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Polémique autour du grand Jaurès. Et réponse, comme on dit, du berger à la bergère. Mais mine de rien, petite bataille également de partis politiques. Un représentant du PS qui s’attaque dans une tribune à La France Insoumise, il n’en fallait pas plus pour qu’un militant du parti de Jean-Luc Mélenchon justement ne réagisse. C’est fait, et cela a le mérite de nourrir le débat, ce qui, rappelons-le, est l’une des vocations de votre journal en ligne.

- Par Claude Piou*

Michel Ferron, qui se présente comme militant du PS, n’a rien trouvé de mieux à faire que d’écrire un billet dans lequel il se moque de l’action de militants de La France insoumise à l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès le 31 juillet.

Lire le billet de Michel Ferron : Jaurès, sauce tarte aux fraises, non merci !

Outre le fait de présenter notre mouvement comme « un parti politique désavoué lors des dernières présidentielles », ce qui ne manque pas de sel quand on compare le score de Jean-Luc Mélenchon avec celui du candidat officiel du PS, notre donneur de leçons ne fait que gloser sur la forme de notre action, il est vrai symbolique avec cette tarte aux fraises qui rappelle les circonstances de l’assassinat.

À aucun moment ce grand maître auto-proclamé de "la pensée de gôche" ne fait référence au contenu du message que nous avons diffusé à cette occasion : des extraits du dernier édito de Jaurès dans le journal L’Humanité dans lequel il dénonce la logique de guerre à l’œuvre (on est à la veille de la déclaration de guerre en 1914) avec des mots qui restent d’une criante actualité (voir ci-dessous le texte du tract distribué).

La forme plutôt que le contenu

Cette curieuse manière de dénigrer la forme d’une action sans parler de son contenu est sans doute révélatrice du désarroi qui frappe les militants PS depuis longtemps et elle fait irrésistiblement penser au proverbe chinois : Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt !

Voici le texte du tract distribué le 31 juillet dernier en hommage à Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914.

Le 31 juillet 1914 à 21 H 40, Jean Jaurès était assassiné au café du Croissant à Paris où il finissait son dîner par une tarte aux fraises. Il voulait empêcher le déclenchement de la première guerre mondiale qu’il voyait arriver dans les récents enchaînements d’incidents internationaux. Son dernier éditorial dans son journal L’Humanité, le matin même de sa mort, était un appel à la réflexion, au retour à la raison pour éviter le drame.

Que l’on mette si l’on veut les choses au pire, qu’on prenne en vue des plus formidables hypothèses les précautions nécessaires, mais de grâce qu’on garde partout la lucidité de l’esprit et la fermeté de la raison. À en juger par tous les éléments connus, il ne semble pas que la situation internationale soit désespérée. Elle est grave à coup sûr, mais toute chance d’arrangement pacifique n’a pas disparu. (...)

Le plus grand danger à l’heure actuelle n’est pas, si je puis dire, dans les événements eux-mêmes. (...) Il n’est pas dans la volonté réelle des peuples ; il est dans l’énervement qui gagne, dans l’inquiétude qui se propage, dans les impulsions subites qui naissent de la peur, de l’incertitude aiguë, de l’anxiété prolongée. À ces paniques folles les foules peuvent céder et il n’est pas sûr que les gouvernements n’y cèdent pas. (...)

« L’intelligence du peuple »

Pour résister à l’épreuve, il faut aux hommes des nerfs d’acier, ou plutôt il leur faut une raison ferme, claire et calme. C’est à l’intelligence du peuple, c’est à sa pensée que nous devons aujourd’hui faire appel si nous voulons qu’il puisse rester maître de soi, refouler les paniques, dominer les énervements et surveiller la marche des hommes et des choses, pour écarter de la race humaine l’horreur de la guerre. Le péril est grand, mais il n’est pas invincible si nous gardons la clarté de l’esprit, la fermeté du vouloir, si nous savons avoir à la fois l’héroïsme de la patience et l’héroïsme de l’action. La vue nette du devoir nous donnera la force de le remplir.

Ce qui importe avant tout, c’est la continuité de l’action, c’est le perpétuel éveil de la pensée et de la conscience ouvrières. Là est la vraie sauvegarde. Là est la garantie de l’avenir. »

Le 3 août l’Allemagne déclarait la guerre à la France. Aujourd’hui encore, les appétits incontrôlés de la finance mondiale et l’irresponsabilité des dirigeants de certains pays créent une situation internationale tendue. Au moment où M. Macron reçoit M. Trump pour célébrer l’entrée en guerre des USA en 1917, nous aussi devons être vigilants et ne pas nous laisser emporter par des paroles et des postures martiales.

*militant de La France insoumise et ancien secrétaire départemental du PS de 1983 à 1990


3 commentaires
  • Jean Jaurès, la lune, le doigt et l’imbécile 23 août 19:28, par Michel Ferron

    Claude Piou, bonsoir

    J’ai pris connaissance avec intérêt de ta réaction à mon billet. Si l’on peut t’accorder le droit d’y débusquer des outrances choquantes (de ton point de vue), je suis à mon tour consterné par la portée et l’orientation que tu lui donnes dans ta réponse, le qualifiant en conclusion de « posture martiale ». C’est vraiment méconnaître la rhétorique de ce type de libelle qui, à l’aide de quelques flèches assassines parfaitement assumées, reste d’abord inspiré par un exercice d’ironie pratiqué par tout un chacun dans la sphère politique. Et toi et tes camarades savez, vous aussi, à bon ou à mauvais escient, en faire usage. Me transformer en « grand-maître autoproclamé de la pensée de ‘gôche’ et représentatif du désarroi du PS » est encore plus fort. L’initiative de ce texte était purement individuelle et n’a sollicité l’imprimatur d’aucun appareil. Par ailleurs, l’allusion à « un parti désavoué et désireux de capter l’attention du public » reste somme toute assez marginale et périphérique, pas plus que n’est nié explicitement dans mon texte le désaveu encore plus cinglant subi par le PS. Mais, au fait, que fait-on des résultats récents sur les chiffres du chômage ?! Tout cela pour dire ceci – et j’aurais dû être plus vigilant en m’y attendant davantage – : ce qui vous intéressait dans votre manifestation c’était d’abord de faire un peu d’ « agit-prop », de la même façon que votre condamnation de mon allergie à la tarte aux fraises revient à orchestrer une polémique politicienne de haut niveau et incantatoire, alors que mon objectif initial était d’ironiser sur la FORME (qui rejoint parfois le FOND) de votre happening. Quant à la longue citation du texte de Jaurès, désolé, mais l’articulet d’OF n’en faisait pas mention et je n’ai pas eu le privilège de vous croiser ce jour-là Place du Jet d’eau. Mais de toute façon, la référence à ce texte magistral n’annulait en rien l’effet de décalage avec son auteur prophétique, compte tenu de votre mise en scène dérisoire. Pour terminer, sous forme de confidence : il existe au Jardin de la Perrine un arbre planté en hommage à Jaurès, accompagné d’une plaque revêtue d’une citation pacifiste. L’initiative en avait été prise un certain 11 novembre, il y a quelques années, par le groupe mayennais de la Libre Pensée. Le regretté André Warnet, ami et compagnon d’anciennes luttes syndicales, m’avait invité à cette inauguration, alors que je n’ai jamais appartenu à cette sensibilité partisane d’une laïcité sectaire et agressive. Je m’y étais rendu à titre personnel, alors conseiller général de « gôche », au sortir d’une cérémonie patriotique officielle. Et je puis alors témoigner que le message, sur le fond comme sur la forme, avait eu autrement plus de gueule. Amitiés socialistes (tout de même !) Michel Ferron

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    • bonjour Je vois vraiment que l’incompréhension est grande... Il me semblait quand même évident que l’allusion aux "postures martiales" ne visait pas le billet publié sur le glob-journal mais à l’attitude de nombre de dirigeants, américain ou européens, qui renvoyait aux propos de Jaurès dans son dernier édito... Décidément, il est bien difficile en ces moments d’aborder des sujets de fond ! Certes on peut critiquer la forme que prennent nos actions, mais elles obéissent à un objectif : faire prendre conscience des problèmes actuels à nos concitoyens. Pour attirer l’attention nous choisissons donc une approche plaisante même quand le sujet est grave. C’est une façon de surmonter le blocage que provoque la politique passée qui a tellement dégouté les gens. Nous préférons donc l’action qui éveille les consciences aux discussions interminables et aux attaques stériles, mais nous ne nous laissons quand même pas insulter sans répondre ! Quant à "l’arbre de paix" de la Perrine, je le connais d’autant mieux que je participe à la manifestation de la Libre Pensée tous les 11 novembre, mais pas aux cérémonies officielles avec tous les notables et militaires gradés locaux, sauf pour y manifester parfois nos exigences de réhabilitation des soldats fusillés pour l’exemple pendant la première guerre mondiale, qui furent en quelque sorte eux aussi des "insoumis". C’est notre manière à nous de rester fidèle à l’héritage intellectuel de Jean Jaurès. Claude PIOU

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      • Jean Jaurès, la lune, le doigt et l’imbécile 7 septembre 19:41, par Michel Ferron

        Bonsoir Claude,

        Je n’ai pu prendre connaissance de ta dernière réaction à mon commentaire personnel qu’au retour d’un dernier bout de vacances (consacré à quelques dernières étapes de notre pélerinage laïc sur le Chemin de Compostelle ...) avant de (re)plonger dans les activités d’une rentrée (de retraité actif) associative, sociale et politique.

        Je te donne bien volontiers acte de ma méprise sur la conclusion de ton texte.

        Pour le reste, je ne doute pas non plus de l’authenticité de ta présence chaque année au pied de l’arbre de Jaurès à la Perrine. Je ne manque pas moi-même d’y faire le détour, à chaque fois que je suis en compagne de mes petits-enfants.

        Après avoir longtemps boudé, par antimilitarisme de bon aloi, toutes les cérémonies patriotiques, j’ai jugé utile d’y participer une fois devenu élu local, sans craindre pour autant d’y perdre mon âme de militant pacifiste.

        Membre de la Fédération du PSU de la Mayenne pendant 10 ans, j’ai participé au soutien des comités de soldats mayennais en lutte pour le respect de leurs droits d’expression et je continue, moi aussi, à réclamer la réhabilitation des soldats réfractaires et/ou déserteurs de la butte de Craonne (entre autres).

        Tous ces engagements de "gauche radicale" ne me semblent absolument pas contradictoires avec une adhésion (toute récente, pour ce qui me concerne) à un parti social-démocrate ("social-traître" pour certains ?)

        Sur le fond, je ne suis pas davantage obsédé par l’envie de diaboliser outre-mesure le courant politique de la "France Insoumise", même si je reste plus sensible à la qualité de la rhétorique de Jean-Luc Mélanchon qu’à quelques-unes de ses postures "populistes".

        Enfin, passionné par le débat sur les affaires citoyennes (que je prolonge à ma façon par mon récent engagement à la Maison de l’Europe en Mayenne), je me réjouis de cette discussion et te remercie d’avoir démocratiquement accepté cette petite controverse.

        Pour autant, estimant peu utile d’infliger aux lecteurs du glob-journal la suite de cet échange de balles, je te propose de le prolonger autour d’un verre, un de ces prochains jours .... NB : Je m’abstiendrai, pour ce qui me concerne, de toute dégustation de pâtisserie (néfaste pour ma ligne !)

        Bien cordialement, Michel FERRON

        Répondre

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Jean Jaurès, la lune, le doigt et l’imbécile

Publié le: 22 août 2017
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