire de Jean Arthuis, et apprentie formée auprès du maître de la politique en Mayenne. Sur le blog des Jeunes UDI, elle laisse entendre ce qu’a été son rôle d’attachée parlementaire à son interlocuteur. « Essentiellement du travail rédactionnel : notes techniques, propositions de loi, amendements, discours, interventions au sein de divers colloques, relations ministère… De la communication également, même si ce n’est pas mon cœur de métier.  C’est très riche ! Quand j’ai eu l’occasion de prendre ce poste, je ne savais pas ce que recouvrait la fonction mais je me suis dit que ce serait une expérience intéressante. Je ne me suis pas trompée ! »

Au Glob-journal, Jean Arthuis l’ancien président du conseil général de la Mayenne avait expliqué en mai 2017 que Valérie Hayer était employée en tant qu’attachée parlementaire européenne pour « 1/5ème de poste… il ne s’agit pas d’un temps plein» avait-il aussitôt complété. Elle avait jugé nécessaire de se justifier quand Leglob-journal l’avait interrogé après l’ouverture d’une enquête préliminaire faisant suite à un dépôt d’une plainte du FN contre les assistants parlementaires européens dont elle faisait partie. Le tout en riposte à des attaques judiciaires dont le parti de Marine Le Pen estimait être l’objet. « il y a aucune incompatibilité entre le fait que je sois élue et attachée parlementaire à l’Europe pour Jean Arthuis» avait-elle déclaré au Glob-journal.

La conseillère départementale qui affichait quelques temps en arrière, sur son compte Twitter, pour se définir « Alliance centriste – En Marche ! » comme Jean Arthuis, se présente maintenant comme « Vice-présidente Conseil départemental la Mayenne, conseillère municipale Saint Denis d’Anjou, Responsable Mobilité En Marche, européenne et germanophile » . Elle anime aussi un groupe au conseil départemental dont certains disent qu’il est un peu en retrait par rapport au Président Richefou, par ailleurs à la tête de l’UDI en Mayenne.

Elle avait en 2015 une vision lucide de la Mayenne. La jeune UDI de l’époque, « benjamine de la majorité » quand elle était questionnée sur le blog des Jeunes de l’UDI sur la problématique Jeunesse n’hésitait pas à «dire les choses clairement : la Mayenne n’est pas le département le plus attractif pour la jeunesse. Beaucoup d’entre nous la quittent pour poursuivre leurs études ou travailler et n’y reviennent pas […] Le conseil départemental peut, par son action, contribuer à la politique de la jeunesse […] »

« Lui c’est lui et moi, c’est moi…»

Coté implication et mandat politique, on ne peut pas en dire autant pour Juliette Aubert. Officiellement, à 56 ans, elle apparaît comme novice en la matière. Jamais élue, on donne l’épouse du maire de Laval, François Zocchetto comme figurant sur la liste nationale de l’UDI . Notre confrère le CDLM écrit qu’elle « pourra ainsi vivre sa première campagne électorale ».

C’est vrai qu’elle semble incontournable. Porte-parole de Joël Séché, Juliette Aubert l’est, par exemple, quand il faut comme la loi l’autorise trouver des grands électeurs délégués supplémentaires dans les villes de plus de 30 000 habitants pour le renouvellement du Sénat. Au conseil municipal de Laval le 30 juin 2017, présidé par son époux, elle fut donc désignée par vote comme « grands électeurs supplémentaires délégué suppléant ». Sans que personne ne s’en offusque.

Juliette Aubert était aussi incontournable quand il était question d’une interview chez Séché. C’était son rôle de délivrer  la bonne parole du groupe pour lequel elle travaille, puisqu’elle était directrice du marketing et des relations institutionnelles du Groupe Séché Environnement. Logique.

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Leglob-journal emploie l’imparfait parce que Juliette Aubert est à présent « chargée des Relations interprofessionnelles » dans ce même groupe qui fait la fierté de la Mayenne. Elle n’est plus dans la communication institutionnelle et en charge de relations avec l’extérieur et notamment la presse.

Quand elle l’était, voici comment l’épouse de François Zochetto, le maire de Laval qui était sénateur s’exprimait pour le compte de Joël Séché il y a quelques années dans un article paru dans Eco-life.fr.

«Depuis sa création, Séché Environnement a été pensé en cohérence avec la nature […] Joël Séché, fondateur de l’entreprise a été assez clairvoyant et visionnaire sur les enjeux de développement durable de son entreprise.

Dès sa création en 1985 […] conscients que nos sites peuvent couvrir des surfaces importantes, nous avons toujours voulu être en cohérence avec notre environnement, explique Juliette Aubert qui ajoute plus loin […] Des biches passent régulièrement devant nos bureaux ».

L’épouse du maire de Laval est toujours apparu dans l’organigramme sous son patronyme, Aubert, son nom de jeune fille et non celui de Zocchetto, son nom marital. Spontanément, elle confie au Glob-journal qui le lui fait remarquer : « Lui c’est lui et moi, c’est moi… les choses sont bien séparées. Et puis vous savez, Zocchetto finalement, ce n’est jamais qu’un nom d’emprunt ». Aujourd’hui, elle estime avoir « un vrai métier ; je représente le groupe dans les différentes instances et fédérations professionnelles. Comment dire ? C’est technique mais cela me plaît. » Son mandat, c’est de représenter le groupe Séché .

Et si elle est élue, dans le cas où elle serait candidate ce qui pour l’heure n’est pas acté et en plus, positionnée comme éligible, ce qui fait beaucoup de paramètres… Que fera-t-elle ? Trop tôt pour le dire car «Pour l’heure la question ne se pose pas, parce qu’à ce jour je ne suis pas candidate… » Et Juliette Aubert d’ajouter : «  Il sera toujours tant d’aviser… »


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2 thoughts on “Européennes 2019 : deux mayennaises aux parcours différents – par Thomas H.”

  1. Que l’affiche est alléchante…. De gauche à droite, toutes les têtes de liste aux élections européennes de mai 2019 réunies sur le plateau de France 2 pour un grand débat : Manon Aubry (LFI), François-Xavier Bellamy (LR), Ian Brossat (PCF), Jean-Christophe Lagarde (UDI), Benoît Hamon (Générations), Florian Philippot (Les Patriotes), Nathalie Loiseau (LREM), Jordan Bardella (RN), Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Yannick Jadot (EELV), François Asselineau (UPR) et Raphaël Glucksmann (liste commune Place publique-PS).
    Comme disait Jésus en terminant l’ascension du Golgotha : « le moment est crucial ».
    Le Brexit est désormais imminent et la situation se gangrène. L’amputation risque d’être douloureuse pour l’Europe. Les populistes sur le Vieux Continent n’en finissent pas de monter . Si l’on ajoute à cela le fait que les Etats-Unis de Donald Trump, la Russie de Vladimir Poutine et la Chine de Xi Jinping jouent un mauvais remake du Docteur Folamour, il y a de quoi se faire un peu de mouron.
    Malgré tout, les nouvelles têtes et les têtes chenues qui squattent les débats me rassurent. Plus que les sourires policés de ces têtes de gondoles, l’impérieuse nécessité (ça claque) de réveiller la belle endormie et l’idée d’assister à un vrai débat me mettent en joie comme l’hymne du même nom.
    Au fait, c’est quoi l’Europe ?
    Si la poutre, chère à notre premier ministre, continue de travailler, elle n’en est pas moins toujours dans nos mirettes. « Mon voisin ? Il est bien pire que moi ! ». Les clichés sur les uns et les autres ont la vie dure. Une façon comme une autre de se remonter le moral.
    Qu’est-ce qu’un Britannique a aujourd’hui en commun avec un Slovaque ? Un Suédois avec un Grec ? Un Allemand avec une Autrichienne ? Leurs préjugés, bien sûr !
    Quel curieux continent que cette Europe où se côtoient des Anglais impérialistes et buveurs de thé, des Polonais qui sont plombiers et catholiques, des Espagnols bruyants (en dehors des heures de sieste), et des Français qui ne se lavent jamais et sont fiers de manger des grenouilles.
    Paraphrasons le bon marquis de Sade : « Français, encore un effort si vous voulez être européens ». La connaissance de ces stéréotypes pourra, peut-être, inspirer un peu d’humilité vis-à-vis des autres.
    « Tous unis dans la diversité » ?
    https://www.babelio.com/livres/Tsvetkov-Atlas-des-prejuges-Lintegrale/804072

  2. Je résume : Soit une jeune femme pré-formatée à la politique sous les fourches caudines d’un politicien partisan de toutes les vieilles recettes antisociales, Soit l’épouse d’un autre politicien du même bord, mais dans la version pré-formatée à la politique par le « milieu des affaires »…
    Ça donne vraiment envie d’aller voter non ?

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