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Des recherches minières en Mayenne, il en est fortement question depuis plusieurs mois. Et pour informer, enfin, les populations, - serait-on tenter de dire - plusieurs associations comme Pays de Loiron Environnement, Les 3 Mondes, ou FE 53 ont organisé une intéressante réunion publique au Bourgneuf-la-Forêt le mercredi 14 septembre, en présence de plus de 120 personnes. Avec un public très attentif - Reportage.

- Par Michel Perrier

Logo utilisé par plusieurs collectifs bretons anti-minesUne histoire ancienne, que l’exploitation de mines en Mayenne. Mais des demandes refont surface. Les plus connues, les mines de la Lucette, au Genest-Saint-Isle, d’où ont été extraits de l’or et surtout de l’antimoine, ont fermé en 1934. Et si vous évoquez aujourd’hui les mines dans une discussion, il est plus souvent question de Zola que du XXIe siècle.

Pourtant, pour répondre à une demande croissante de minerais précieux - nécessaires notamment à la fabrication de composants électroniques - de multiples initiatives se sont développés ces dernières années. Des dépôts de demandes de permis exclusif de recherches de mines se multiplient. Aujourd’hui, 18 départements français sont touchés dont tous ceux de la Bretagne et des Pays de la Loire.

Deux permis concernent directement la Mayenne. Ils sont déposés par des micros-sociétés, avec des capitaux internationaux, qui n’exploiteront pas directement mais qui proclament partout qu’ « il n’est absolument pas question de rechercher des gaz de schistes ou de l’uranium ».

Le permis de Tennie

Laurent Desprez (FE 53) C’est le plus ancien, il concerne 15 communes sarthoises ainsi que Torcé-Viviers-en-Charnie et Voutré pour du cuivre, du zinc, du plomb, de l’or, de l’argent et des substances « connexes ». La Préfecture de la Sarthe a donné son accord en juin 2013 ; mais la forte mobilisation des opposants, refusant l’accès à leurs propriétés privées et aux terrains agricoles, freine voire empêche tout début d’exploration et notamment de forage.

Il faut préciser que la situation sur un ancien site minier de ce territoire (Chantepie) est calamiteuse (présence de résidus cyanurés, écoulement de mercure, etc.) et que Total (le concessionnaire actuel) doit, en préalable, prendre des mesures efficaces permettant de faire cesser la pollution du milieu naturel et mettre en place une surveillance réelle des rejets aqueux.

Le permis d’Olivet

Celui-là est actuel. Il est en cours d’instruction sur 26 communes de l’ouest du département de la Mayenne (Centre et Nord, cf. carte ci-dessous), et sur un territoire conséquent de 373 km2 ; mais cette instruction se fait sans enquête publique et sans même de débat contradictoire.

Les 26 communes concernées - image Ouest-FranceA l’automne 2015, lors de la consultation des collectivités locales par la Préfecture de la Mayenne, seules deux communes ont exprimé une position défavorable. Le Maire de Montenay, Jérôme Chardron, observe notamment que « le projet pourrait avoir des conséquences dommageables sur le cadre de vie des populations, les richesses faunistiques et floristiques, les sites archéologiques, le réseau hydrographique et les nappes phréatiques, les activités agricoles et les politiques de développement touristique du territoire » et s’inquiète d’une propagation possible de radon, un gaz radioactif.

La commune de St Hilaire-du-Maine, elle, a préféré donné un avis négatif « par défaut » selon Hervé Morand, le 1er adjoint. En effet, vu l’importance du dossier compilé sur CD et le court délai pour l’étudier, 30 jours, il est très difficile d’argumenter. Mais ne pas donner d’avis est considéré, administrativement, comme un avis favorable ! Ce n’est évidemment pas si simple.

Intensification de l’exploitation massive de la nature

Au Bourgneuf-la-Forêt, l’intervention d’Anna Bednik, journaliste indépendante qui travaille pour la presse alternative, et le Monde Diplomatique notamment, a permis de faire connaître l’extractivisme, ce qu’elle définie elle-même par « l’intensification de l’exploitation massive de la nature, sous toutes ses formes ».

Elle a témoigné de ses rencontres pendant plus d’un an sur le continent latino-américain. Un exemple : au Pérou, où 15 % du territoire fait l’objet de permis, l’extractivisme est devenu la première cause des conflits sociaux. Partout, ce sont de vastes territoires qui se transforment en « zones de sacrifices » pour alimenter le système économique, et la « mine verte » n’existe pas et n’existera pas selon Anna Bednik.

Au cours des prises de paroles, des participants ont souhaité une réflexion globale sur notre mode de vie, « peu soutenable », et sur notre société de consommation, où l’obsolescence programmée de certains matériels électroniques est toujours admise.

La demande en métaux précieux est constante, mais le recyclage est peu développé a-t-on pu entendre. Il existe pourtant « un incroyable gisement  », que nous pourrions appelé « mine urbaine », à la surface de la planète. Tous les métaux présents dans les bâtiments, les avions, les ordinateurs, etc. pourraient être recyclés.

Une opposition locale veut s’organiser

Le sentiment qui a dominé aussi parmi les interventions du public du Bourgneuf-la-Forêt ce fut sûrement l’inquiétude, la grande inquiétude devant ce projet de mines en Mayenne. La préservation du sous-sol, des paysages, de l’eau, est essentielle ont rappelé plusieurs intervenants. Du coup la nécessité de se mobiliser rapidement a été largement partagée, d’autant que l’exemple de la Tennie où la tendance a pu être inversée a donné des idées.

Après cette première réunion d’informations, il est prévu maintenant de créer un collectif d’opposition, comme dans les autres sites où des demandes de permis sont déposés. Nous suivrons bien évidemment ces actions avec attention.

Le redressement productif d’Arnaud Montebourg

Bertrand Jarry (Pays de Loiron Environnement), Dominique Lemercier (Les Trois Mondes) et Anna Bednik, les trois intervenants de la soirée

À l’échelle de la planète et pour sécuriser l’accès aux minerais, dont plusieurs pays africains, mais aussi la Chine et la Russie sont les plus grands exportateurs, l’Europe soutient l’exploitation des gisements dans les pays de l’UE depuis 2008 notamment.

Au delà de la recherche d’une certaine indépendance, cela aurait pu aussi être vertueux : le pillage du sous-sol, sans contrôles, sans normes, est trop souvent désastreux pour les habitants des territoires concernés et leur environnement. Mais, ce n’est pas vraiment le but recherché ! Le premier pilier de la politique européen reste une « diplomatie des matières premières » pour éviter toute « distorsion des conditions » d’accès à ce marché.

Les différents gouvernements français ont mis en œuvre cette politique. C’est Arnaud Montebourg, l’ancien ministre de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique qui a relancé véritablement la politique minière.

Ce volontarisme s’appuyait sur deux moyens privilégiés : la création d’une entreprise publique - richement dotée - appelée la « Compagnie nationale des Mines de France », chargée de « prospecter et exploiter d’abord notre sous-sol », et une réforme du code minier qui date de 1956. Elle doit prendre en compte la Charte de l’Environnement, tout en maintenant le modèle minier français dans lequel l’État délivre les titres d’exploitation et où les ressources du sous-sol restent propriétés publiques (contrairement aux États-Unis) ; il devait surtout renforcer les protections en associant les riverains des projets très en amont des travaux miniers.

Mais ces annonces tonitruantes sont restées lettre morte. Emmanuel Macron a enterré l’entreprise publique, la Compagnie nationale des Mines de France (le déficit d’AREVA en serait responsable), et la réforme du code minier n’avance pas ; les associations environnementales ont d’ailleurs remis en cause ce qu’ils ont appelé « une concertation de façade » et ont fini par claquer la porte.

(c) Photos Michel Perrier leglob-journal


3 commentaires
  • On peut saluer le vote des communes de Montenay et Saint-Hilaire-du-Maine, où les maires (tous deux écologistes) ont su convaincre leur conseil. L’avais détaillé de la commune de Montenay avait été publié ici, à l’annonce du projet, http://mayenne.eelv.fr/2015/10/10/a...

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  • L’extractivisme est le pendant de la société de consommation. Il a commencé par le charbon puis s’est fortement diversifié. Chercher à le réduire me semble particulièrement vertueux. La promotion de la décroissance me semble être un moyen bien ciblé, celle du recyclage aussi.

    La résistance à l’extraction s’attaque plus à une conséquence des politiques de croissance. Je ne suis pas persuadé de l’efficacité d’une telle résistance pour freiner les politiques de croissance.

    Je me demande si en empêchant l’extraction chez nous, on ne risque pas d’aggraver les conditions d’extraction ailleurs, avec pour seule conséquence, la préservation de nos privilèges vis à vis de populations de pays défavorisés.

    En Europe, certaines règles liées aux autorisations d’installations à risques demandent l’utilisation des meilleures techniques disponibles. Pour plus d’info : http://www.actu-environnement.com/a...

    Je me demande ainsi, si une extraction bien menée et sérieusement surveillée dans un pays comme le nôtre (qui en aurait les moyens), n’est pas susceptible de contribuer, à l’échelle au moins Européenne, au développement de pratiques plus respectueuses de l’environnement et des travailleurs.

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  • Mine de rien, il y a de l’extraction dans l’air en Mayenne 16 septembre 2016 17:11, par Laurent Desprez

    Etant donné la rareté des unités de recyclage en France (deux usines de récupération des cartes magnétiques, c’est peu), n’hésitons pas à soutenir une belle initiative comme celle des Ateliers du Bocage qui concourent à recycler téléphones portables (des millions hors service dorment dans les tiroirs des Français), smartphones et autres équipements. En démontant les parties contenant des métaux rares, qui sont ensuite envoyées en Belgique, ces ateliers ont créé plus d’une quarantaine d’emplois de réinsertion. Adresse : la Boujalière 79140 Le Pin

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Mine de rien, il y a de l’extraction dans l’air en Mayenne

Publié le: 16 septembre 2016
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