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Au cœur du mouvement d’opposition de mars 2000, avec une vague humaine farouchement contre la mise en place d’un laboratoire d’essai d’enfouissement des déchets nucléaires dans le Massif d’Izé. Leglob-journal vous propose d’"entrer" au sein de ce mouvement et d’effectuer un voyage rétrospectif dans cette contestation hors du commun qui a soulevé la Mayenne au début du siècle. Leglob-journal vous le propose à l’occasion du 17e anniversaire du renvoi de la Mission Granite, trois experts qui avaient été dépêché par Paris pour venir à Bais comme médiateurs. Retour donc sur cette nuit où tout s’est joué et finalement tout à commencé avec le récit de Michel Lemosquet, le président du COEDRA. Mén*.

- Par Michel Lemosquet

Manifestation à Laval, le samedi 11 mars 2000 : "5000 personnes, du jamais vu !"

Manifestation à Laval, le samedi 11 mars 2000 : "5000 personnes, du jamais vu !"

C’est par une fuite au sein du gouvernement Jospin de l’époque, sous la Présidence de Jacques Chirac, que j’ai été averti de ce projet d’enfouissement de déchets radioactifs, dès janvier 2000. Originaire de la Manche et arrivé sur une exploitation agricole en Mayenne à Champgenéteux en 1990, j’avais déjà connu les procédés de l’industrie nucléaire dans la Hague.

Tout de suite le réflexe pour moi a été de proposer la constitution d’une opposition massive et rapide de la population. Je me souvenais comment nous nous étions fait avoir dans la Manche. Un discours de Robert Galley, ancien ministre gaulliste des années 70 en meeting à Cherbourg me revient en mémoire : « Le nucléaire c’est formidable, c’est la plus grande découverte de l’humanité... C’est propre et vous verrez que l’électricité sera gratuite en 2000 ! » nous disait-il.

Déjà favorable aux énergies renouvelables à l’époque, avec d’autres antinucléaires, nous avions organisé un meeting de réponse à Mr Galley avec la venue du Commandant Cousteau qui nous avait dit strictement le contraire : « Le nucléaire peut être la pire des choses pour l’environnement et il ne faut pas laisser faire ! »

En février 2000, élus et citoyens, nous avons commencé à nous réunir pour nous informer et faire opposition à ce projet d’enfouissement. La décision fut prise de constituer une association d’opposition par commune, comme symbole de la fission nucléaire. Il y avait des réunions d’info tous les soirs et le nombre de participants augmentait de jour en jour, toutes catégories sociales confondues. Nous sommes parvenus à 53 associations d’opposition, un chiffre symbolique.

Une première grande réunion d’informations à Bais, mi-février, avait fait déborder la salle : il y avait 1000 personnes ! Puis ce fut la manif de Laval le samedi 11 mars suivant : 5000 manifestants, du jamais vu ! Pancartes de chaque commune, bidons, élus avec l’écharpe tricolore et citoyens mayennais qui scandaient : « La Mayenne n’est pas une poubelle ».

Mais le grand jour restera incontestablement le lundi 13 mars à Bais, soit deux jours après la manifestation de Laval. La Mission Granite avec Jean Mingasson ancien préfet de région, Philippe Huet ingénieur génie rural et Pierre Boisson ingénieur des Mines, après de multiples tergiversations pour nous démobiliser, décida de rejoindre Bais avec un véhicule bourré de brochures en papier glacé, ventant les mérites du futur laboratoire d’enfouissement de déchets radioactifs.

L’accueil fut à la mesure de l’évènement. A 19 heures, la délégation arrive à l’entrée de Bais, noir de monde. La population est mobilisée, les paysans, les entrepreneurs agricoles sont là avec leurs tracteurs, leurs ensileuses et les gyrophares. L’accès à la salle polyvalente fut interminable dans un concert de bruit, de klaxons, de bidons, de jeux de phares, de jets d’œufs et une poussée de la foule qui nous collait contre le véhicule.

A l’arrivée, nos trois hommes espéraient encore nous convaincre, mais ce fut un NON déterminé et une invitation à remonter dans le monospace pour une reconduite hors des frontières de la Mayenne. Le retour ne fut pas plus rapide que l’arrivée tant les gens étaient massés autour du véhicule, scandant : « Notre terre n’est pas à vendre, Vos taupes on n’en veut pas, on préfère les nôtres ».

A 2 heures 20 du matin, suite à notre demande, un fax de la préfecture annulait le projet et permettait au convoi bloqué de repartir lentement vers la Sarthe où la population était elle aussi mobilisée. Il est 5 heures du matin, quand la Mission Granite part rejoindre son hôtel à Laval. La Mission Granite avait sous estimé la résistance des mayennais attachés à leur terre et leur niveau d’information.

Ainsi fut mis fin à la recherche d’un site granitique ; seul le site argileux de Bure est en expérimentation pour l’enfouissement de déchets radioactifs et ce malgré de fortes oppositions.

Le 15 mars 2017- Salle polyvalente de Bais, un débat a lieu après une présentation du Scénario négaWatt 2017-2050 autour du thème : Demain...Quelle énergie pour nos enfants ? C’est à 20 H 30 à Bais.

*CODERA Mén : Collectif d’Opposition à l’Enfouissement des Déchets Radio-Actifs et de Maîtrise de l’énergie - Michel Lemosquet en est son président.


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Par Michel Lemosquet - Mission Granite : la nuit la plus longue

Publié le: 8 mars 2017
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