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L’innovation démocratique, ce pourrait être ce qui caractérise le député PS Guillaume Garot. Après le « jury citoyen » pour épauler l’élu de la Nation dans l’attribution des fonds de son enveloppe parlementaire (avant la disparition de cette pratique), voici les « ateliers citoyens ». Cette fois, il s’agit de rénover la pratique démocratique. « L’objectif, c’est, derrière ces actions, de rapprocher la population de la politique » Immersion.

Par Marrie de Laval

Il faut bien l’admettre, pour renouer le contact avec les électeurs-citoyens, le personnel politique se trouve un peu démuni. Coté administrés, « Les exigences des citoyens ont changé ; ils veulent être mieux impliqué, alors allons-y... » estime Guillaume Garot. Selon lui « La démocratie participative nourrit la démocratie représentative, mais cela ne veut pas dire que cette dernière est en panne d’idée.  »

Faire participer les citoyens ne doit en aucun cas être une forme de renoncement électif mais bien une méthode pour le renforcer, le porter et restituer au mieux la parole citoyenne. « Le but notamment [est de, NDLR ] proposer des amendements au travail parlementaire » conclu le parlementaire.

Voilà pour ce qui motive le député. Qu’en est-il des participants ? Pour le savoir, le mieux était encore de suivre le premier atelier qui se tenait au restaurant d’insertion « Petits plats et compagnie » installé au quartier Ferrié, dans l’ancien mess des officiers, pour évoquer « l’alimentation saine ». C’était toute la matinée du samedi 14 avril 2018.

Autour des tables, de la réflexion citoyenne - (c) Photo leglob-journal

Le député explique sa démarche : il faut renouer le fil entre la Nation et ses institutions représentatives. Le thème de l’alimentation relève de la facilité. Pour ne pas handicaper ce nouveau travail de groupe, l’alimentation a le mérite d’être un sujet que tout le monde maîtrise, d’une manière ou d’une autre.

Pour Guillaume Garot, c’est simple : « Je suis président du Conseil National de l’Alimentation, il y aura une représentante du CNA présente à cet atelier » sans oublier sa suppléante et son équipe parlementaire forte de trois personnes. En plus il est l’auteur d’une proposition de loi relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Cela aide pour cerner le sujet.

Si « Ces ateliers, ce n’est pas uniquement discuter, mais proposer ensemble sur l’alimentation, un sujet politique, » selon le député, il est bien plus difficile de connaître les motivations des nombreux participants. Les inscriptions aux ateliers ont débuté en février dernier, via un formulaire sur la page du réseau social de l’élu. « Une centaine de participants volontaires ont répondu à un appel à candidature ; des mayennais, avec un profil varié : par exemple l’agriculteur engagé dans une association, de simples citoyens, des militants mais aussi des gens très éloignés de la politique... » avait détaillé rapidement Guillaume Garot lors d’une conférence de presse de présentation.

Tour de la table « bleu foncé »

Si une centaine de personnes se sont faites connaître, ce samedi, soixante-dix en fait sont venues. Réparti en moins de dix tablées de dix places, chacun s’est installé non selon ses connaissances retrouvées sur place mais en fonction d’un tirage au sort. Une excellente idée pour forcer le brassage des participants.

Il faut admettre qu’aller au-devant d’inconnus n’est pas simple malgré la volonté de participer à une démarche innovante et novatrice pour le département et particulièrement rare au parlement. Cette démarche relève encore du bon vouloir des parlementaires. Seuls des députés ont évoqué ce sujet de manière plus approfondie dans le cadre d’un groupe de travail sur l’avenir du Parlement animé entre 2015 et 2016 par Dominique Raimbourg alors que certains d’entr’eux pratiquent la chose depuis 2012.

Installée là par le coup du sort parce qu’il fallait tirer un papier de couleur pour connaître sa place, j’ai profité de l’installation de tous pour découvrir ceux qui allaient se creuser les méninges une matinée entière. Deux femmes pour huit hommes, le sujet de l’alimentation laissait supposer une participation féminine plus importante, selon le schéma fort de préjugé que l’alimentation est d’abord une affaire de femmes. Les autres tables ne présentent absolument pas cette configuration. D’ailleurs, renseignement pris auprès de l’équipe du député, la répartition hommes/femmes est de 60/40 en faveur des messieurs.

Il y a bien quelques étudiants, assez rares malgré tout, très peu de trentenaires, tandis que le gros des troupes se compose de quadra jusqu’à de plus anciens, très alertes et très impliqués dans la vie associative.

C’est d’ailleurs un marqueur important. Tous ces gens, ou presque, participent à diverses activités associatives. Certes, il y a des citoyens ordinaires dans la salle mais quand chacun se présente à ma table, il semble qu’un seul d’entre-nous n’annonce pas d’engagement. Cela peu s’expliquer par sa récente arrivée à la retraite : il n’a pas encore trouver à s’employer dans le monde associatif. La diversité des horizons professionnels est étonnante : un membre des services administratifs pénitentiaires, un animateur de jardin ouvrier, deux retraités, un pharmacien en officine, un étudiant, deux agriculteurs, un agent de la fonction publique territoriale et la responsable d’une structure commerciale de circuit-court alimentaire.

Pas de simples citoyens

Des citoyens, adhérents associatifs d’horizons parfois très divers qui savent s’engager. Ils sont curieux et ouverts sur le monde et leurs concitoyens. Ce sont des gens « en mouvement » pour plagier certains slogans politiques. Qu’apprécient-ils donc dans cette initiative au point de s’y inscrire pour les trois ou quatre ateliers déclinant les enjeux de l’alimentation ?

Antoine, engagé dans les jardins ouvriers trouve que la demande du député est « géniale pour porter la démarche citoyenne  ». Il a l’impression de véritablement agir pour le département en participant, en faisant connaître son point de vue. Il souhaite vraiment que les gens se mettent à la cuisine et soient attentifs à la présence des produits phytosanitaires.

S’impliquer pour le territoire est également une des motivations de Mathieu. « Cette démarche nouvelle est une façon d’intervenir directement pour le territoire et la citoyenneté. » Et l’engagement, il connaît, comme ancien membre du Bureau à Emmaüs et en relation pour un temps avec la Jeune Chambre Économique. Dans le cadre de l’atelier, il lui semble primordial de ne pas oublier le volet de l’insécurité alimentaire pour les populations les plus fragiles.

La traditionnelle photo de groupe (c) leglob-journal

La fragilité contrarie également Marie-Jo retraitée habitant près de Laval mais très impliquée dans des associations en ville «  pour voir du monde et rester dans l’action  ». Mais c’est surtout à ses petits enfants qu’elle pense à travers ses engagements. Elle veut travailler sur l’éducation à une alimentation saine, lutter contre le gaspillage et « avoir voix au chapitre. »

Et dans le rôle du petit-fils, Léo, mayennais, fier de l’être mais expatrié à Nantes pour ses études, ferait très bien l’affaire ! Il souhaite par sa présence porter la voix des étudiants, même s’il « mange bien tous les jours ».

Abderamane, membre de la fonction publique territoriale, père de famille parfois inquiet du régime alimentaire des plus jeunes trouve le sujet suffisamment important pour y participer. « C’est un vrai problème de société  » confie-t-il. Les plus en lien avec le monde alimentaire sont Lionel, Alexandre, Benoît et Nadège.

Le premier, Lionel, vient de quitter la grande distribution alimentaire, secteur volaille, pour goûter à la retraite. Deux autres membres de la tablée, Benoît et Alexandre, sont des producteurs laitiers en reconversion pour un autre circuit de production et de distribution tandis que Nadège anime une structure commerciale de circuit-court alimentaire.

Et pour veiller sur tout le monde, Jean-Louis, pharmacien exerçant en officine et militant associatif qui participe pour travailler sur la nutrition, intéressé par cette démocratie participative. Il n’est pas seul à venir du monde de la santé. Bien des personnes du monde sanitaire participent à ces travaux à d’autres tables.

Remue-méninges, marottes, travers et biais

Durant près de trois heures, tout le monde a planché sur trois axes de réflexion : comment garantir une alimentation favorable à la santé ? Comment améliorer l’éducation à la santé ? Comment rendre plus efficace la lutte contre le gaspillage ? Vaste sujet !

Après désignation d’un volontaire, ou sur candidature spontanée, faisant office d’animateur de groupe et de porte-plume chacun s’exprime avec ses mots et sa tournure d’esprit. Les autres tables bruissent, elles aussi de conversations. La température de la salle s’élève tant les esprits cogitent.

Tout le monde y va de son analyse ou commentaire sur le sujet. Ceux qui sont le plus en prise directe avec le sujet, confrontés à des difficultés, dans le secteur de la production alimentaire ou de l’environnement, proposent avec une certaine conviction des mesures d’interdiction pures et simples de pratiques tandis que d’autres, éloignés de toutes contraintes proposent des financements de la part de l’État. Cela paraît parfois un peu réducteur ou caricatural. Mais, tout le monde se doute bien qu’en l’état d’avancement des travaux et des réflexions, il ne s’agit que de pistes à explorer.

En réalisant la synthèse des travaux de chaque table, quels que soient les profils socio-professionnels et les mots employés, il se dégage une belle unanimité : tout commence par l’éducation, tout passe par l’éducation, familiale, scolaire, sociale. Pas de doute, l’alimentation est une affaire bien trop sérieuse, un réel ciment culturel et social, un creuset favorisant le bien vivre ensemble, pour qu’elle soit négligée ou délaissée. C’est un marqueur de société. Reste à savoir quelle sera celle que nous choisirons.

Le député Guillaume Garot en a bien conscience et se fait fort de rapporter tant auprès de ses collègues parlementaires que du gouvernement les attentes et les propositions des citoyens engagés dans cette démarche, innovante, rappelons-le. Souhaitons simplement que la retranscription synthétique des ces Ateliers citoyens en travail parlementaire soient réellement à la hauteur de l’engagement et des investissements des uns et des autres...


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Après l’invention du Jury, les Ateliers citoyens du député PS

Publié le: 20 avril 2018
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