Benoît Gruau : « Saint-Julien à Laval sera ouvert sur la ville »

lettrednew-14.jpgDans ce dossier, l’Architecte des Bâtiments de France a souhaité plus d’éléments concernant les modifications qui seront apportées aux bâtiments. Du coup «la déclaration préalable pour le réaménagement de l’ensemble du bâti existant» sera accordée par la ville au plus tard fin octobre. A la tête du fonds de dotation créé pour réaménager l’îlot Saint-Julien, on le sait se trouve l’avocat Benoît Gruau ; un espace situé en coeur de ville sur les bords de la Mayenne, avec un jardin public privatisé depuis. Acheté par l’équipe Garot-Boyer (PS), Saint-Julien, et sa chapelle, a donc été vendu par la municipalité Zocchetto (UDI). Sans que cela ne génère de débat public en séance municipale. Privatisation au profit d’un projet à forte consonance religieuse, avenir du jardin, inquiétudes des riverains, Manif pour tous, Benoît Gruau répond à toutes les questions du Glob-journal.

Entretien avec Benoît Gruau*

Leglob-journal : Benoît Gruau merci d’avoir accepté cet entretien. C’est un fonds de dotation, que vous avez choisi pour Saint-Julien. Pour quelles raisons, cette forme juridique ?

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Benoît Gruau : Il y a une SCI qui a acquis le terrain et dans cette Société Civile Immobilière, il y a deux actionnaires. D’une part, le fond de dotation et d’autre part, Monsieur Lelièvre [Promoteur immobilier sarthois, NDLR] sans qui nous n’aurions pas pu acquérir le terrain. [2,7 millions d’euros] Le fonds de dotation est comme une fondation, il a un caractère associatif.

C’est comme une association, cela permet de recevoir des dons avec tous les avantages fiscaux, comme toutes associations caritatives. C’est la raison pour laquelle nous avons opté pour cette forme juridique.

Leglob-journal : C’est ce que vous faites actuellement sur une plateforme de crowdfonding ouverte pour recevoir des dons?

Oui, et ça c’est propre à la rénovation de la chapelle ; mais on a une campagne plus large. Pour pouvoir financer les cinq pôles de Saint Julien…Les cinq lieux de vie que nous voulons créer dans cet espace.

Leglob-journal : On a l’impression que la chapelle est l’axe central de ce projet, plus que les autres éléments ?

Non! mais c’est central bien-sûr, car c’est le patrimoine local ; et la chapelle pour les lavallois, c’est important ! Et pour nous aussi, car il y a évidemment, derrière, dans ce projet une inspiration chrétienne. Et le reste, c’est-à-dire les autres pôles, ils seront aussi d’inspiration chrétienne. Il y a d’ailleurs un prêtre Pierre-Antoine Bellay qui est issu de la Communauté Saint Martin dans ce fonds de dotation, mais la Communauté Saint Martin n’est pas dans ce projet ; vous savez, c’est un projet diocésain ! L’internat de la rue du Colonel Flatters sera transféré à Saint-Julien, c’est vrai. Il va passer de 45 garçons à 90.

saintjulienitvgruaucitation2.jpgLeglob-journal : N’y a t-il pas quand même quelque part de la Communauté Saint-Martin derrière ?

Vous savez, le prêtre qui est dans le fonds de dotation, il est dans ce projet car c’est un éducateur et c’est quelqu’un qui a déjà monté un internat, il y a quelques années et c’est un prêtre qui a de l’expérience. On ne monte pas un internat comme ça sans savoir ce qu’on fait…

Leglob-journal : Vous êtes avocat et vous avez installé une annexe de votre cabinet à Laval, qui jouxte l’agence de publicité de votre frère Franck Gruau. Faut-il y voir un rapport avec la SCI de Saint-Julien ?

Non, pas du tout. L’adresse du siège de Saint-Julien est à mon cabinet annexe installé à Laval ; c’est pour des raisons de courrier. C’est tout. Cela n’a rien à voir ! C’est la SCI de mon frère qui est propriétaire des locaux à Laval où j’ai installé mon cabinet en effet juste a coté de son agence de publicité mais qui n’a rien à avoir avec Saint-Julien. Il a été écrit par ailleurs, mais pas chez vous, que j’étais un investisseur, c’est faux! Je suis bénévole, comme les autres dans le fonds de dotation.

Qu’on soit clair! Saint-julien, c’est pour faire du lien, c’est pour accueillir les plus faibles, les aider… prendre les enfants des quartiers les plus défavorisés et les plus difficiles de la périphérie de Laval, et faire du périscolaire… c’est ça qui est le plus intéressant dans Saint-Julien. On domicilie le fond de dotation au 97 Boulevard Félix Grat, certes, mais c’est parce qu’on ne peut pas recevoir de courrier à Saint Julien pour le moment. C’est en travaux!

Leglob-journal : Mais vous auriez pu le domicilier à Paris ?

Oui, mais le projet est mayennais ! J’ai une adresse, un bureau secondaire à Laval dans des locaux que je loue à mon frère. Saint-Julien est un projet mayennais, je ne vois pas…! Pourquoi Paris ? Je vois bien pour vous avoir lu que vous avez un aspect social dans les articles qui sont publiés dans leglob-journal et c’est très bien! Vous devriez regarder l’aspect social dans ce projet de Saint-Julien.

Leglob-journal : Nous l’avons fait!…

Oui mais c’est ce qui compte. Vous avez des bénévoles qui depuis deux ans cherchent à faire revivre un lieu inter-générationnel sur ce site. A faire revivre ce patrimoine qu’est Saint-Julien. A faire revivre toutes les générations, du plus petit au plus grand. Avec une entraide, un bar associatif qui va aider justement les plus démunis. On ne parle localement de Saint-Julien que par rapport à des questions de parking! Ce sont des choses qui sont inhérentes à tout nouveau projet. Vous savez les gens n’aiment pas que les choses bougent, ils sont assez conservateurs, mais c’est assez humain…

saintjulienitvgruaucitation.jpgLeglob-journal : Le jardin, parlons-en, n’est-il pas normal que les gens soient «conservateurs» comme vous dites, de ce point de vue là ? Car ils ont l’impression de perdre quelquechose ?

Oui, et je l’ai dit d’ailleurs quand j’ai rencontré nos voisins [École, association, riverains, NDLR] Je leur ai dit que je comprenais tout à fait qu’ils s’interrogent à ce sujet là. Mais je leur ai dit aussi que c’est la ville qui a décidé de vendre ! Nous, nous avons répondu à un appel à projet. Il y avait deux autres concurrents qui étaient des promotions immobilières [Procivis de Yannick Borde en faisait partie, NDLR]. Nous, nous avons eu le projet. Nous n’avons fait que répondre à l’appel au projet. Les mots ont un sens!

C’est la mairie qui a décidé de vendre ce terrain qui appartient maintenant à une SCI privée. Il a changé de mains, et nous aurions très bien pu fermer complètement le parc.

Nous souhaitons avoir les meilleurs relations avec nos voisins. Nous souhaitons préserver le maximum de places de parking, nous l’avons dit. Et sur le parc, nous aurons des contraintes car nous aurons des enfants qui nous seront confiés.

On ne peut pas avoir un jardin aussi ouvert qu’il l’était avant, simplement pour des contraintes évidentes de sécurité. Là, quand tout sera terminé, on va avoir 300 personnes sur le site. On réfléchit à comment faire bénéficier encore de ce jardin, en tout ou partie. Ce qui est sûr, c’est que ce jardin qui appartenait à l’hôpital n’appartient plus à l’hôpital. Et cela ce n’est pas facile à admettre.

Leglob-journal : Vous vous engagez sur leglob-journal à faire un parc le plus ouvert possible ?

On essaye, on réfléchit! Mais on ne peut pas s’engager en quoi que ce soit parce qu’encore une fois, le lieu est devenu privé et a changé de destination. Nous réfléchissons à pouvoir en laisser une partie accessible. Nous devons aussi avoir un langage de vérité avec nos voisins. Parce que si on leur laisse croire que rien ne va changer, en fait ce n’est pas vrai…

saintjulienitvgruaucitation3.jpgLeglob-journal : Est-ce que vous comprenez que vos «voisins», comme vous dites, ne saisissent pas que le coté caritatif, humaniste et catholique du projet puisse coïncider avec la « privatisation» du parc par exemple ? Ce n’est pas un peu un paradoxal ?

Non, il n’y a pas de décalage. L’idée pour ce jardin, c’est qu’il va être partagé. C’est cela qui est difficile à comprendre. Peut-être que les parents de nos voisins laisseront leurs enfants sur le temps périscolaire… Nous, nous demandons que de travailler avec eux. Bien au contraire! Nous, c’est le partage qui nous guide. Mais nous accueillons des enfants et nous avons une responsabilité et nous sommes obligés de la prendre.

Leglob-journal : Nous avions écrit vous étiez l’avocat de la Manif pour tous, une organisation homophobe très peu tolérante et qui s’est érigée violemment contre la loi Christiane Taubira sur le Mariage pour tous, cela fait-il de vous l’avocat de la Manif pour tous ?

Non, bien évidemment… Mais c’est vrai, j’ai défendu le jeune Nicolas de la Manif pour tous qui a passé plusieurs jours, 21 jours très exactement à Fleury Merogis, et j’en suis fier ! Quand vous êtes avocat, vous réagissez ou sinon vous ne faites pas ce métier-là.

Leglob-journal : N’empêche n’y a-t-il pas beaucoup d’aspects religieux dans ce projet Saint-Julien ; une chapelle à reconsacrer, un prêtre, le frère du dirigeant de la Communauté Saint-Martin, un internat lui appartenant justement, vos liens avec la Manif pour tous, etc. Cela fait beaucoup, et cela ça interpelle les lavallois, vous en avez conscience ?

Mais comment ça, il y a beaucoup de religieux! On a achèté Saint-Julien avec une chapelle et on ne peut pas la faire disparaître! … Et on ne va se cacher ! Et moi, ce que je souhaite, c’est qu’un maximum d’enfants puissent rencontrer Don Pierre-Antoine Bellay et le charisme de ce prêtre.

lettreguiillemetsfrancaisfermeture-14.jpgVous savez, Gilles Mézieres [Il est l’un des cinq acteurs du fonds de dotation, NDLR] a été marqué par le Frère Paul Lelièvre qui tenait l’école de La Salle ; vous auriez vu le charisme de cet homme ! Est-ce qu’il faut en avoir honte ? Bien au contraire !

Ce projet, bénévole, social, éducatif, inter-générationnel, d’aspiration chrétienne s’adresse à tous. Nous estimons que les enfants ont besoin des anciens. Dans un lieu de vie, un lieux de jeux, un lieux de paix. Ce n’est pas un projet qui serait fermé ou je ne sais quoi ! Bien au contraire! Tout sera ouvert sur la ville.

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*Benoit Gruau est avocat, associé et fondateur avec deux autres de ses confrères du Cabinet Richelieu à Paris. (Photo Une – © capture site Cabinet Richelieu). Auparavant, il dit avoir travaillé dans le Cabinet Lussan et avoir été pendant deux années Chargé d’enseignement à l’université du Maine (2015-2016). Images extraites du site Cabinet Richelieu Avocats

Entretien réalisé par Thomas H.

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