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Ses idées progressent. Le Front national serait un parti d’avenir. Le message extrémiste de droite camouflé se présente sous un jour plus acceptable, et apparait comme incontournable et même « raisonnable ». En Mayenne, ses idées avancent dans des esprits qui libèrent leur parole et surfent sur un terreau favorable. Un certain conservatisme naturel du département rural auquel est accolé un attachement ancestral et en apparence anodin à la terre. Pas étranger !

- Par Thomas H.

es français sont pluriels, et les Mayennais, souvent en retrait des mouvements et des recompositions, comme préservés, commencent à le devenir. Ce qui est frappant, c’est de constater comment le message d’extrême droite avec ses obsessions nationales et religieuses s’infiltre rapidement parmi les couches moyennes en général.

Ce ne sont « pas des fachos ». Mais des « mayennais comme les autres ». Leur sentiment, c’est qu’ils sont persuadés d’être des "vaches à lait". L’impôt, ils payent trop ! Pour expliquer à leur manière pourquoi ils ont choisi de voter pour Marine Le Pen, ils disent « qu’il y en a toujours pour les mêmes », et que donc « ça suffit ! ».

Pourtant, Ils habitent dans les quartiers et autour de Laval dans des zones rurales certes, mais en Mayenne, on est vite à la campagne. Les 2 mayennais que leglob-journal.fr a rencontré ne sont pas isolés non plus, mais ils se plaignent de prendre sans cesse la voiture pour aller chercher pain, essence ou argent au distributeur. Alors ?

Au fil du temps, ils se sont politiquement avancés sur un terrain qu’ils ne connaissaient pas. Maintenant, ils parlent politique sans crainte, comme au café du commerce, c’est nouveau et ils n’hésitent pas non plus à dire ouvertement qu’ils votent pour le Front national. Ils sont en phase sur l’essentiel et savent en apparence réfléchir. Ils se tiennent un minimum au courant de l’actualité, et ne sont pas forcément dans la galère.

Alors pourquoi le Front National ? Quand on creuse, on s’aperçoit qu’ils le considèrent comme un parti comme les autres. Un parti « normal » quoi !. Pas raciste. Pas facho. Ils lui prêtent des intentions miraculeuses. Marine Le Pen pourrait « tout réaliser une fois élue » et « tout réussir », comme baisser le chômage, redresser l’économie, etc. Sans qu’ils puissent réellement dire et expliquer comme elle s’y prendrait. Ce n’est pas leur problème. C’est ça le miracle du FN, selon eux. Finalement c’est d’y croire. Le FN n’a jamais gouverné, et ce serait même un avantage et il « aura forcément un œil neuf » disent-ils.

t puis l’étranger arrive sur le tapis. La continuation par Manuel Valls de la politique mise en place vis-à-vis des Roms par le gouvernement précédent apporte de l’eau à leur moulin. « […] c’est normal, il faut de la fermeté avec ces gens là ! […] c’est nous qui avons raison et même la gauche s’en rend compte ! Regardez donc autour de vous, vous verrez ! ». Ils parlent comme si la Mayenne, c’était la banlieue parisienne ou bien les quartiers Nord de Marseille. En fait, ils ne voient pas la différence entre la gauche et la droite classique, en raison de la continuation des politiques menées.

Là, dans ce coin de la Mayenne, en campagne aussi, le discours est plus feutré. Dans son château du 19e, avec son immense parc arboré, situé dans un coin gentiment reculé, elle est attachée à une certaine idée de « l’ordre vrai », et depuis des années. Son château imposant, on y accède par une petite route qui serpente dans la campagne. C’est au croisement de la départementale qu’il faut prendre sur la droite en venant de Laval après la grande croix !

La châtelaine, son château et son parc ont hébergé la « Fête des Bleus Blanc Rouge » pour la grande région Ouest. La fête du Front national. Elle s’est tenue en septembre 2011. Dans le parc, le podium a été dressé pour lancer la campagne pour la Présidentielle de la candidate frontiste qui allait récolter finalement près de 18 % des voix. Un record inégalé jusque-là. Un quotidien avait titré « Marie Le Pen commence par la Mayenne ».

La Présidente du FN, la châtelaine-militante l’a « connu quand elle était encore adolescente. C’était chez des amis communs ! ». La France est un village ; comme la Mayenne où tout le monde se connait ou presque. « Alors bien-sur, ça crée des liens ! ». Elle explique qu’elle a le sentiment que le regard qui est porté sur les militants et les sympathisants du FN commence à évoluer doucement. On est plus à l’écoute des idées du parti, même si selon elle, « les préjugés sont tenaces ».

uand la question de l’étranger lui est posée, elle n’a pas peur de répondre que l’immigration reste le cheval de bataille du FN. Elle n’élude pas. « La préférence nationale » trois mots pour une idée qui se voudrait « généreuse ». Ce concept inventé par le Front national masque en fait les reconduites à la frontière, les allocations sociales diminuées et mêmes supprimées, pour « les non-nationaux ». Bref, tout sauf l’étranger.

La peur de l’étranger, la peur de celui qui ne nous ressemble pas, du mineur étranger qui « s’en met plein les poches » par exemple, le discours est récurent. La peur du « migrant » surtout quand il est jeune et isolé, qui viendrait en France pour profiter, et gréver le budget des contribuables comme l’a dénoncé en filigrane cet été Jean Arthuis, le Président UDI du Conseil Général de la Mayenne, les idées ont une proximité d’intérêt. Un étranger bouc émissaire, qui ôte le travail aux bons mayennais, cette idée gagne du terrain. Pourtant les ténors du FN n’entonnent plus guère officiellement cette petite musique dangereuse pour l’image de leur parti. Ce sont d’autres élus qui le font. Devenir pour le FN un parti acceptable, voilà l’objectif.

La haine de l’étranger. C’est un sentiment récurrent et même le premier de tous, y compris chez cet étudiant. Il porte un prénom et un nom à particule et avec son look BCBG on le dirait tout droit sorti d’un roman des années 60. C’est un jeune militant du Front national. Ses origines sont aristocratiques. Il vit en Mayenne. Quand on lui pose la question de savoir comment on devient « un jeune du Front Nat. » de nos jours, il se retranche derrière la famille et ses valeurs. L’éducation reçue.

La « vraie famille » pour ceux qui épousent les idées du Front national ce ne peut être fait par exemple qu’à partir d’un homme et d’une femme. Les manifestations contre le Mariage pour tous, qui ont été très suivies en Mayenne avec des dizaines de cars qui sont montés à Paris, furent un moment fort de la mise en avant de ces valeurs conservatrices. Des valeurs réaffirmées par Nicolas Sarkozy et qui seraient selon les militants FN « conformes à l’ordre ancien des choses ».

Pour notre jeune mayennais aussi, le bouc émissaire, c’est l’étranger, l’autre, celui qui présente une altérité. Notre étudiant se destine plus tard à devenir magistrat ou avocat, ou bien à entrer dans la fonction publique. Il a un discours bien huilé, ça glisse, c’est écoutable. Il choisi bien ses mots. Ce qui pourrait améliorer la situation des jeunes en France ? La fermeté selon lui. « Plus de fermeté encore ».

ne posture nostalgique, et passéiste, voilà ce qu semble les animer. Elle conduit nos tenants du FN, bien qu’ils ne le perçoivent pas, à vivre le présent dans une certaine angoisse qui les déstabilise. Et à chérir ce qu’il y avait de meilleur dans le passé. Comme l’École par exemple. La véritable École, celle des pensionnats, de la punition ou bien des pères fondateurs. Un lieu où l’on enseigne sans discuter. En oubliant les nouvelles technologies et que les jeunes sont fort heureusement de plus en plus critiques.

Aussi le discours du Front national est en décalage avec la réalité sociétale dans lequel tout ce monde évolue. Le parti d’extrême droite - même si la FN ne veut pas entendre parler de cette appellation - regarde dans le rétroviseur et s’adosse à des idées qui ne sont plus d’actualité. C’est rassurant de se rappeler ce qu’on a connu.

« Le souci grave », comme disent les plus jeunes, c’est que sur l’échiquier, la droite dite républicaine qui lorgne depuis longtemps sur les idées extrémistes - tout en assurant que jamais ! au grand jamais ! - s’en rapproche de plus en plus. Quitte à s’y brûler, parce qu’elle y est obligée et acculée faute de réelles propositions programmatiques qui finalement pourraient se différencier de celles du FN.

La lepénisation sournoise et rampante ne gagne pas seulement les têtes des électeurs déboussolés et séduits par des discours simplificateurs pour ne pas dire simplistes du Front national. Elles s’insinuent également - nouvelle onde de choc déstabilisatrice - dans celles des décideurs politiques qui se sont transformés en de véritables miroirs aux alouettes obnubilés essentiellement par leur (ré) élection. Au grand dam de la tolérance et de l’ouverture d’esprit qui doivent à minima animer notre société pluraliste.



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FN : la tentation du passé

Publié le: 30 octobre 2013
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