Laval : un deuxième tour en juin avec son lot d’incertitudes – Par Michel Renault

La loi « Etat d’urgence sanitaire » votée ce week-end par le parlement détermine les conditions d’organisation du second tour des élections municipales, sous réserve que les conditions sanitaires puissent en permettre la tenue. Ainsi le dépôt des listes qui vont participer au second tour est fixé au 2 juin pour un scrutin se déroulant le 21 juin ou le 28 juin. Tout cela est conditionné à la situation sanitaire qu’il est impossible de prévoir aujourd’hui. Si le confinement va au delà de juin, il faudrait alors refaire l’élection, premier et second tour. C’est du moins la position du Conseil constitutionnel.

Faudra-t-il revoter pour les deux tours?

Par Michel Renault *


C’est maintenant officiel. La date du second tour – fixé par la loi sur l' »état d’urgence sanitaire » -, avec maintien des résultats du premier tour, ne pourra dépasser le 30 juin, sinon, une nouvelle élection annulant celle du 15 mars et obligeant à organiser deux tours sera programmée à l’automne. Pour l’instant, le gouvernement table sur un second tour le dimanche 21 juin. Mais rien n’est certain.

En raison du Covid-19, le résultat du premier tour aura été marqué par une très forte abstention. L’analyse des résultats bureau de vote par bureau de vote montre de grandes disparités dans la participation. En effet, si la participation sur Laval est de seulement 38 %, soit un peu plus du tiers des électeurs, dans des quartiers et notamment dans les quartiers populaires de St Nicolas et des Fourches, elle est en dessous : seulement un quart des électeurs se sont déplacés.

Dans ces conditions, il est particulièrement hasardeux de faire des projections pour un éventuel second tour avant la fin juin. Les élections municipales, premier et second tour, constituent un ensemble qui parait indissociable. C’est pourquoi ils sont, par la loi ordinaire, séparés seulement d’une semaine, avec une logique inscrite au départ : celle de la fusion éventuelle des listes entre les deux tours. « Cela va poser plein de questions, la donne ne sera pas la même.… » estime simplement un des co-listiers de la liste d’Isabelle Eymon » qui se veut lucide.


Une campagne électorale à l’arrêt 


La loi « Etat d’urgence sanitaire » prévoit l’ouverture de la campagne pour le second tour le 8 juin. La crise sanitaire, le confinement et les préoccupations lourdes du moment ont relégué bien loin, le débat politique municipal. Question de civisme et de dignité. Dans un récent communiqué, en date du 18 mars, soit trois jours après le premier tour, le Parti communiste mayennais considèrait que « Plus que jamais, l’humain et la planète doivent être au coeur des politiques à mettre en oeuvre pour répondre aux attentes des lavallois et lavalloises et des habitants de
l’agglomération.
(…) le retour d’une gauche ambitieuse et combative au service des Lavalloises et des Lavallois à la direction de la mairie de Laval peut être envisagée sereinement.». Décalé, pour le moins, et prématuré, la campagne électorale étant suspendue.

Contacté par leglob-journal, Didier Pillon en ballottage défavorable, – il n’a recueilli que 40% des suffrages, quand la gauche totalise avec deux listes 51% des voix -, n’a pas souhaité s’exprimer sur la question du report et du maintien ou non du résultat du premier tour : « Nos préoccupations actuelles sont tournées vers la santé et l’économie et cela n’a rien à voir avec les élections municipales! Plus tard, cela viendra à temps…« 


L’hôtel de ville de Laval – © leglob-journal

Pour sa part celui qui est à la tête de la liste d’union à gauche issue du rapprochement au lendemain du premier tour entre Demain Laval Ensemble et Laval Écologique et Solidaire conduite par Isabelle Eymon (elle est à présent positionnée à la deuxième place derrière Florian Bercault n°1), estime que :  » La priorité est à la santé, et la vie démocratique suivra… Recréer une dynamique et refaire à nouveau deux tours, ce serait irrespectueux du choix du premier tour. Sans faire de politique-fiction, je pense qu’il faut repartir avec la liste d’alliance que nous avons déposée en Préfecture ; nous avons la clef de répartition du rassemblement et il faut rester dans cette configuration si tout le monde est d’accord!… »

Et Florian Bercault d’ajouter, cette histoire de date et de report du second tour « ne dépend pas des candidats. C’est à l’exécutif de décider avec le Parlement et les grandes institutions, Conseil constitutionnel et Conseil d’Etat. J’espère que l’Etat de droit sera respecté… J’ai confiance… » Mais qu’en sera-t-il des électeurs qui plusieurs mois après avoir pris connaissance des scores du premier tour et appelés aux urnes pourraient avoir envie d’inverser la tendance du premier tour? En effet, les élections municipales, premier et second tour, constituent un ensemble…


Et l’intercommunalité dans tous cela ?


Avec ces élections beaucoup d’électeurs ont découvert avec l’arrivée des bulletins de vote du premier tour à leur domicile qu’ils votaient aussi pour une liste de candidats à l’Agglomération de Laval. Il faut dire que les candidats, tant dans les débats publics que dans les documents de programmes n’ont quasiment pas parlé d’intercommunalité. Et pourtant, l’Agglo de Laval sera « impactée » par ces élections et a comme toutes les intercommunalités beaucoup évoluée depuis la dernière loi d’août 2015, Nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTRé).

Ainsi au cours du dernier mandat municipal, l’Agglo a très largement étendu ses champs d’activités. Elle administre en lieu et place des communes des équipements comme la piscine Saint-Nicolas par exemple, ou des politiques urbaines plus globales comme les transports urbains de Laval (TUL).

Cette loi a eu une conséquence majeure sur l’organisation des intercommunalités en obligeant des regroupements. Pour l’Agglo de Laval, il faut se rappeler que la fusion avec le Pays de Loiron résulte de cette loi, mais aussi d’un forcing de l’Etat, via la Préfecture, pour l’imposer aux élus… Le fait est que depuis le premier janvier 2019, soit depuis un peu plus d’un an seulement, une nouvelle Agglo est née. Cette première année d’existence et la perspective des élections de mars 2020 ont fait que beaucoup de dossiers sont restés en suspens et que le devenir de cette importante entité administrative qui regroupe trente-quatre communes reste à définir.


La façade de Laval Agglo au Quartier Férrié à Laval, ancien site militaire – © leglob-journal

Ainsi, ce qui est dénommé dans le jargon administratif comme les compétences, autrement dit ce qui est géré et administré par la collectivité territoriale, restent à définir et à préciser avec les incidences budgétaires qui y sont rattachées. En bref, ce que va devenir l’Agglo est très largement en construction. Et ce sont ceux qui siégeront qui seront les maîtres d’oeuvre de cette collectivité…

L’Agglo de Laval est administrée par un conseil d’Agglomération de soixante-seize conseillers qui élisent un président d’agglomération et un bureau de vingt-trois membres. Le Président et le Bureau sont de fait le pouvoir exécutif. Les conseillers de la ville de Laval sont au nombre de trent-quatre et désignés en proportion du résultat des listes.

A ce jour, seules les communes de Laval et de Saint-Jean-sur-Mayenne n’ont pas élu au premier tour les conseillers communautaires nécessaires à leurs représentations. Quarante-et-un conseillers communautaires issus des autres communes sont dors et déjà en capacité de siéger. Quoi qu’il en soit, dans la nouvelle configuration d’agglomération, depuis janvier 2019, les élus de la commune de Laval sont à eux seuls minoritaires dans le conseil d’agglomération.

Période particulière, les obligations de l’ « Etat d’urgence sanitaire » mettent en suspens le processus électoral et sans doute les tractations politiques inhérentes à toute élection. Le temps supplémentaire « donné » aux candidats et aux électeurs permet de se poser, de regarder sous un angle dégagé du marketing politique des listes en campagne en mars, – et qui reviendront en juin – pour se demander où sont les vrais enjeux d’avenir pour l’espace urbain Lavallois, cet espace qui va bien au delà de la seule commune de Laval. Autrement dit, vers quelle construction intercommunale va se tourner Laval Agglo une fois la crise du Covid-19 passée? Vers la fusion de communes de la première couronne? Pour assouvir des ambitions politiques ? Ou bien, pourquoi pas, vers une communauté urbaine de Laval à l’instar de celle d’Alençon, par exemple, pour préserver à chaque commune une identité communale qui apparaît légitime?


*En collaboration avec Thomas H.


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Ils ont commenté cet article :

  1. Une communauté urbaine doit avoir au moins 250 000 habitants, cela n’est pas possible à Laval à moins d’annexer tout le département !
    Alencon est une communauté urbaine car il n’existait pas de seuil à la création des communautés urbaines, le senateur-maire de l’époque Alain Lambert avait détecté cette anomalie et avait transformé le district en communauté urbaine. Le parlement a depuis introduit des seuils, mais Alencon est restée CU et c’est (de très loin !) la plus petite en France.

    1. Merci pour cet précision intéressante.
      Encore une fois, il faut donc savoir lire entre les lignes, ce qu’a su faire à l’époque le sénateur-maire Lambert…

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