Tags de Saint-Fraimbault : les politiques priés de dénoncer aussi l’homophobie

DISCRIMINATIONS – L’Association La Gom’53 – Orientations sexuelles et Transidentités – réagit aux différentes prises de positions des élus qui sont intervenus après la découverte des tags sur la porte du local technique du barrage de Saint-Fraimbault-de-Prières. Des inscriptions homophobes, nazis et xénophobes qui ont très vite été effacées. Le président de la Gom 53 au nom de l’association estime que dans les réactions politiques seuls les caractères racistes et xénophobes des tags ont été mis en avant occultant l’homophobie qui est aussi pénalement répréhensible. Ce qui fait dire à Philippe Bézier le président de la Gom’53 : « Bienvenue en Mayenne, département où les discriminations sont hiérarchisées. »

Par Philippe Bézier*


« Le mercredi 19 juin, un article de France Bleu Mayenne nous informe que “Des inscriptions à caractères racistes mais aussi homophobes ont été retrouvées sur des portes d’accès aux zones techniques du barrage” de Saint Fraimbault de Prières.


Nous nous disons qu’il s’agit d’un énième “PD” lancé ici et là au marqueur, à la bombe, dans nos rues… Mais, c’est surtout en découvrant le contraste entre le titre de cet article et les propos de nos élus que notre plume commence à nous démanger.

D’abord en lisant la réaction de Monsieur Hubert MOLL, maire de Saint-Fraimbault-de-Prières « Je suis indigné de pouvoir penser qu’il existe, sur notre territoire du Nord-Mayenne, des gens susceptibles de telles manoeuvres… Croix gammées, inscriptions racistes à l’égard des populations noires, arabes, c’est tout simplement insupportable« .

« Mort aux PD »

Monsieur le Maire ne relève donc, à aucun moment, dans cet article, le caractère homophobe de l’acte. Quelques heures plus tard, c’est au tour du conseil départemental, par le biais de son président Monsieur Olivier Richefou, d’annoncer être “scandalisé face aux inscriptions xénophobes et antisémites découvertes au barrage de Saint Fraimbault de Prières, propriété du conseil départemental de la Mayenne. Je condamne avec la plus grande fermeté ces actes odieux qui n’ont pas leur place dans la république.” avant d’ajouter que “le conseil départemental n’a pas manqué de déposer plainte et tout mis en oeuvre pour que ces agissements ignobles ne restent pas impunis.

Revenons aux articles, que disent les titres ? « Des tags nazis retrouvés sur le barrages… » « Des inscriptions xénophobes au barrage… » Il n‘est donc à nouveau nullement question d’homophobie.

Messieurs les élus, il doit exister dans vos bibliothèques un livre rouge avec le titre “code pénal”. Dans celui-ci se trouve un texte de loi qui stipule ce qu’est une discrimination et les critères de celle-ci. Nous pouvons y lire que l’homophobie est, elle aussi, punie par la loi, au même titre que la xénophobie et le racisme auxquels vous faites allusion.

Nous condamnons ces actes dans lesquels nous voyons des attaques à caractère antisémite, raciste ET homophobe. Nous regrettons que ces actes soient résumés à certaines discriminations et que soit occultée la circonstance d’homophobie.

Nous tenons à rappeler qu’il n’y a pas de hiérarchisation parmi les discriminations, si vous les désignez, vous devez toutes les relever, nous devons tous, toutes les combattre.

Messieurs, en découvrant les fameux tags, vous n’avez pas pu ne pas voir le “mort aux PD”. Le fait que vous ne releviez pas le caractère homophobe, lesbophobe de l’acte, nous a tout autant choqué que toutes ces personnes qui nous ont ce jour là fait part de leur étonnement de vous voir ainsi relativiser ou occulter ce fait.

L’homophobie, au même titre que toutes les discriminations, est vécue au quotidien sur vos territoires. En Mayenne, moins qu’ailleurs, nous pouvons voir des couples de personnes de même sexe se tenir la main dans nos rues, pourquoi ?

En Mayenne comme trop souvent partout en France nous subissons des “PD” criés, gravés, taggés ici et là dans nos rues ou accompagnant des mises à l’index, pourquoi ce silence ? En Mayenne, davantage qu’ailleurs, des jeunes fuient le département parce qu’il est trop difficile d’y vivre ouvertement son homosexualité, sa bisexaulité, sa transidentité, que fait-on?

« Pas de hiérarchisation parmi les discriminations »

Monsieur Richefou, président du département de la Mayenne, si nous vous disons “Être d’ici, vivre ici, y avoir grandi… ou y être arrivé. Ici sur cette terre porteuse d’une façon d’être et de faire, je me révèle, j’ose et je me déploie je suis fier. Chez nous on dit M comme Mayenne.
Ca vous rappelle quelque chose? Oui, il s’agit des propos issus du clip de présentation de la marque Mayenne. Il nous avait marqué, ce clip, parce que nous avions aimé ce slogan, mais ce soir ces mots n’ont pas le même goût. Nous aimerions que tous nos concitoyens “osent, se déploient, soient fiers”…

Monsieur Richefou, Monsieur Moll, Mesdames et Messieurs les éluEs, habitants ou originaires de la Mayenne, nous bénévoles de l’association La Gom’53 travaillons au quotidien sur votre, notre département, pour que les conditions de vie des personnes transgenres, bisexuelles, homosexuelles s’améliorent. Pour que les questions que les personnes se posent, concernées ou non, aient des réponses, par le biais de bénévoles formés et non pas de force auprès d’une personne en cheminement.

Pour que chacune et chacun puisse tenir sereinement la main de la personne qu’elle aime dans nos rues. Pour que chacune et chacun puisse vivre sereinement ce qu’il ressent être. Nous avons besoin de l’aide, de la réaction de toute et de tous, pour qu’un jour ce slogan cité ci-dessus nous corresponde à nouveau après ce qui a été vécu par bons nombres d’entre nous, concernéEs ou sensibiliséEs comme une très grosse maladresse mais aussi un message de relativisme aux potentiels futurs agresseurs des “PD” visés par ce tag.

Nous sommes un lieu ressource, nous pouvons donner des clés pour savoir comment réagir et ne pas laisser sous silence certains mots, ne pas laisser germer des situations qui deviendraient complexes voire dramatiques. Ensemble, nous pouvons effacer les différences. Ne relativisons pas l’homophobie. Même un simple « PD » lancé ici et là : réagissons.

* Philippe Bézier, Président de La Gom’53, entouré de l’équipe de l’association mayennaise


Photo de Une : « 1974 », Acrylique sur toile de Pierre Soulage – Musée de Nantes – © leglob-journal


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