Tribune : repenser la santé, par la proximité – Par Florian Bercault 🔓

Florian Bercault le maire (DVG) de Laval

Tribune

Par Florian Bercault*


La belle lettre guillemet du Glob-journal

La crise sanitaire qui dure depuis 2020 a rebattu les cartes de la santé en France. Les fragilités accumulées de notre système de soins ont éclaté au grand jour et ont montré ses limites. Les fermetures de lits et l’accentuation de la désertification médicale n’en sont que des exemples criants. L’hypercentralisation de la santé pose plus que jamais question à l’heure où l’État n’a plus les moyens de ses ambitions et où les collectivités sont contraintes de palier une fois encore à ces manques, sans en avoir la compétence ni les ressources financières afférentes.

À l’image du secteur médico-social, il est temps de regarder la réalité telle qu’elle est. Les collectivités territoriales, en particulier les villes et intercommunalités, ont joué un rôle prépondérant dans la gestion de cette crise, notamment à travers l’organisation de campagnes de dépistage et la mise en place de centres de vaccination. Avec leurs CCAS, leurs politiques de soutien aux associations, aux familles, aux entreprises, leurs bailleurs sociaux, leurs agences de développement économique, et surtout leurs agents publics, elles ont été des amortisseurs de la crise et seront des amortisseurs de l’après-crise.

Il faut, dès à présent, tirer les leçons de cette crise. Le moment est venu de repenser intégralement la politique du soin en France en construisant une gouvernance territoriale de la santé et en exigeant une transparence financière. A l’État de jouer son rôle de régulateur et de garant d’un équilibre national. Aux territoires de déployer une politique de santé innovante adaptée aux besoins et aux réalités locales. La déconcentration via les agences régionales de santé ne suffit plus, place à la décentralisation pour franchir un nouveau cap.

Au-delà du soin, la santé doit être appréhendée dans sa définition globale, celle de l’Organisation mondiale de la Santé qui la définit comme « un état de complet de bien-être physique, mental et social et [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » . Sur tous ces points les collectivités comme Laval sont déjà à l’œuvre pour assurer ces sécurités de vie. Les expériences innovantes sont nombreuses comme la création de services médicaux de proximité qui rassemblent des médecins sous différents statuts (retraités, jeunes médecins salariés, libéraux, internes) et permettent à de nombreux concitoyens sans médecin traitant un accès aux soins en proximité.

Il en existe deux dans l’agglomération de Laval depuis 2017 et ce modèle essaime déjà. Nos actions de prévention en faveur de la préservation d’une qualité de vie, d’une alimentation saine et locale, d’un accompagnement des 1000 premiers jours à la fin de vie ou d’un renforcement du lien social par l’éducation, la culture, le sport, sont autant de réalités qui impliquent déjà les territoires dans le champ sanitaire.

Dès lors, porter un projet ambitieux pour la France qui réponde à la préoccupation numéro un de nos concitoyens, s’impose maintenant. Oser franchir une nouvelle étape de la décentralisation en matière de santé et faire confiance aux territoires serait un gage de modernité. Pour peu que l’on accepte de se libérer d’un modèle qui s’est enrayé avec le temps et que l’on assume une vision moderne et volontariste. La situation du système de santé est trop grave pour accepter un statu quo et l’engagement des territoires trop avancé pour qu’on rechigne encore à leur faire confiance. » ◼


*Florian Bercault est maire (DVG) de Laval, Président de Laval Agglomération


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