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Le financement de la FNSEA, le syndicat agricole qui revendique autant d’adhérents qu’il y a d’habitants en Mayenne se trouve depuis plusieurs années dans le collimateur de la Justice. L’actuel patron de la FNSEA Xavier Beulin et 2 autres syndicalistes FNSEA, ainsi que deux responsables de coopératives comparaîtront en correctionnelle probablement à l’automne, à Toulouse, à l’initiative de la Confédération paysanne qui a porté plainte. Le syndicat minoritaire, qui cherche à concurrencer la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’exploitants Agricoles) qui elle a l’oreille de certains politiques majoritairement à droite, dénonce un système de cotisations forcées.


C’est le financement du principal syndicat agricole qui règne sur l’agriculture sans partage qui est dans « l’œil du cyclone » judiciaire.

Le président de la FNSEA, Xavier Beulin, sera sur le banc des prévenus, mais en qualité d’ancien président de la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (FOP, adhérente de la FNSEA). Il est à présent président de Sofiprotéol, l’acteur financier et industriel de la filière oléo protéagineuse française.

C’est en 2006 que les plaintes ont été déposées dans la région Midi-Pyrénées, mais selon l’avocate des plaignants, Me Marie-Christine Etelin, c’est une dérive constatée dans toutes les régions de France qui est visée. Dans les cas incriminés, l’agriculteur livre sa production à la coopérative, et celle-ci le rémunère en prélevant au préalable une cotisation versée à une organisation membre de la FNSEA.

« C’est un système qui date du temps où la FNSEA était le syndicat unique, il y a 50 ans. Cela porte sur des millions d’euros chaque année », affirme l’avocate. Ainsi selon la démonstration, un agriculteur ayant choisi d’adhérer et de cotiser à la Confédération paysanne se retrouve donc à financer également le syndicat concurrent, la FNSEA, une situation « paradoxale et ahurissante  » dénonce-t-elle.

Dans le boxe des prévenus, les dirigeants des coopératives toulousaines de céréales et Euralis Coopeval seront poursuivis pour discrimination parce que seule la FNSEA a bénéficié de la redistribution des sommes prélevées.

De leur côté, Xavier Beulin et les dirigeants de deux autres structures membres de la FNSEA (l’Association générale des producteurs de maïs ou AGPM, et l’Association générale des producteurs de blé ou AGPB), qui auraient également encaissé des cotisations, sont soupçonnés de recel de discrimination.

Au départ, la plainte était beaucoup plus étendue dans son champ d’action. Les accusations d’abus de biens sociaux, d’abus de confiance et de délit d’escroquerie n’ont pas été retenues par le juge d’instruction.

Concomitamment, le Rapport Perruchot, un pavé de 290 pages sur le syndicalisme en France et son financement, sensé faire la transparence semble dédouaner la FNSEA qui a modelé l’agriculture française depuis 50 ans. Longtemps tenu secret, il a finalement été rendu public.

Le Rapport parlementaire fait l’état des lieux du dialogue social en France, tous syndicats confondus. 10 pages simplement concerneraient le syndicat agricole selon son rapporteur. On y apprend que la FNSEA tire des cotisations 30,2% de son budget total. Soit 6,16 millions d’euros sur une vingtaine de millions d’euros.

Des pages qui feraient pschitt !

D’où la satisfaction de la FNSEA. « La FNSEA gène parce qu’elle est majoritaire […] et beaucoup de pays nous envie ce syndicalisme majoritaire, de proximité et puissant  » a estimé dernièrement au Salon de l’Agriculture à Paris Christiane Lambert, la vice-présidente du syndicat agricole invitée sur un plateau de télévision.

« Chaque fédération départementale est indépendante et adhère à la FNSEA mais elle gère ses comptes comme elle le veut. Nous donnons des consignes, mais il y a ensuite une certaine liberté.  »

À la tête de la FNSEA depuis 2010, c’est Xavier Beulin, agriculteur dans le Loiret sur une exploitation de céréales, oléo-protéagineux et lait. Il a été président de la Fop qui rassemble 150 000 producteurs.

Il est à présent président de Sofiprotéol, l’acteur financier et industriel de la filière oléo-protéagineuse française. C’est en quelque sorte le fonds financier et industriel de la filière des oléagineux.

« La filière oléo-protéagineuse française, par l’intermédiaire de son pôle agro-industriel (Saipol, Lesieur, Diester Industrie, Oléon, Novance...), a renforcé récemment ses investissements à l’étranger. Avec le rachat ou la création en Roumanie d’une usine (Expur), en Ukraine d’un bureau commercial, au Sénégal d’une usine de conditionnement (Oléosen), enfin au Maroc d’une unité de production Lesieur, Cristal et d’un projet de développement agricole Plan Maroc vert. » relatait le 7 mars dernier sur son site en ligne la France Agricole que Sofiprotéol a racheté en partenariat avec le groupe informatique Isagri.

Sur Bastamag.net, on peut lire à propos de Sofiprotéol :

« [...]La société possède un vaste empire : leader de la production d’agro-carburants en France, impliqué dans le développement des OGM, la sélection génétique animale et végétale, dans la “chimie verte”, propriétaire de la marque d’huiles Lesieur et du groupe Glon Sanders, leader français de nutrition animale.

C’est fou le nombre de produits que l’on peut fabriquer à partir de fleurs de colza ou de tournesol : du carburant, de la glycérine (pour la pharmacie ou l’armement), du plastique, des détergents, des produits cosmétiques, etc. Et accessoirement des huiles alimentaires.

Résultat : sur un chiffre d’affaires de 5,6 milliards d’euros en 2010, plus de la moitié est réalisé dans des débouchés industriels qui n’ont plus rien à voir avec l’alimentation humaine ou animale, dont 2,3 milliards pour les seuls agro-carburants. Quand les champs de colza commencent à ressembler à des gisements pétroliers... »

Bastamag.net informe sans complaisance comme le livre de Gilles Luneau paru en février 2004 qui a étudié La forteresse agricole – une histoire de la FNSEA .

Dans le résumé on peut lire :« L’exploration conduite par Gilles Luneau nous entraîne dans les coulisses de la politique agricole de ce dernier demi-siècle. Elle donne à découvrir la violence des intrigues, les dissidences, les manipulations politiques, les stratégies économiques. Elle éclaire l’élimination programmée de centaines de milliers de paysans sur la foi d’un modèle unique de développement agricole (...) »

« Tout ce qui de près ou de loin touche l’agriculture passe par la FNSEA  » estime ce paysan mayennais « le Crédit Agricole, Groupama ou la MSA ! »

En attendant l’agriculture voit son poids démographique et électoral baisser considérablement. Mais elle continue justement en raison de la force de la FNSEA à peser lourdement dans le concert national. Sous l’effet de la concentration, le monde agricole par l’intermédiaire de son syndicat hyper puissant détient un poids économique et politique de plus en plus important.

Comme la FNSEA pèsera sur la PAC, la Politique agricole commune nouvelle mouture qui sera mise en place en 2013.


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Publié le: 31 mars 2012
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